2011-03-17_Point sur le désherbage en bibliothèque

Point sur le désherbage

 

Le 17 mars 2011 à Boulogne-Billancourt

 

 

Présents : Marie Paraine (Neuilly), Agathe Luchie (Neuilly), Caroline Cire (Sceaux), Anne-Laure Fructus (Sceaux), Hélène Menand (Boulogne), Alain Kiavué (Boulogne), Hélène Korb (Genevilliers), Laurence Bassaler (Genevilliers), Christine Levoisin (Courbevoie), Isabelle Mollaret (Boulogne), Solange Puijaton (Boulogne), Sylvie Garel (Sèvres), Corinne Spinelli (Boulogne), Irène Boisanbert (Boulogne), Béatrice Branellec (Rueil), Ana Lia Amand (Montrouge), Pascal Visset (Sceaux), Isabelle Von Gastrow (Boulogne)

 

 

 

1. Cadre légal

 

Le Code général de la propriété des personnes publiques, partie législative, a fait l’objet de l’ordonnance n°2006-460 du 21 avril 2006. Il s’applique à toutes les personnes publiques, Etat, collectivités territoriales, EPCI, établissements publics.

 

L’article L 2112-1 (chapitre II, Domaine public mobilier) dit que « font partie du domaine public mobilier de la personne publique propriétaire les biens présentant un intérêt public du point de vue de l’histoire, de l’art, de l’archéologie, de la science ou de la technique, notamment : (…) 10º Les collections de documents anciens, rares ou précieux des bibliothèques' »

 

La question est donc tranchée. La Gazette des communes a publié une analyse du texte dans ses numéros du 26 juin et du 9 octobre 2006.

 

Les collections courantes sont désormais des objets du domaine privé, parfaitement aliénables.

 

Un rapport de l’Inspection Générale des Bibliothèques de 2006  rappelle les contours de la législation : un document ancien est un document vieux de plus d’un siècle (…) Rare s’applique aux documents uniques ou n’existant qu’en petit nombre. Précieux fait référence à la valeur vénale d’un document ou à sa valeur historique ou culturelle.

 

Les documents non précieux, non rares ou non ancien doivent donc être considérés comme ressortissant au domaine privé de la collectivité – et sont donc aliénables.

 

 

 

2. Difficultés du désherbage

 

Avec les élus

 

Les élus acceptent très mal le fait de jeter les livres. Surtout des livres en bon état.

 

Dans le meilleur des cas ils se désintéressent du sujet. Les bibliothécaires tiennent cependant à leur disposition une liste de pilon. Mas il est difficile de faire comprendre la démarche aux élus

 

Pourtant il est plus facile de jeter que de donner du fait des actes administratifs nécessaires.

 

Il est très difficile de donner des ouvrages pilonnés même à un hôpital public.

 

Il faudrait trouver un système pour faciliter les dons (vers les hôpitaux, autres collectivités…) [un prochain point sur… sera organisé sur le sujet du « don » en bibliothèque.

 

Certaines municipalités prennent des initiatives originales : donner les livres dans des boulangeries, magasins participants etc.

 

Ventes de livres : bénéfices à la caisse des écoles ou à la bibliothèque. Il faut penser à étendre la régie de recettes ou en créer une.

 

Cas d’élus intervenus qui critiquent les politiques d’acquisitions puisqu’on jette des livres. Incompréhension quant au désherbage et la bibliothèque en général, d’où la nécessité de faire acter administrativement la démarche.

 

 

Au sein des équipes

 

On note encore des réticences de la part des anciens collègues. Celles-ci tombent petit à petit au cours de formations, de groupes de travail.

 

Pour les jeunes bibliothécaires, le désherbage pose moins de problème. Il s'agit plutôt d'affronter le manque de confiance de certaines collègues plus âgés.

 

Les formations sur des fonds spécifiques sont très utiles. Ex : Landowski pour la SF : certains auteurs plus anciens sont devenus des références. Attention à ne pas jeter trop vite !

 

Résistance au désherbage : il faut y passer du temps et le faire sérieusement pour lever les blocages.

 

 

Visibilité du désherbage, communication – la population

 

C'est un problème récurrent. Il ne faut pas que les lecteurs puissent récupérer des livres dans les bennes.

 

Problème de visibilité des bennes pour les citoyens. Dans certaines bibliothèques les livres pilonnés partent à la décharge directement.

 

Avancer le principe du recyclage des ouvrages peut être une manière de faire accepter plus facilement le désherbage. Cependant, il faut désosser les livres et cela prend du temps. Il faut aussi faire disparaître la provenance des livres : enlever code-barres et tampon. Les déchetteries ont aussi des quotas à respecter.

 

La communication en direction des usagers est très difficile : incompréhension de la démarche. Le caractère sacré du livre joue à ce niveau-là.

 

Exemple d’une mise en scène du désherbage sur arbre à livres où le public pourrait se servir (ex. Europe du Nord).

 

Nécessité d’ouvrir la bibliothèque. Envisager une distribution libre et facile au public.

 

Difficulté administrative ? Quelles modalités pour une étagère « servez-vous » ? Comment faire passer le message aux élus ?

 

 

 

 

3. Pratique et théorie du désherbage

 

 

Intérêt et nécessité du désherbage

 

Exemple de gros désherbage pour remettre la collection à jour. Le public imagine qu’il y a plus de livres (Gennevilliers, Rotterdam…).

 

Réflexion : faut-il avoir moins de livres en rayons pour valoriser les collections (discours qui monte de plus en plus) ?

 

Le premier critère évoqué est l'état du livre. Ce critère vaut pour tous les documents.

 

Prêter des livres en bon état est une marque de respect pour les usagers. De plus des livres récents et bien présentés rendent les rayonnages d'une bibliothèque plus attrayants.

 

 

Critères : à ajuster selon les fonds

 

Fonds fiction : exemple de Rueil-Malmaison qui a supprimé 80 % du fonds conservé en réserve.

 

Le critère de place sur les étagères a été pris en compte pour certains auteurs.

 

Le critère de sortie : l’étude de la liste ne suffit pas, il faut aussi faire une analyse intellectuelle.

 

 

Fonds informatique à tenir à jour mais ne pas oublier ceux qui ont encore un matériel ancien

 

Gennevilliers : la pratique du multimédia incite à avoir moins de livres sur les rayons (remplacés par les ressources numériques).

 

 

Fonds documentaire en général : les critères peuvent être plus précis (obsolescence, présentation).

 

Là encore on note des différences de traitement selon les domaines : histoire, informatique, littérature…

 

On peut aussi faire des choix précis : Rueil-Malmaison a décidé de pilonner tout les livres d'art grand public dont les illustrations étaient en noir et blanc.

 

 

VHS : faut-il les désherber ? Question de l’équipement des usagers ? Tout n’a pas été édité en DVD !

 

 

Désherbages en Jeunesse

 

Fonds jeunesse : manques de l'édition jeunesse dans certains domaines. Le niveau pédagogique d'un livre ancien peut être meilleur que celui d'un livre plus récent.

 

Problème de l’usure des livres + espace disponible.

 

Sujets quasiment pas traités mais nécessité de désherber en jeunesse y compris si cela induit une réduction des fonds.

 

Question des albums : la conservation partagée peut être une réponse mais attention à la stratégie des fonds « nostalgie » pour ne pas jeter les livres.

 

Tirage éditorial moins important qu’en section Adultes.

 

Rééditions pas forcément conforme à l’édition originale.

 

Si on jette en jeunesse souvent rien ne remplace du fait de la faiblesse de l’édition mais cela ne doit pas empêcher le désherbage (celui-ci devant être effectué aussi en fonction du contenu, de la valeur pédagogique).

 

Édition jeunesse documentaire limitée : mais l’accès au contenu est de plus en plus disponible sur internet.

 

 

Formalisation, procédures

 

Le réseau des bibliothèques dans une même ville doit entrer en ligne de compte dans le désherbage : inutile de cumuler des doublons, surtout en fiction. La mise en place d'un conspectus[1] peut alors être envisagée.

 

Ex. Sceaux : faire une évaluation des collections : commencée en 2009. Mise en place de cotes validées, cela simplifie les statistiques, le traitement et la communication. Les bibliothécaires maîtrisent mieux leurs fonds. Utilité de créer une fiche d'aide au désherbage.

 

Ex. Rueil-Malmaison : pour une meilleure traçabilité sept motifs de pilon sont intégrés à la notice (très bien… quand le SIGB le permet !).

 

Possibilité de prévoir le pilon dès l'achat du document - notamment en fiction, pour les livres très demandés et dont on sait qu'ils ne seront pas des chefs d'œuvres. Comme cela se fait déjà dans certaines bibliothèques numériques : une fois un document téléchargé, la date de pilon est programmée.

 

Souvent, une véritable formalisation de désherbage travaillée en interne manque pour s’approprier la démarche.

 

 

Deux questions essentielles : les fonds de la bibliothèque sont-ils courants/encyclopédiques ou de conservation ? Met-on au centre la lecture et l’usager ou la « collection sacralisée » ?

 

 

Problème de la répartition de l’occupation spatiale des fonds en % globalité de la collection.

 

 

Circuit du désherbage : édition des listes si besoin de contrôle/ analyse, a posteriori ; souvent le désherbage est effectué par les chargés des fonds directement.

 

 

Problème du désherbage des livres peu intéressants mais reliés et donc inusables ! Le prix de la reliure pose donc le problème de la pertinence d’une reliure onéreuse et trop systématique.

 

 

Angoisse du bibliothécaire devant le lecteur qui demande un document qui vient d’être pilonné ! Une politique documentaire (intégrant le désherbage) claire et formalisée permet de répondre sans difficulté.

 

 

Vitesse de croisière dans le développement des collections : une acquisition = un désherbage (cf. B CALENGE).

 

 

 

Transparence

 

Avec les élus : établir une charte documentaire, obtenir des délibérations ou décisions, revoir les articles de lois qui prévoient et encadrent le désherbage (gestion patrimoine privé des collectivités).

 

Avec les usagers : ex. journée porte ouverte à Sceaux (visite de toute la bibliothèque, espaces publics et professionnels + discussion sur les politiques d'acquisitions, le désherbage est aussi abordé). A Rueil-Malmaison une feuille d'informations concernant les dons est diffusée auprès du public. Pour les dons exceptionnels, un bibliothécaire se déplace chez le particulier et oriente s'il le faut le lecteur vers d'autres associations.

 

On pourrait imaginer d'autres types de communications plus ludiques et originaux. Pourquoi pas un coin café au sein de la bibliothèque avec à disposition des livres pilonnés ?

 

Dans les pays du Nord, un arbre de Noël est réalisé avec des livres pilonnés !

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Le désherbage est une nécessité qui rend service aux usagers et aux collections qu’il permet de valoriser et d’entretenir.

 

La résistance des « anciens » est en passe d’être vaincue par les formations, les pratiques formalisées et les jeunes générations.

 

Importance de bien connaître le cadre légal et administratif du désherbage (du pilon au don en passant par la vente).

 

 

Pour conclure : le désherbage repose sur un faisceau de nombreux critères variés et qui doivent toujours être adaptés au contexte et aux collections.

 

Une fois une opération de désherbage effectuée, les lecteurs ont toujours l'impression qu'il y a plus de livres dans les rayons !

 

 

 

Rappel des critères IOUPI

 

I : incorrect, fausse information ;

 

O : ordinaire, superficiel, médiocre ;

 

U : usé, délabré, laid ;

 

P : périmé ;

 

I : inapproprié, ne correspond pas au fond.

 

 



[1] Le conspectus repose sur une segmentation de la collection, segmentation établie à partir d’un système de classement hiérarchisé. Pour chaque segment des indicateurs de niveau qualitatif et quantitatif et l’insertion de ces indicateurs dans un tableau de bord figurant les stades de départ et d’évolution de la collection au regard de l’objectif visé. "

Extrait tiré de : Thierry GIAPPICONI Avenir du Conspectus Poldoc Journée d’étude organisée par le groupe Poldoc. 17 mars 2000 – Villeurbanne.

 

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