Commission Petits éditeurs - septembre 2017

Commission Petits éditeurs BiB92 – Sélection septembre 2017

Sélection septembre 2017

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Ce sixième tome d’une série intitulée La chronique des Clifton peut se lire indépendamment des cinq précédents. On entre très vite dans cette saga captivante qui se déroule en Angleterre au début des années 70 (pour ce tome). Des personnages hauts en couleurs : banquiers, politiques, espions, écrivains… gravitent dans les sphères du pouvoir. On suit leur parcours, tant public que privé, avec beaucoup d’intérêt. La guerre froide en arrière-plan exacerbe passions et trahisons. Une certaine Margaret Thatcher est évoquée à plusieurs reprises.
Tout sonne juste dans cet opus foisonnant, étude de mœurs passionnante d’une époque riche et définitivement révolue. C’est un vrai page-turner dont les 470 pages se dévorent littéralement.
Archer, Jeffrey. - Le temps est venu. - Les Escales. - Traduit de l’anglais. - 470p. - 22,50€

Dans une petite ville du pays de Dracula, vit Adam, seul depuis le départ de sa femme et de sa fille. Apprécié par la plupart des habitants, il aide les autres en tant qu'écrivain public, et l'école lui prête une salle pour qu'il puisse rendre des services étant payé en troc.
Il entre ainsi dans la vie de ceux qui sollicitent son aide et donne des conseils en restant en retrait. Jusqu'au moment où il se rendra compte que lui aussi a besoin des autres pour régler ses propres soucis et avancer.
L'auteur situe son roman dans la Roumanie post-communiste pauvre, où règne le système D qui permet de survivre. La France, pays de rêve et de liberté, attire. Même si le pays change (à l'occidentale), l'empreinte de Ceausescu reste gravée dans l'esprit des habitants.
Un feel-good book, agréable à lire, humain. Chaque personnage a hâte de retrouver « une partie de lui-même laissée dans la vie d'un autre »
Ballanger, Michèle. - Il est temps de suivre les rêves et d'apprendre à voler. - Rouergue. - 274p. - 20€

En 1944, Juan Vega est un Catalan qui a fui le franquisme et s’est installé à Paris, où il travaille comme ébéniste. Il tombe amoureux d’une cliente, la jolie Marie Malcaras, et en la suivant, il découvre le Paris souterrain des maisons closes, réseaux de résistants et collabos qui, tous, intriguent pour tirer leur épingle du jeu.
L’histoire en elle-même est très simple. C’est une romance avec rencontre, péripéties, séparations etc… et on voit rapidement où l’auteur veut en venir.
Mais l’histoire semble plus prétexte à présenter une ambiance et un univers. On découvre le Paris occupé avec intérêt.
Bernadac, Edouard. - Faubourg des minuscules. - H. d’Ormesson. - 199p. - 17€

A Varsovie, le corps carbonisé de Jan Kameron, homme d'affaires qui a connu des revers de fortune, est découvert dans les ruines de sa villa. L'inspecteur Mortka soupçonne la présence d'un pyromane semant la mort dans les rues. Son enquête est compliquée par les problèmes de boisson de son adjoint et l'arrivée d'une profileuse dans l'équipe.
Excellent polar ! Un voyage passionnant dans la Pologne actuelle avec un commissaire atypique, ça ne se refuse pas. L’intrigue est assez originale et les rebondissements jusqu’aux dernières pages sont au rendez-vous du lecteur avide de sensation !
Le texte est bien écrit, nous embarquant immédiatement dans cette enquête étrange : Jakub Mortka, dit le Kub, fait date dans le panthéon des flics de papier.
Wojciech Chmielarz est né en 1984 en Pologne. Rédacteur en chef d’un site internet dédié à l’étude du crime organisé et de la sécurité internationale, il a écrit quatre romans mettant en scène le Kub. Vivement qu’ils soient traduits ! Il a reçu en 2014 le prix Gros calibre qui récompense les meilleurs polars polonais.
A découvrir de toute urgence !
Chmielarz, Wojciech. - Pyromane. - Agullo, Noir. - Traduit du polonais. - 409p. - 22,50€

Depuis son coma, Martha fait des réflexions en décalé, et sa mémoire fonctionne de manière aléatoire. Le regard qu'elle pose sur la vie et les autres est plutôt naïf ; elle voit ce qui passe inaperçu pour d'autres. Cette héroïne touchante sait s'émerveiller des détails du quotidien.
En excursion avec son frère pour rendre visite à Jeanne, leur voiture tombe en panne sur les bords de l’Yonne. Septime se propose de les aider à aller au garage. Il devient leur chauffeur, attentif et serviable. Ils sont en pleine nature, coupés du monde sans internet, tout est paisible.
Jeanne peu à peu leur raconte sa vie, le lien qu'elle entretenait avec leur père.
Des personnages remplis d'humanité, la nature occupe une place prépondérante. La plume est fluide, on vit un moment hors du temps. Francis Dannemark nous invite dans un roman tendre. Le texte fluide nous entraîne dans un monde où les pannes de voiture ne constituent pas un sujet de contrariété, mais l'occasion de réaliser de belles rencontres ou de faire trempette.
Agréable à lire mais pas marquant, si vous cherchez un « feel good book », j’ai préféré Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien.
Dannemark, François. - Martha ou la plus grande joie. - Castor astral, Escales des lettres. - 122p. - 15€

La Ravine est un village près de Riazan (un des « oblasts » ou régions de la Russie, chacun des oblasts est dirigé par un gouverneur). On y croise toute une galerie de personnages qu’on retrouve parfois d’un chapitre à un autre. Ce récit discontinu restitue le quotidien du peuple russe au début du XXe siècle, sur un ton qui ressemble parfois à celui du Danois Jorn Riel (même goût pour les histoires courtes et les portraits en puzzle, même intérêt pour les personnages aux vies difficiles, le tout émaillé de moments à l’humour doux-amer).
Publié pour la première fois en 1916 dans une revue de Petrograd.
Essénine, Sergeï. - La Ravine. - Héros-Limite. - Traduit du russe. - 175p. - 12€

Ce roman a déjà été publié en 1925, et adapté plusieurs fois au cinéma.
Cette romance glamour, dans l’atmosphère chic et tendance des Années folles, est un petit bijou et accompagné de photos et commentaires.
Georges Dewalter, jeune et bel homme ruiné, doit s’embarquer pour un poste en Afrique. Dans le train pour Bordeaux, il rencontre Déléone, riche homme d’affaires qui doit récupérer, justement à Bordeaux, une Hispano, achetée pour sa maîtresse parisienne. Oswill le pousse à un marché pour éviter que sa femme ne devine la vérité : cette Hispano appartiendra à Dewalter, le temps du séjour familial de Déléone à Biarritz, car son départ est repoussé.
Bien sûr, une ravissante jeune femme, mal mariée et vêtue par Poiret, en tombe éperdument amoureuse et le croyant très riche, veut s’enfuir avec lui… Hélas, la fin est une tragédie : le mari jaloux, au courant de tout, veut acheter son départ. Mais Georges est un véritable gentleman et le souvenir de cet homme si beau et si aimé ne sera pas terni !
On passe un moment délicieux, plein de charme délicat, rien à voir avec Gatsby le magnifique. Et derrière le romantisme, c’est également une intrigue sociale.
Frondaie, Pierre. - L’homme à l’Hispano. - L’éveilleur. - 217p. - 19€

Que fait-on lorsque son enfant disparaît aux confins de la planète ? Jusqu'où est-on prêt à aller ? Trois personnages qui, jamais n'auraient dû se rencontrer, voient leurs destins s'entremêler autour de leurs enfants qui disparaissent à l'étranger ou sont menacés par la misère.
Stanislas, un homme d'affaires français apprend que son fils, Alexandre, a disparu et est recherché par la police australienne. L'existence de Rose, requin de la finance internationale à Hong Kong, bascule lorsque sa fille Jade est arrêtée en Thaïlande pour trafic de drogue et risque la peine de mort. Le troisième, Bienaimé fuit Haïti pour sauver sa petite fille de la misère en devenant ouvrier-esclave au Qatar, sans s'imaginer une seconde ce que le monde occidental lui réserve.
De bonnes idées pour un bon scénario, mais qui s’est avéré un peu caricatural malgré un rythme soutenu tout au long du récit. Les événements s’enchaînent sans réelle surprise, même si le contexte géopolitique des trois destinations est très bien documenté. Sympathique lecture.
Hauter, François. - Les enfants perdus. - Rocher. - 329p. - 20€

A Londres, Ellie Thomas reçoit des cartes postales adressées à une précédente locataire. Elle s'habitue au charme de ces missives envoyées d'un pays dont elle rêve et suit l’itinéraire du correspondant. Elle décide de partir sur ses traces en Grèce. Pendant le voyage, elle lit le carnet bleu (reproduit dans le livre), rédigé par le mystérieux inconnu désespéré de ne pas retrouver la femme qu’il attendait. Il sillonne la Grèce au hasard, mais ne profite guère des paysages à cause de sa déception.
Ce roman à la construction originale est tissé par le quotidien d'Ellie et les différents récits inclus (carnet, récit de voyage, histoires que les personnes qu’Anthony a rencontrées lui ont racontées, nouvelles et légendes antiques) en font un portrait varié de la Grèce. Les textes décrivent la façon de penser des Grecs et leurs coutumes. On y découvre le quotidien de la population (l’histoire du violoniste est très réussie), mais également la description des paysages.
Richement illustré de cartes postales, de photos, le carnet reproduit, c’est un très beau travail éditorial de mise en page.
Hislop, Victoria. - Cartes postales de Grèce. - Les Escales. - Traduit de l’anglais. - 433p. - 23€

Dans les années 90, Maya, documentariste libanaise, retourne à Beyrouth afin d'être près de son mari mourant. Elle est également venue réaliser un reportage sur la reconstruction du centre-ville dévasté par la guerre civile.
Elle découvre dans un immeuble à demi-effondré une mallette contenant des documents des années 70, à partir desquels elle s'efforce de retracer le destin de Noura, journaliste syrienne exilée à Beyrouth et qui a disparu. Son amant, journaliste turc recherché dans son pays, lui écrit des lettres depuis Istanbul, qui alternent avec le journal intime de Noura, dans lequel celle-ci raconte son passé. Maya se passionne pour ces documents, cherche à reconstituer la vie de Noura et veut retrouver sa famille. Elle qui vit à Paris, redécouvre son pays, sa culture, la condition des femmes entre Syrie, Turquie et Liban.
L’auteur a donc choisi une narration mêlant les deux époques, juxtaposant la vie de Maya à celle de Noura. Elle s’intéresse aux signes annonciateurs des désastres à venir, aux relations hommes/femmes. Elle dénonce les difficultés que les femmes rencontrent dans leur vie familiale, conjugale et professionnelle, la puissance du pouvoir patriarcal auquel elles sont confrontées à vingt ans d’écart. Ce livre décrit aussi la difficulté d'aimer librement, le prix à payer pour oser braver l'honneur familial ou le respect des règles, ainsi que les relations entre Syriens, Libanais et Turcs.
Portrait croisé de deux destins de femmes, réussi et émouvant.
Humaydane-Younes, Imane. - Cinquante grammes de paradis. - Verticales. - Traduit de l’arabe (Liban). - 223p. - 20€

Nous sommes dans les années trente, un jeune chercheur, Monsieur Akino, accoste sur l’île d’Osojima, avec l’idée de terminer l’étude de son prédécesseur. L’exploration des lieux tourne très vite autour des ruines d’un temple bouddhique, dont l’histoire demeure mystérieuse et énigmatique.
Partons en voyage à la découverte de cette île et de nous-même, et pourquoi pas à la découverte du lien qui nous unit les uns aux autres. L’auteur nous plonge ici dans un récit contemplatif où chaque chose, chaque être fait partie d’un langage universel, où le temps se joue de chacun. A travers ce récit, nous voguons vers un Japon absorbé par son histoire, ses croyances, où le voile des années se soulève et laisse apparaître la course effrénée du temps.
Nashiki, Kaho. - Les mensonges de la mer. - Picquier. - Traduit du japonais. - 195p. - 19,50€

Huit nouvelles s’enchaînent dans une course effrénée, symboliques des Années folles qui seront suivies des années de plomb !
Un jeune fleuriste embarqué dans une histoire de voitures de luxe par une femme très riche et extravagante. Ah, les premières Renault Stella ! Un jeune homme, un peu simplet, embarqué dans la collaboration par son amour des drapeaux, et trop naïf pour réaliser qu’il installe des drapeaux nazis. Une belle femme à qui il ne reste qu’une robe de grand couturier qui se laisse embarquer par des hommes autour du monde et finit par attendre le yankee Clipper à Lisbonne pour partir aux USA.
On croise toute une population cosmopolite et des personnages bien connus de l’Entre-deux-guerres… Chaque portrait est celui d’une rupture dans la vie du personnage, illusion, désillusion, espoir, désir et chute ! Tout cela bouleversé par le chaos de l’histoire.
Ce qui scotche dans ces nouvelles qui forment comme une ronde tumultueuse de la vie, c’est le rythme, l’emballement de la vie qui est rendu par des phrases courtes, des ellipses, de brefs dialogues, un style très cinématographique. L’ambiance de cette époque est très visuelle avec les descriptions complétées par des photos d’époque, des robes de couturier et des voitures sublimes à nos yeux aujourd’hui !
Pourcher, Yves. - Vivastella. - L’éveilleur. - 210p. - 17€

Zoé est une jeune Niçoise au chômage. Elle reçoit un appel lors d’un rendez-vous Pôle emploi : ses parents sont victimes d’un grave accident de voiture. Son père est mort sur le coup et sa mère, dans un dernier souffle, trouve la force de lui annoncer que son père n’était pas son vrai père. Elle lui demande de le retrouver et lui donne pour seul indice : la plage de la mariée, en Bretagne.
D’abord complétement abattue, Zoé se laisse sombrer durant quelques mois.
Elle décide finalement de résoudre le mystère qui entoure sa naissance et part s’installer en Bretagne, où elle se fait rapidement  embaucher dans une "cupcakerie" tenue par une ancienne psychologue franco-américaine, Alice.
C’est dans ce salon de thé à l'américaine, que nous suivons la vie de plusieurs personnages attachants. Ils se croisent et voient leurs destins se mêler, tandis que Zoé part à la recherche de son père et tente de comprendre pourquoi sa mère lui a menti durant toutes ces années.
J’ai vraiment apprécié ce roman, en partageant la vie de Zoé et ses amis, même si parfois certains passages descriptifs sont longs. L’énigme de la paternité de Zoé motive pour continuer la lecture, et l’arrivée du beau Nicolas donne envie d’en savoir plus !
Sabard, Clarisse. - La plage de la mariée. - Charleston. - 440p. - 19€

Novembre 1939 : Anna Lania, 7 ans, se retrouve seule dans les rues de Cracovie. Sa seule famille, son père, professeur de linguistique, n'est jamais revenu d'une réunion organisée par les forces de l'Occupation. Après deux jours d'errance affamée, elle rencontre un homme long et étrange qui la séduit par son don pour les langues ; il parle même aux oiseaux. Selon lui, la survie dépend du mouvement.
Un roman qui tient en haleine de bout en bout.  Original, car on voit la guerre à travers les yeux de la fillette. Elle entame une longue errance avec un mystérieux homme-hirondelle qui la protège et la nourrit. Le style est d’une poésie et d’une finesse qui émeut et accroche le lecteur. Jusqu’à la fin « principe d’incertitude » !  
C’est mon coup de cœur de l’automne !!!
Ce premier roman, édité en 2016, a suscité une vague d'engouement de la part du public et de la critique.
Savit, Gavriel. - Anna et l’Homme Hirondelle. - Seghers. - Traduit de l’américain. - 249p. - 18,50€

Ce roman se présente comme la compilation de cinq récits évoquant un passé proche, au cours duquel un événement, tantôt appelé « le Flash », tantôt « Reset », a ramené la civilisation humaine à un niveau de développement rudimentaire. L'écriture et la lecture ont quasiment disparu, seules quelques personnes possèdent encore ces savoirs.
Les cinq chapitres-récits sont écrits par cinq personnages différents sur une même Remington, qui passe d'une main à l'autre.
En racontant le parcours de cette machine à écrire, l'auteur décrit le cheminement possible de l'Humanité après une grande catastrophe ayant bouleversé toutes les civilisations et effacé les mémoires. Il met en scène des chercheurs et archéologues en quête de ce passé et montre un futur dans lequel les hommes reproduisent malheureusement ce qui a certainement provoqué leur chute.
Roman à la construction très originale, SF qui vaut vraiment le détour.
Ségas, Christophe. - Remington. - Le Nouvel Attila. - 211p. - 18€

Vingt courtes nouvelles percutantes.
L’écriture est ciselée et mordante, les hommes sont tyranniques ou soumis, les femmes victimes ou acariâtres, parfois les deux ! Simpliste ? Pas vraiment, l’humour noir et une empathie certaine pour des personnages en proie au désamour et à la cruauté des rapports hommes/femmes sauvent le tout de la caricature. L’ultime nouvelle, lumineuse, qui donne son titre à ce recueil dit pourtant que le constat n’est pas si sombre, que l’harmonie est possible hors des carcans sociaux et des stéréotypes de genre.
Un livre profond, engagé, par un auteur qui a le goût et le sens de l’intime. Aussi bonne nouvelliste que romancière.
Sizun, Marie. - Vous n’avez pas vu Violette ?. - Arléa. - 166p. - 19€

Ella Newhall appartenait à une bande qui s’était donné le nom des « Cinq sans peur ». Ils passaient leurs vacances à faire du vélo, explorer l’île de la baie et frissonner en écoutant les histoires terrifiantes que leur racontait Jessica, la sœur aînée de Max. Ils ne le savaient pas, mais c’était la plus belle époque de leur vie. Et puis Jessica est morte.
Quatre ans plus tard, Ella, à présent plus connue sous le surnom « le Volcan », poursuit le rêve d’une médaille olympique sur les pistes de course. Mais il est bien loin, le temps où ils étaient « sans peur »…
La Belle colère signe encore un roman adolescent percutant, bien écrit, et dans lequel on plonge dès les premières pages. La lecture coule, les mystères et les secrets s'épaississent. Chacun croit protéger quelque chose, mais jusqu’où cela les mènera-t-il ?
L’intrigue et la psychologie sont bien construites. C’est un roman fort, un vrai plaisir de lecture sur un sujet pourtant difficile. A conseiller vraiment pour les ados/grands ados.
Skuse, C. J. - Nous, les déviants. - La Belle colère. - Traduit de l’américain. - 380p. - 19€

Alors qu’il n’était qu’un enfant, Lars Thorvald excellait déjà dans la préparation du lutefish, plat traditionnel scandinave à base de poisson.
Tout jeune papa, Lars prépare des menus gastronomiques pour les cinq premiers mois de la vie de sa fille, Eva. Quant à la mère d’Eva, « avoir un enfant a été la plus grosse erreur de sa vie ». Elle abandonne donc père et fille peu après la naissance d’Eva, et disparaît.
Quelques vingt-cinq ans plus tard, la célèbre, mystérieuse et talentueuse Eva Thorvald organise des repas d’exception pour des convives tirés au sort qui se sont inscrits sur des listes d’attente et patientent des années pour déguster des plats dont ils se souviendront toute leur vie.
Les cuisines du grand Midwest est une grande fresque chorale à la construction maîtrisée. Les histoires se juxtaposent, puis finissent par composer devant nous l’histoire d’Eva. C’est aussi un roman initiatique touchant, la petite fille, objet de raillerie pour ses camarades, marquée par l’abandon de sa mère, finit grâce à la gastronomie, par recréer le lien familial.
A la fois poignante et pleine d’humour, émaillée de nombreuses recettes de cuisine, cette fresque familiale se lit d’une traite.
Strada, J. Ryan. - Les cuisines du grand Midwest. - Rue Fromentin. - Traduit de l’américain. - 342p. - 22€

Glendon Swarthout (1918-1992), auteur spécialiste de l’Ouest américain, est reconnu surtout pour ses westerns. Bénis soient les enfants et les bêtes est paru initialement en 1970 et s’est vendu à trois millions d’exemplaires. Il a été porté à l’écran en 1971 par Stanley Kramer.
L’histoire se passe dans un camp de vacances pour garçons adolescents, en plein cœur de l’Arizona. Leurs parents sont tous fortunés et le but de ces derniers est d’endurcir le caractère de leur fils, de faire d’eux des « cow boys » à l’issue de ces vacances.
La compétition est une vertu dans ce camp, elle est censée faire mûrir. Six équipes se forment naturellement, chaque équipe possède un totem et un nom en fonction de leur performance. Et il y a toujours un groupe d’inadaptés : les Pisseux, que nous suivons tout au long de l’histoire. Ils sont six garçons, chacun avec leur caractère, chacun avec leurs faiblesses. Dès le début du livre, nous savons qu’ils ont assisté à un événement particulier et violent ; ils culpabilisent de ne pas avoir agi et ils se donnent une mission qui prouvera aux autres leur valeur.
Le lecteur a envie de savoir ce qui s’est passé et quelle mission le groupe s’est fixé, mais ce n’est pas le suspense qui fait la force de ce roman. L’acte de bravoure en lui-même et la manière de l’accomplir est assez fou et spectaculaire, on admire le courage des Pisseux et leur humanité. Le thème du groupe est très fort dans ce roman : l’esprit de compétition avec sa violence et la méchanceté humaine, envers ses semblables et envers les animaux. Mais aussi l’aspect bénéfique du groupe. La psychologie des personnages est très intéressante. De plus, il y a deux formes d’écriture, une caractéristique qui m’a beaucoup plu : en caractère « normal », l’histoire à l’instant où elle se passe et en italique des flash-back (qui décrivent tantôt des événements familiaux qui nous éclairent sur le caractère de chaque jeune, tantôt des événements vécus au camp qui nous dévoilent des éléments importants). Il y a aussi un côté épopée et récit initiatique.
Ce livre a été publié dans la collection Totem Nature Writing : le rapport à la nature et aux animaux est très important dans ce livre (l’Arizona et les bisons).
Swarthout, Glendon. - Bénis soient les enfants et les bêtes. - Gallmeister, Totem. - Traduit de l’américain. - 172p. - 8,70€

Nous retrouvons une fois de plus, Franck Sharko et sa compagne Lucie Hennebelle, le duo de flics du 36 Quai des orfèvres, deux ans après les événements de Pandemia.
Cette fois-ci, c’est Lucie qui, après s’être introduite en douce chez Julien Ramirez, suspect n°1 dans la disparition de Laetitia Charlent (la fille adoptive d’une amie de sa tante), le tue par accident après une lutte dans la cave. Paniquée, elle avertit Sharko qui vient nettoyer les lieux et maquiller la scène de crime afin de récupérer l’enquête, car ils ne retrouvent pas la douille compromettante. Les voici donc en train d’enquêter sur leur propre crime qui risque de les envoyer en prison.
Ce polar nous plonge dans l’horreur, la peur et le sang : il faut parfois avoir le cœur bien accroché ! L’histoire, riche en événements, rebondit sans cesse et l’auteur nous donne beaucoup de détails et d’informations sur des sujets aussi divers que le bio-art, la balistique, le satanisme. Il est préférable d’avoir lu Pandemia pour mieux comprendre les actions des personnages en général, et de Bellanger en particulier.
Thilliez, Franck. - Sharko. - Fleuve. - 573p. - 22€

Dans les années 40, Xiao Mingming, une très jolie jeune fille, fait de la figuration au théâtre de sa mère, puis fait partie d’une équipe de propagande artistique, puis de joueuses de tambourin. Cette beauté sensuelle, à l’origine de tous ses maux, lui donne la force d’affronter les épreuves de la vie. C’est grâce à son enthousiasme et sa générosité qu’elle traverse les heurts du temps.
Yu Zihan, admirateur fasciné par Xiao Mingming, l’épouse. Elle a deux enfants, mais continue sa carrière. Elle divorce et accouche de Xiaoqiu. La petite fille n’est pas aussi belle que sa mère, a la voix rauque, et se lance également dans le théâtre et l’acrobatie très jeune. Elle souffre d’être une enfant sans père. Ses relations avec ses frère et sœur sont distantes, même après le départ du frère qui dénonce sa mère.
Lors de la Révolution culturelle, les jeunes sont envoyés dans des camps où ils doivent faire leur autocritique. Xiaoqiu est « rééduquée » à la campagne, en même temps que le frère d’une amie collégienne. Les relations avec les paysans sont plutôt bonnes, ils ne sont pas maltraités comme dans les zones plus reculées.
Wang Anyi préfère décrire la vie quotidienne que les événements historiques. Un roman facile à lire, mais dont il se dégage peu d’émotion. La narration est traitée de manière impersonnelle et froide, et lecteur peine à éprouver de l’empathie pour les personnages. La mère ne manifeste pas d’affection pour Xiaoqiu, alors qu’elle aurait pu être fière de sa beauté et de ses qualités. Xiao Mingming s’efforce de contrôler sa vie, tandis que Xiaoqiu subit les événements, surtout dans sa vie sentimentale.
Wang Anyi. - La coquette de Shanghai. - Picquier. - Traduit du chinois. - 239p. - 21€

Dès la lecture de la première page, la présentation que Nathan Lucius fait de lui-même interroge…
« Je m’appelle Nathan Lucius. Je dors avec la lumière allumée. J’achète de vielles photos de gens que je ne connais pas. Je leur donne des noms et je les dispose en arbre généalogique sur mon mur. Comme ça je peux avoir une nouvelle famille quand je veux. Je ne suis jamais aussi heureux que quand chaque jour ressemble exactement à la veille… »
Mais qui est vraiment Nathan Lucius ? Monsieur tout-le-monde qui ne veut pas sortir de son train-train quotidien ? Ou un être bien plus complexe ?
L’atmosphère du récit à la première personne laisse au lecteur penser que cette deuxième option est la plus probable.
Un roman psychologique qui met assez mal à l’aise dès le début. Nathan Lucius n’est pas celui qu’il voudrait nous faire croire et la deuxième partie du roman nous le démontre… C’est un roman prenant qui vous poursuit, même une fois fini.
Winkler, Mark. - Je m’appelle Nathan Lucius : un roman en 67.265 mots. - Métailié. - Traduit de l’anglais (Afrique du sud). - 231p. - 20€

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