Commission Petits éditeurs - novembre 2017

Commission Petits éditeurs BiB92 – Sélection novembre 2017

Sélection novembre 2017

Version téléchargeable sur le site : cliquez ici

Accès direct aux critiques ci-dessous

 

18 mars 1871 : une émeute éclate à Paris, sur la Butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, fait arrêter Auguste Blanqui et envoie des troupes pour désarmer la garde nationale. Mais les troupes fraternisent avec la foule et la garde nationale. Adolphe Thiers quitte Paris pour Versailles, c’est le début de la Commune de Paris.
Deux mois plus tard, du 21 au 28 mai 1871, c’est la Semaine sanglante, l’insurrection est écrasée après des combats acharnés, une partie de Paris est incendiée, la dernière poche de résistance est anéantie au Père-Lachaise, plus de quatre cents insurgés y sont fusillés, devant un mur, devenu le « Mur des fédérés ». La Commune de Paris aura fait entre vingt mille et trente mille victimes en l’espace de deux mois.
Dans les pas de Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste, acteur et témoin de la Commune de Paris et auteur d’une Histoire de la Commune de 1871, le narrateur donne vie à ceux qui ont fait la Révolution : Jules Vallès, Louise Michel, à peine entrevue, Lissagaray bien sûr, Blanqui et tous ces anonymes, oubliés de l’histoire, auxquels Michèle Audin tente de donner un nom.
Les rues de Paris s’animent au gré des déambulations du narrateur. Michèle Audin livre un roman extrêmement documenté, très détaillé, construit sur les allers et retours entre présent et passé. A travers une reconstruction très vivante des scènes de l’époque, l’auteur nous fait partager le quotidien des quartiers populaires prêts à s’enflammer pour la Révolution. Il manque peut-être le souffle d’une histoire, le souffle d’un roman, mais les dialogues reconstitués sont enlevés, plaisants et crédibles.
Reconstitution fidèle et vivante de cette tragédie.
Audin, Michèle. - Comme une rivière bleue. - Gallimard, L’Arbalète. - 394p. - 23,50€

Voici le cinquième opus chez Verdier de Lutz Bassmann, auteur imaginaire, un des multiples pseudos d’Antoine Volodine, inventeur du concept de post-exotisme dont la définition est selon Wikipédia : « une rumination sur l’échec des luttes révolutionnaires, les abominations génocidaires du XXe siècle ; une mise en scène de la solitude, de l’impuissance devant la douleur et la mort de l’autre ; la dérive vers la folie ; etc. (Voir aussi le blog de l’auteur).
Dans une sorte d’entre-deux mondes, des personnages décédés errent dans le noir sans pouvoir mesurer le temps qui semble, d’ailleurs, ne pas passer. Afin de s’occuper, ils décident de se raconter des histoires, des « narrats », 31 courts récits, tels des contes ou des petites nouvelles, sur la vie d’une multitude de personnages dans des scènes puissantes, mais toujours inachevées, n’aboutissant jamais et qui s’arrêtent brusquement au moment le plus critique : des « interruptas ».
Au lecteur de rentrer très vite (ou pas) dans l’histoire comme on prend un train en marche, de se laisser porter (ou pas), puis de continuer et/ou d’interpréter…
Déroutant. Étrange. Inquiétant. Déstabilisant…comme du Beckett. Mais aussi poétique et ludique, et même parfois très drôle.
Bassmann, Lutz. - Black Village. - Verdier. - 203p. - 16€

C’est au jeu de l’autobiographie familiale que se livre ici Blas de Roblès. A la suite d’une dispute familiale, le père du narrateur lance à celui-ci qu’il n’a jamais été un vrai Pied-noir. Pour digérer le choc il s’en va passer une journée de pêche en solitaire. Tombé à l’eau, il passe son temps accroché à la coque à désespérer de voir apparaître des secours. Confronté au risque de mort imminente, c'est non vers les épisodes de sa propre vie, mais vers celle de son père qu'il se tourne.
Blas de Roblès nous brosse une fresque historico-familiale. L'histoire, c'est celle de l'Algérie, colonie française, terre d'immigration de nombreuses nationalités du bassin méditerranéen. La famille, c'est celle d'un jeune Espagnol qui quitte petit village et traverse la Méditerranée avec son épouse pour atterrir à Bel-Abbès. Un de ses plus jeunes fils deviendra Français à la faveur d'un décret. Etudiant en médecine, il se battra en Italie et y exercera la médecine dans l'armée du maréchal Juin. Revenu en Algérie, chirurgien reconnu, il quittera son pays pour la France, sans réussir à obtenir un poste à la hauteur de son talent et de ses ambitions. Quant au narrateur, né en Algérie, son enfance coïncide avec la guerre d'Algérie (Blas de Roblès naît lui-même en 1954), et l'exil qui suit.
Un bel hommage à son père pour ce roman foisonnant, comme seul JMBdR sait les mener, naviguant dans le temps et d'une rive à l'autre de la Méditerranée.
Blas de Roblès, Jean-Marie. - Dans l'épaisseur de la chair. - Zulma. - 374p. - 20€

Erica est « au bout du rouleau ». La cinquantaine fatiguée, elle subit les jours plus qu’elle ne les vit, entre un père retors, très malade, radin et dépendant, et l’absence de son fils homosexuel qui ne semble pas disposé à donner de ses nouvelles. Jimmy justement, ce fils mal dans sa peau et dans sa vie, parti au Texas pour fuir plus que pour explorer, se retrouve dans l’obligation de rejoindre sa mère et son quartier d’enfance, Brooklyn, qu’il ne pensait pas devoir affronter si tôt.
Ce roman est sombre et mélancolique comme son titre l’indique. Il n’en reste pas moins poétique avec des personnages attachants et d’une grande humanité qui luttent contre le poids du passé, les non-dits, les inégalités sociales. En effet, cette famille éclatée, brisée, tourmentée garde toujours l’espoir de réussir à renouer le lien mère-fils si fragile, mais si précieux.
A noter, une judicieuse bande-son avec Jeff Buckley, Léonard Cohen, Bob Dylan pour les amateurs de musique un brin nostalgique.
Boyle, William. - Tout est brisé. - Gallmeister. - Traduit de l’américain. - 208p. - 22,50€

Arzhur de Kerloguen, modeste hobereau breton, assiste impuissant au décès du dernier de ses sept enfants en 1709. Alors que sa femme perd la raison, il fuit en mer, maudissant sa foi et ne croyant plus en l’humanité.
En 1715, devenu le capitaine Ombre, il vogue à bord du Sans Dieu et fait régner la terreur. Le flibustier détrousse sans scrupules de nombreux riches. Ombre cache sa profonde douleur sous sa cruauté et cherche à exorciser ses démons dans cette vie de pirates. L’équipage affronte mers et tempêtes, en rêvant de trésors et d'îles cachées. Un jour, le capitaine fait prisonnier un prêtre jésuite avec qui il discute longuement sur l'existence du divin.
Rythmé et bien dosé en rebondissements et péripéties, traitrises et fidélité, ce roman d’aventures est original pour un auteur féminin, mais Bretonne ! Tous les ingrédients du genre y sont : batailles, vengeances, trahisons, secrets, et aussi amitiés.
Virginie Caillé-Bastide nous fait partager ses connaissances et sa passion pour l’époque. Elle s'est attachée à utiliser le langage propre du XVIIIe siècle pour mieux nous immerger.
Partez à l’abordage de ce premier roman prometteur qui ne vous laissera pas de temps morts ! Batailliez ferme aux côtés des pirates surnommés Palsambleu, Gant-de-Fer, Fantôme de Nez ou Bois-sans-Soif, en vous rappelant les lectures de votre enfance.
2eme avis :
En 1709, en Bretagne, Arzhur de Kerloguen vient de perdre le dernier de ses fils lors d'un hiver particulièrement rigoureux où règne la famine. Alors que le prêtre du village refuse de bénir le corps de l'enfant, et que son épouse se réfugie dans la négation, Arzhur décide de refuser violemment tout ce qui a trait à la religion. Suivi de son fidèle Morvan, il s'embarque à Brest. Quelques années plus tard, il est devenu l'Ombre, le plus impitoyable des pirates, sur son navire le Sans Dieu, où il ne fait pas bon esquisser un signe de croix. A la faveur d'un abordage, Anselme, un jésuite est fait prisonnier. Ses connaissances médicales leur sauveront la vie. Entre l'Ombre et lui, s'engage une lutte intellectuelle.
Dans ce premier roman, Virgine Caillé-Bastide, publicitaire, copie les tournures du XVIIIe siècle. Une originalité qui rend de premier abord ce roman d'aventures quelque peu ardu. Passées les premières pages, la vivacité du trait, la truculence des personnages, rendent le récit sympathique.
Caillé-Bastide, Virginie. - Le Sans Dieu. - H. d’Ormesson. - 330p. - 20€

Marie Charrel part sur les traces de son ancêtre Yo Laur (nom d’artiste de Yvonne Brunel-Neuville), peintre au début du XXe siècle qui, on ne sait pourquoi, a été finalement déportée à Ravensbruck.
Dans ce texte mi-roman, mi-récit, Marie Charrel nous fait découvrir le parcours à la fois de la femme dans son siècle, son intimité, et l’artiste au travers de ses recherches picturales. L’auteur n’étant pas  peintre, certaines considérations sur la pratique de la peinture sont un peu naïves (on espère que Yo Laur n’a pas effectivement mis 15 ans de carrière à comprendre le fonctionnement des ombres et des lumières). En revanche, les remarques sur l’histoire de l’art sont réellement intéressantes et montrent le travail de recherche de l’auteur. De même, on suit la vie et les aventures de Yo Laur, la femme, avec intérêt et empathie, car ses problèmes sont aussi ceux de notre temps.
On regrette seulement qu’il n’y ait pas dans cette édition quelques photos des œuvres de Yo Laur, et l’on doit consulter le site Internet de l’auteur pour les découvrir.
Charrel, Marie. - Je suis ici pour vaincre la nuit. - Fleuve. - 348p. - 20€

La vie pendant une année et à peine romancée d’Emma, jeune institutrice débutante de primaire, pleine de courage, nommée dans un quartier de zone sensible (ZEP) et confrontée à des enfants en graves difficultés de toutes sortes. Dans ce contexte, écrit-elle, la « Vocation est un mythe ou un délire romantique ».
Nous suivons le quotidien de sa classe avec tous ses doutes, ses remises en question, son impuissance : finira-t-elle par s’adapter ou bien par craquer ?
En même temps, nous découvrons toute une galerie de personnages et des portraits formidables : les enfants, « ces attachants, ces chiants, ces attachiants ». Ils sont presque toujours en souffrance, parfois violents. « Avec eux c’est souvent la guerre. » ; les parents, paumés et démissionnaires : le vieux directeur aux anciennes méthodes, mais qui fait de son mieux ; et aussi, son amoureux.
L’auteur, elle-même enseignante depuis très longtemps, a puisé dans sa propre expérience pour écrire ce récit à la croisée du documentaire et de la fiction. Ce livre est un témoignage politique et social touchant, parfois désespérant, d’une grande force et d’une grande justesse.
Corenblit, Rachel. - Les attachants. - Rouergue, La Brune. - 140p. - 18,50€

Dans un futur proche, l’Amérique est ravagée par les maladies. Seules quelques personnes demeurent résistantes : c’est le cas de Moïra. Pour survivre, elle et ses semblables, peuvent vendre des morceaux de leur corps (qui, selon la croyance, peuvent guérir) ou bien devenir des mères porteuses saines.
De la Science-fiction assez noire dans la veine de la Servante écarlate. Le style est oral, parfois vulgaire, et peut rebuter. Mais le tout reste très sympathique pour les amateurs du genre.
Dibbel, Carola. - The only ones. - Le Nouvel Attila. - Traduit de l’américain. - 398p. - 23€

Paris, 1795 : la Terreur a laissé place aux Incroyables et aux Merveilleuses. Victor Renard, un jeune homme tordu, souffrant d’un torticolis congénital, et embaumeur de profession, est face à ses juges. Il risque la guillotine ; accusé d’avoir commis un crime (le lecteur ignore lequel), il avoue ses fautes. Il se lance dans une longue confession qui relate, au final, son histoire personnelle. Victor Renard a besoin, pour se justifier et soulager sa conscience, d’expliquer la succession des événements qui l’ont conduit sur le banc des accusés.
Orphelin très tôt de père, « un joueur de serpent », c’est-à-dire un musicien qui remplace l’organiste dans les messes, il est élevé par une mère monstrueuse, qui le déteste et le martyrise. Celle-ci lui préfère son frère jumeau, Isidore, mort-né. Ce sera d’ailleurs elle, qui l’obligera à embrasser la carrière d’embaumeur, en le faisant travailler chez Monsieur Joulia.
Ce roman, très bien documenté, transporte le lecteur dans les bas-fonds de la France du XVIIIe siècle. Il dévoile les trafics d’organes, les secrets de la thanatopraxie, ceux d’artistes qui achetaient des cœurs humains pour la composition de leurs pigments. Certains tableaux de nos musées auraient même été peints avec le sang des rois de France.
La plume est belle et parfaitement maîtrisée. « J’aime écrire avec de jolis mots des choses atroces » a confié l’auteur dans une interview.
Duquesnoy, Isabelle. - L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard. - La Martinière. - 520p. - 21€

Premier roman.
Histoire d’un jeune Belge musulman en quête d’identité, passionné de football plus particulièrement de l’équipe de Bruges…
L’auteur nous raconte en 17 chapitres quelques « anecdotes foireuses» de sa vie, toujours en lien avec le foot, une écharpe, des chaussures.
Le jeune homme lettré se retrouve toujours dans des situations cocasses, avec les mauvaises personnes au mauvais endroit, mais parvient toujours à rebondir, souvent à cause -ou grâce- à son équipe préférée…
Petit livre ovni qui se dévore, doté d’une écriture drôle, jeune et dynamique. D’abord réticente, j’ai finalement passé un très bon moment de lecture, même si je ne suis absolument pas une « footballeuse du dimanche ».
El Khoury, Olivier. - Surface de réparation. - Noir sur blanc, Notabilia. -146p. - 14€

Veronica et Marieke sont amies d’enfance. Leur nationalité (suédoise) et leur amour pour la musique sont leurs seuls points communs. L’une est charismatique, extravertie, enjôleuse et imprévisible ; l’autre secrète, complexée, rêveuse. Veronica est professeur de musique, Marieke écrivain. La première, mère célibataire, a été élevée par sa tante Klara, personnage lumineux et central du roman.
C’est la mort de cette dernière qui entraîne les deux amies dans un voyage en Malaisie pour découvrir qui était vraiment cette femme, à plus d’un titre exceptionnelle. A cette occasion, les masques tombent. Le passé resurgit par l’entremise d’un pianiste ténébreux porteur d’un lourd secret qui brisera leur amitié et modifiera à jamais le cours de leur existence.
Jamais le romanesque du récit n’affadit la profondeur des thématiques évoquées. L’auteur analyse avec beaucoup de subtilité et de finesse les rapports humains. Un roman au goût doux amer.
Ernestam, Maria. - Le pianiste blessé. - Gaïa. - Traduit du suédois. - 413p. - 24€

En 2020, le climat s’est dérèglé, au point d’entrer dans une période glacière.
Après le décès de sa mère, Dylan doit quitter le cinéma de Londres où il a vécu toute sa vie et qui vient de faire faillite. Il part habiter au sein d’une communauté de marginaux au nord de l’Ecosse, dans un parc de caravanes pour reprendre sa vie à zéro.
Fraîchement débarqué, il fait connaissance de Stella, un jeune garçon qui veut devenir une fille et tombe (forcément) amoureux de sa mère Constance, une femme (forcément) belle, libre et indépendante…
Les « buveurs de lumière » du titre, étaient des moines qui se nourrissaient de la lumière du soleil. Tous les trois comptent bien réussir eux aussi cet exploit pour survivre à l’hiver fatidique et à cette fin du monde annoncée.
Une dystopie apocalyptique de plus ? Eh bien non, le cataclysme est un prétexte. Ce qui intéresse l’auteur, bien plus que le contexte, c'est avant tout l'intime, la psychologie des personnages, très attachants et leurs relations. Les descriptions de la nature enneigée et des paysages de glace sont magnifiques et détaillées. Elles font souvent penser aux romans de « nature writing ». L’écriture sèche et vive. Le récit lumineux et poétique est d’une grande puissance romanesque.
Fagan, Jenni. - Les buveurs de lumière. - Métaillé. - Traduit de l’anglais (Ecosse). - 302p. - 20€

Depuis la mort de sa femme, le vieux Miguel, solitaire, apprécie la tranquillité avec son fidèle compagnon, son chien Ramon, jusqu’à l’arrivée d’une lettre de sa sœur. Celle-ci lui annonce qu’elle veut finir ses jours chez lui. Miguel entrevoit déjà sa perte de liberté. Tous ses terribles souvenirs ressurgissent : l’exécution de son frère jumeau pendant la guerre civile espagnole, puis ses années de victime de la dictature franquiste, marquées par les assassinats, les privations, les camps, les tortures, les maladies. Après une nuit de réflexion, Miguel et Ramon s’enfuient sur les routes.
Ce roman est une ode à la liberté, à la vie, à l’art, à l’amitié, à l’amour fraternel. Traversant Madrid et la campagne espagnole des années 30 aux années 90, il rend hommage aux combattants et aux anarchistes, sans oublier leurs dérives ou leurs faiblesses humaines.
Une lecture très poétique et émouvante, indispensable.
Fernandez, Carine. - Mille ans après la guerre. - Les Escales. - 228p. - 18€

En 1840, le poète John Clare sombre dans l’oubli. En proie à une profonde dépression, il choisit de se faire interner dans une maison de repos jouxtant un asile psychiatrique. C’est alors qu’arrive un nouveau pensionnaire, Septimus Tennyson, accompagné par son frère Alfred, futur grand poète anglais.
Le roman ne se focalise pas sur l’art poétique (dans un modèle Mozart/Salieri), mais sur la vie quotidienne de l’asile et de ses habitants. Ce n’est pas un texte à péripéties, mais un texte à ambiance, où on se laisse porter par l’atmosphère et le « regard poétique » avec lequel John Clare perçoit le monde qui l’entoure et ses souvenirs.
Un roman qui plaira aux amateurs de littérature classique et de civilisation anglaise.
Foulds, Adam. - Le labyrinthe d’une vie. - Piranha. - Traduit de l’anglais. - 252p. - 18€

Gréco, une ancienne ensemblière âgée et aisée, vit paisiblement à Roquebrune-Cap-Martin jusqu’au jour où elle aperçoit un couple entré par effraction dans la célèbre villa E-1027 qu’elle rêve d’acquérir. Cette maison du bord de mer existe réellement : Elle a été conçue par Eileen Gray (1878-1976) et son compagnon Jean Badovici.
Gréco trouve la villa sublime et son mobilier très astucieux ; elle apprécie moins les fresques de Le Corbusier. En côtoyant les jeunes gens, d’anciens souvenirs ressurgissent : ceux de sa petite enfance passée à Monte Verità. Cette communauté pré-hippie fut fréquentée par d’immenses artistes, tels Isadora Duncan, Kandinsky, Picabia, etc.
Ce roman est à la fois très sensible (avec des parfums, des goûts, des couleurs ensoleillées) et très intéressant, car il rend hommage à la naissance de la danse contemporaine au début du XXe siècle, et à l’architecture moderniste des années 20.
Si vous avez aimé, vous aimerez : Villa Kérylos, A. Goetz, Grasset.
Houdart, Célia. - Tout un monde lointain. - POL. - 199p. - 14€

Les béguines sont une communauté laïque créée par le roi Saint Louis, qui bénéficie de privilèges plutôt rares à l’époque. Les femmes ne forment pas de vœux, travaillent, peuvent s'instruire et sont autonomes. Veuves pour beaucoup, les béguines se retirent du monde, mais peuvent continuer à administrer leurs biens, puis reprendre leur place dans la société. Il existe peu de sources sur les béguines, mais l'auteur a su les exploiter pour écrire une histoire enrichissante.
A Paris, en 1310, Ysabel, veuve, choisit de se retirer dans un béguinage. Sa connaissance des plantes lui permet d'officier à l'hôpital. Elle accueille Maheut, une jeune fille rousse, terrorisée et violentée. Peu à peu, la confiance s'installe et la jeune fille guérit. Cependant, celle-ci doit rester cachée, car un homme la recherche après qu’elle ait fui des noces imposées.
Aline Kiner mêle personnages fictifs et réels, au moment où cette liberté est menacée par l'Inquisition qui "n'accepte pas qu'il y ait parmi les béguines des personnalités cultivées, lesquelles s'emparent des écritures et de la prédication." C'est pour avoir écrit Le miroir des âmes simples et anéantis que la béguine Marguerite Porete est soupçonnée d'hérésie et brûlée vive sur la place de Grève en 1310. Le livre sera détruit sauf quelques rares exemplaires.
Nous suivons l'histoire de ces femmes indépendantes et libres qui vivent dans une communauté fondée sur l'entraide et la protection. C'est un texte au rythme assez lent, correspondant au rythme de vie. Un beau roman sur la condition de la femme au Moyen-Âge et Paris au XIVe siècle.
Kiner, Aline. - Le nuit des béguines. - L. Lévi. - 329p. - 22€

Roman autobiographique.
Suite au décès de sa grand-mère, l’auteur se replonge dans les vieux carnets de celle-ci. Elle repense à ses parents, sa jeunesse, mais surtout à l’année de ses dix ans. Un jour, en rentrant de l’école, elle découvre un camion de déménagement devant la maison, elle comprend alors que ses parents divorcent. Ce ne sera plus jamais ses parents, mais papa OU maman. La narratrice a dû affronter le divorce de ses parents mais n'a jamais réussi à surmonter ce drame, même devenue adulte.
Un chapitre, un souvenir, une phrase. On suit la réflexion de l’auteur, comment elle a vécu cette séparation et comment elle la vit aujourd’hui en tant que femme.
Un livre qui se lit rapidement, qui provoque quelques émotions. Un roman qui sonne vrai.
Lemp, Sophie. - Leur séparation. - Allary. - 103p. - 15€

New York, été 1909 : le richissime homme d’affaires, Cyrus Vandergraaf, engage Harry Houdini, le célèbre illusionniste et le docteur Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, pour enquêter sur la disparition de son fils, Stuart. L’un se targue d’être le roi de l’évasion, l’autre de pouvoir pénétrer dans les esprits. Ils vont devoir faire équipe. Leur indice est un conteneur scellé, sur les docks, et une lettre dans laquelle il est écrit qu’à la moindre ouverture, le conteneur explosera.
Des gratte-ciel inachevés aux bas-fonds de la ville, Houdini et Freud enquêtent, cherchent des indices, explorent la personnalité du disparu et l’histoire de la famille Vandergraaf. Ils avancent à tâtons dans la société des faux visages. Tout n’est en vérité que faux-semblant, piège et chausse-trape.
Au final, ce n’est pas tant le mystère qui est distrayant dans ce récit, mais la relation qui se construit entre les deux détectives.
Ce roman, très bien écrit, allie polar et psychanalyse. Il est richement documenté sur la vie de Houdini et de Freud, ainsi que sur le contexte historique et géographique. Le lecteur prendra plaisir à suivre ce duo improvisé dans un New-York en pleine expansion. Il croisera des personnalités et non des moindres : le psychiatre Carl Jung, le journaliste Joseph Pulitzer, l’inventeur génial Nicolas Tesla, ou encore le docteur Holmes, l’un des premiers tueurs en série de l’histoire contemporaine.
Mauméjean, Xavier. - La société des faux visages. - Alma. - 288p. - 18€

Danielle, 74 ans, possède une maison sise à Sanary-sur-mer dans la luxuriance méditerranéenne, où elle passe tous ses étés depuis 45 ans et y reçoit son fils Pierre-Marie et son petit-fils Arthur. Le fils retrouve sa chambre bleue et ses souvenirs. Mais à 50 ans, divorcé, son existence lui semble vide. Il n’y a pas d’hostilité entre les personnages, mais pas de communication non plus.
Le trio est bouleversé par l'arrivée de Prisca, embauchée pour aider la vieille dame, qui sent le poids de la vieillesse sur son corps. La jeune femme énigmatique bouleverse la vie de ces trois générations. Son charme envoûtant fait voler en éclats leurs certitudes et révèle des désirs inconscients. Tous trois de formation scientifique manifestent difficilement leurs sentiments. Pourtant, père et fils ne peuvent s’empêcher de regarder Prisca ; vont-ils devenir rivaux ? Prisca apporte un peu de sel à ces vacances fades.
Pascal Morin nous fait suivre la cohabitation du trio, en plein désert affectif. Il distille des indices montrant la fascination que la jeune femme exerce sur chacun. L’auteur brosse les paysages du Sud qui émerveillent et envoûtent : on voit les agaves, les eucalyptus, les calanques de Cassis, on sent les odeurs, on ressent la chaleur.
Bien que le temps s’écoule lentement, le lecteur tourne les pages sans pouvoir s’arrêter. Un joli style pour un livre sensible, sensuel. Une écriture tout en douceur qui nous séduit.
Morin, Pascal. - Une mer d’huile. - Rouergue, La Brune. - 126p. - 14€

Pour :
Saxifrage, la narratrice, est une jeune Chinoise cultivée, qui vit à l'époque de la dynastie Tang. Elle est issue d’un milieu aristocratique et raffiné, Son père, haut fonctionnaire sévère, l'initie au taoïsme, à Confucius, à la musique et à la poésie. Il accepte son désir d'aller au monastère taoïste plutôt que de voir s’imposer un mari.
Après avoir été nonne, Saxifrage décide de devenir geisha dans une maison de thé. Les courtisanes reçoivent les hommes, avec lesquels elles ont, au choix, des relations amicales, amoureuses ou charnelles. Elles doivent avant tout écouter, réconforter, et peuvent refuser les avances.
Saxifrage connaîtra de nombreux hommes, qui apprécient sa beauté, sa vivacité d'esprit, et ses talents en érotisme, sa disponibilité, sa sagesse et sa culture.
Ce roman livre au lecteur le récit d'une vie, rempli de poésie... Ecrit à la première personne, le texte est vivant et permet de découvrir les mœurs, les arts, les coutumes du IXe siècle.
Pas très original, mais réussi. Un texte riche plein de pudeur et de poésie.
Contre :
Mémoires d’une fleur sont les mémoires de Saxifrage ; elle vécut au IXe siècle, âge d’or de la civilisation chinoise. Fille d’un haut-fonctionnaire, elle reçoit la meilleure éducation possible pour une femme : elle est formée aux textes de Confucius et des maîtres taoïstes, à la poésie et à la musique.
En grandissant, elle décide de ne pas se marier par crainte de tomber sous le joug d’un époux quel qu’il soit. Elle se fait alors nonne taoïste. Mais son existence au monastère est austère. Alors qu’elle rencontre un couple qui l’initie aux relations sexuelles, sa vie change et elle entre dans une maison de courtisanes. Les courtisanes viennent d’horizons différents, mais chacune doit avoir un talent particulier (la poésie, la musique, l’humour). « La mère » de la maison en fait des femmes raffinées, capables de tenir compagnie à des hommes de l’aristocratie. Les relations sexuelles avec ces derniers sont le plus souvent laissées à l’appréciation de la courtisane. Celle-ci vivant une sexualité libérée avec ses amants, une sexualité hors des tabous du mariage de l’époque.
L’auteur est un spécialiste de la Chine, le récit est court et bien construit, mais pas toujours captivant.
Pimpaneau, Jacques. - Mémoires d’une fleur : vie d’une courtisane chinoise. - Picquier. - 183p. - 14€

Il est tombé des oiseaux en Haute-Normandie et, manifestement, tout le monde s’en moque. À peine quelques entrefilets dans la presse locale. Seul un jeune Parisien, pour échapper à sa thèse, se passionne pour le phénomène qui s’est produit dans le village où il a grandi.
Il fouille, cherche, enquête ; les pistes se multiplient, toutes plus inattendues et extravagantes les unes que les autres. Il descend la Seine à bord d’un bateau de croisière, tombe amoureux, se découvre des alliés et tente de mettre un peu d’ordre dans ses notes et dans sa vie.
Victor Pouchet signe un premier roman original et malicieux, mais difficile à résumer. Comment en effet parler du thème du livre sans « ennuyer » son interlocuteur ? Pour simplifier, il s’agit d’un « river-trip normand », ce qui renouvelle  le genre road-trip.
C’est une histoire toute en délicatesse, réelle ou imaginaire, nul ne pourrait le dire. Et après tout, quelle importance ? C’est magnifiquement écrit, les multiples personnages que l’on croise sont attachants. « Sous le pont Mirabeau, coule la Seine », tranquille jusqu’à Rouen et les paysages succèdent aux paysages… On se sent curieusement bien à bord de ce bateau comme en dehors, comme si ces oiseaux morts mystérieusement et en masse parvenaient à accomplir le miracle de réconcilier les gens, d’établir une vraie communication, sans réseaux sociaux. Une belle ballade qui m’a fait redécouvrir une région que je croyais connaître !
Pouchet, Victor. - Pourquoi les oiseaux meurent. - Finitude. - 183p. - 16,50€

Marcello Martini travaille au Libéria. Il scolarise les enfants qui fuient la guerre. Un jour, il est convoqué par sa tante, Vicky Novak, une vieille dame richissime. Celle-ci lui annonce qu’elle veut le déshériter.
Marcello, en pleine déroute financière, prend aussitôt l’avion pour Paris : il n’a que trois jours pour faire changer d’avis sa tante, qu’il n’a pas vue depuis vingt ans. Il doit être de retour avant le début de l’inspection du délégué du Haut-Commissaire aux réfugiés qui doit statuer sur le sort de l’école.
Yves Ravey écrit dans un style simplifié au maximum. Marcello raconte l’histoire en donnant sa vision des choses. La description des personnages est épurée, voire économe. Le plus perturbant dans ce type d’écriture reste l’absence de dialogue. Les personnages conversent sans tiret, ni retour à la ligne. Ils échangent dans une même phrase.
L’histoire est bien construite au final, mais reste banale. Au fur et à mesure que le récit avance, apparaît le véritable visage de Marcello : celui d’un escroc avec quelques cadavres dans le placard. On comprend alors pourquoi il s’est exilé durant toutes ces années en Afrique.
L’intrigue gagne en intensité dans les derniers chapitres du roman, au moment où la tante s’apprête à signer le chèque. Encore faut-il que le lecteur, fatigué par le style et la platitude des dialogues n’ait pas refermé le livre avant. L’avantage du côté minimaliste de l’ouvrage est qu’il se lit vite.
2eme avis
Après 20 ans d'absence, Marcello Martini est convoqué par sa tante, une vielle dame fortunée qui vit en maison de retraite. Elle veut mettre fin à son virement mensuel et le déshériter ! Marcello revient en France pour trois jours et plaide sa cause, car il a besoin de cet argent et veut même mettre sa tante sous tutelle. Marcello est-il sincère ou manipulateur ? Sa tante est persuadée que son passé n'est pas clair : pourquoi a-t-il quitté la France si rapidement ?
Se lit comme un polar, on veut savoir où est la vérité.
Coup de cœur SFL : "une petite histoire bien enlevée au ton ironique avec une intrigue qui, contre toute attente, nous met les nerfs à fleur de peau en nous emmenant rapidement vers une fin surprenante. Réjouissant !"
3eme avis :
Marcello quitte l’Afrique pour passer trois jours chez sa tante. Celle-ci vient de suspendre le versement des mensualités qui permettaient à son neveu de s’occuper d’enfants orphelins ou démunis en pleine brousse. Bien décidé à comprendre la cause de cette soudaine décision et à négocier un nouvel arrangement, Marcello est obligé de faire face, à nouveau, vingt ans après son départ précipité de France, à tout ce qu’il avait alors laissé sur place…
Des relations familiales tendues, sur fond d’affaires financières louches et de mensonges, une ambiance à la Chabrol amenée de façon brillante par une écriture vive et pleine d’astuce.
Quel plaisir de retrouver la plume à la fois moqueuse et compatissante d’Yves Ravey (il aime les personnages en perdition), un vrai régal !
Ce livre a été sélectionné pour le prix Goncourt 2017.
Ravey, Yves. - Trois jours chez ma tante. - Minuit. - 188p. -15€

Pénélope, June, Birgit et Lu Pan ne se connaissent pas, mais ils sont pourtant reliés par une même chose: leurs vies sont toutes dépendantes d’Internet. Pénélope écrit des programmes informatiques, June crée des produits esthétiques qu’elle vend sur Internet, Birgit travaille pour une ONG qui met en garde les entreprises contre la pollution engendrée par leur utilisation des nouvelles technologies et Lu Pan est un jeune bloggeur et joueur sur le Net. Leurs proches sont tous plus ou moins en lien aussi avec la toile : l’un, plongeur, dépose les câbles d’Internet au fond des mers, l’autre est originaire d’un pays d’où sont extraites les terres rares nécessaires à la production des ordinateurs et écrans tactiles…
En racontant le quotidien de chacun (histoires fictives), Aude Seigne apporte aussi de nombreuses informations sur la toile, côté face et côté pile. Jamais ennuyeux, dans une langue accessible à tous, avec un certain suspense à partir de la moitié du livre (et si jamais un événement permettait de déchirer la toile ?...). Divertissant et instructif.
Seigne, Aude. - Une toile large comme le monde. - Zoé. - 235p. - 18€

Russel sort de prison avec une envie de repentir, mais la conscience d’un avenir bouché par une vie dans une ruralité américaine intraitable. Mabben erre avec sa fille, fuyant son destin de femme broyée par le poids d’une société d’hommes brutaux. Deux trajectoires qui se croisent aux confins de la Louisiane, et qui, au final, partagent un passé commun et des démons intérieurs très proches.
Chronique du Sud américain profond où règlements de compte et sens de l’honneur un peu particuliers cohabitent entre alcool et misère sociale. Une ambiance à la Jeff Nichols (Shot Gun Stories, Take Shelter…) avec un sens de la narration porté par un récit qui flirte avec le polar.
Assez captivant malgré une dernière page ultra-chrétienne un peu too much !
Smith, Michael Farris. - Nulle part sur terre. - Sonatine. - Traduit de l’américain. - 361p. - 21€

Guoriour et ses compatriotes quittent Alger pour rentrer chez eux, après leur rachat par le roi danois Christian IV. Le chemin du retour sera long. Ils traverseront notamment la France, de Marseille à Bordeaux en passant par Toulouse, dormiront et se nourriront au bon gré des âmes charitables croisées sur leur chemin.
J’ai trouvé le tome 2 moins « prenant » que le premier. Mais c’est tout de même avec grand plaisir que j’ai retrouvé les personnages de L’esclave islandaise.
Steinunn Johannesdottir. - L’esclave islandaise (vol. 2). - Gaïa. - Traduit de l’islandais. - 280p. - 21€

Saul Indian Horse est un jeune Ojibwé qui a grandi au milieu de la nature canadienne. Il est élevé dans la tradition ojibwé par sa grand-mère, lorsque ses parents décèdent. A la mort de sa grand-mère, alors qu'il a huit ans, il est placé dans un internat afin de gommer son identité indienne. Il trouve une échappatoire dans le hockey sur glace et devient l'un des meilleurs joueurs du pays.
Attention, chef d’œuvre ! Un auteur qui arrive à intéresser des lectrices récalcitrantes aux vertus du hockey sur glace confine déjà au génie ! C’est admirablement écrit et l’on suit le parcours tragique de Saul, victime du racisme ambiant et de la jalousie lorsque son talent de champion de hockey apparaît au grand jour…On apprend également beaucoup des traditions du peuple ojibwé.
Un roman poignant, assez largement autobiographique.
L’auteur qui vient de mourir est reconnu comme un des grands de la littérature anglophone canadienne. Wagamese, Richard (1955-2017). - Jeu blanc. - Zoé. - Traduit de l’anglais (Canada). - 253p. - 21€

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Le mois dernier Janvier 2018 Le mois prochain
L Ma Me J V S D
week 1 1 2 3 4 5 6 7
week 2 8 9 10 11 12 13 14
week 3 15 16 17 18 19 20 21
week 4 22 23 24 25 26 27 28
week 5 29 30 31

Prochains évènements

Commission Petits éditeurs (Le Parchamp - Boulogne)

Le 26/01/2018 de 9h30 à 12h30

Commission Ados (médiathèque de Meudon centre)

Le 15/02/2018 de 10h00 à 12h00

Commission SF (Meudon-la-Forêt)

Le 15/03/2018 de 9h30 à 12h30

Commission Petits éditeurs (Le Parchamp - Boulogne)

Le 23/03/2018 de 9h30 à 12h30

Commission Petits éditeurs (Le Parchamp - Boulogne)

Le 25/05/2018 de 9h30 à 12h30

Commission Petits éditeurs (Le Parchamp - Boulogne)

Le 06/07/2018 de 9h30 à 12h30

Twitter derniers tweets

Twitter favoris