Netflix, qu'en penser ?

Netflix : impact sur les ressources numériques vidéos/musique en bibliothèque

Qu’est-ce que Netflix ?

 

Netflix est une offre américaine de vidéo à la demande (films et séries) finançant également des séries (« House of cards », « Orange is the new black »…). On compte 48,35 millions d’utilisateurs dans une quarantaine de pays dont 36 millions d’américains. 400 millions de $ ont été levées pour le développement européen de Netflix.

Netflix arrive en France en septembre 2014 avec des offres d'abonnement entre 7,99 et 11,99 euros donnant accès en illimité à des films et des séries. L’un des partenaires français sera Gaumont.

Particularité de Netflix

Lorsqu’une série est prête pour la diffusion, l’intégralité de la série est mise à disposition sur cette chaîne numérique. Soit une plus grande liberté pour la consommation des séries.

L’accès est illimité en streaming (d’où une réponse à la mobilité des internautes si le réseau 4G suit) en contrepartie d’un abonnement mensuel à un tarif modique. Le catalogue exclut les séries propriété des grands groupes adverses (HBO, etc).

D’autre part, la stratégie du « Binge watching » qui permet aux utilisateurs du service de regarder l’intégralité de la série au lieu d’attendre la sortie des épisodes un à un a permis de fidéliser la clientèle. Ainsi 70% des contenus visionnés sont des séries.

L’Exception culturelle française sera-t-elle malmenée ?

L’offre audiovisuelle française semble dépassée à l’ère des contenus numériques, alors quelle politique culturelle adopter ?

En France, il semble nécessaire de se repositionner sur le calendrier de diffusion des vidéos et sur le financement de la création. Ces questions sur l’adéquation de la règlementation audiovisuelle à l’ère du numérique ont déjà soulevées lors des débats sur Hadopi notamment ou du rapport Lescure.

Il faudra prévoir (et cela est déjà partiellement constaté) un recul de la V.O.D. en France face à Netflix. Il n’y a pas de contrepoids actuel réel (pas de plateforme commune de V.O.D. par exemple) Sans parler des modes de diffusion anachroniques des séries télévisées sur les chaînes françaises voire leur interruption de diffusion lorsque l’audimat est trop faible. Des craintes à nuancer toutefois car Netflix n’a pas mis à mal HBO qui propose pourtant une offre payante de séries (« Game of Thrones », « True blood », « Girls »...), idem en Angleterre pour BSkyB. Le marché semble donc pouvoir se partager entre plusieurs acteurs. Le positionnement de Canal + ou d’Orange sur de nouvelles offres pour résister de la même manière qu’HBO à Netflix suffira-t-il ?

Il subsiste cependant des questions à moyens et longs termes sur cet acteur.

Le gouvernement français attend de Netflix une participation au financement du cinéma français, et compte lui imposer le respect de la chronologie des médias (diffusion des films sauf séries en VOD 36 mois après leur sortie au cinéma, délai bientôt réduit à 24 mois pour ceux qui participeront à hauteur de 3% du C.A. au financement d’œuvres cinématographiques françaises ). Netflix devra aussi s’adapter à un marché peu friand de films en versions originales mais n’en respectera pas pour autant le quota d’œuvres françaises imposé par le C.S.A.

D’autre part le modèle économique de la société n’est pas encore rentable considérant les dépenses en marketing et investissement en production de contenus et de droits de diffusion bien que le cours des actions et le nombre des abonnés soit en hausse. Une stratégie relativement agressive puisque Netflix se positionne, aux dires de son PDG, comme le successeur de la télévision.

Quant au flux internet requis, qu’adviendra-t-il de cet acteur ou des coûts de l’abonnement lorsque les fournisseurs auront à payer le flux consommé pour accéder à leur site ? Pour s’en prémunir, Netflix a signé des accords avec les télécoms américains pour se garantir un débit plus important par rapport à ses concurrents. Un acte significatif dans la tendance de la fin de l’internet libre. Toutefois en France, Orange a refusé de contribuer à la diffusion de Netflix. Il faudra donc passer, pour le moment tant qu’un prestataire n’est pas trouvé, par le site Internet ou l’application avec le risque d’un mauvais débit pour la diffusion.

Et les bibliothèques ?

Face à un algorithme de suggestion très puissant, l’abonné bénéficie de recommandations très pointues en fonction des films regardés ou consultés. Alors que les bibliothécaires peinent encore à se remobiliser sur la médiation de contenus plutôt que sur les collections, voilà encore un concurrent de taille.

D’autre part, les acteurs des ressources numériques en France comme « Médiathèque Numérique » pourront-ils légitimer leurs tarifs et consommations à l’acte ? Des abonnements pour les collectivités seront-ils négociables avec Netflix ? Leurs moyens, plus faibles, leurs permettront-ils de résister ?

L’arrivée de Netflix et les débats autour de la VOD et la publicité indirecte qui en découle, permettront-ils de modifier les pratiques des français ?

Le feuilleton Netflix ne fait que commencer… Et vous, qu'en pensez-vous ?