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Commission Petits éditeurs BiB92 – Sélection été 2019

Sélection de l'été 2019 téléchargeable sur le site : cliquez ici

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Yaniv Meidan, jeune startupper israélien, est sauvagement assassiné, à peine débarqué à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Victime d’une tragique méprise et appâté par une blonde sculpturale, son corps finit dans les boues du centre d’épuration d’Achères. La police française et les services secrets israéliens sont sur la piste de mafieux chinois qui sèment les cadavres dans Paris. La coopération entre les deux pays est d’autant moins évidente que des règlements de compte internes à Tsahal viennent encore compliquer la donne. Un rythme haletant, un officier israélien au charme ravageur, redoutable d’efficacité et son adjointe qui n’a rien à lui envier, un commissaire français effaré mais pas idiot, compromissions et corruption au plus haut niveau… L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il fut lui-même officier de renseignement israélien. La pertinence des faits ne nuit en rien au romanesque, les personnages, y compris secondaires, ont des caractères bien trempés et sont particulièrement bien campés. Un vrai plaisir de lecture, avec un petit côté James Bond.
Alfon, Dov. - Unité 8200. - L. Lévi. - Traduit de l’anglais. - 384p. - 21€

Suite des Limbes, ce thriller est une plongée dans le monde des rêves. Surprenant par son prologue, la lecture se heurte au début avec des références à ce premier tome, mais sans que cela n’entache réellement le plaisir de lecture.
Divisé en quatre parties correspondantes au cycle du sommeil, ce roman joue avec quatre personnages principaux et trois temporalités : Lee, journaliste en 2028 voit son fils touché par le syndrome du Marchand de sable, qui le plonge dans un profond coma ; Gabriel, jeune homme qui peut entrer dans les rêves des autres ; James, personnage principal du premier tome, directeur d’ONIR et ancien soldat qui cherche à dominer le monde des rêves et manipuler les cauchemars des ennemis des États-Unis ; enfin, Géronimo de Aguilar, prêtre et conquistador qui, le premier, a découvert le pouvoir des Limbes. Tous liés par celles-ci et leurs rêves les plus cachés, ces personnages vivent et s’affrontent dans un thriller haletant qui plonge loin dans l’inconscient. Petit à petit, entre horreur et fascination, les pages se tournent pour comprendre le fonds de cette intrigue menée de main de maître. Un bon thriller pour conclure ce diptyque qui, peut-être, vous fera avoir peur d’attendre le marchand de sable ?
Bal, Olivier. - Le maître des limbes. - De Saxus. - 572p. - 22€

Ce roman, très ancré sur la réalité historique fait suite aux Déracinés, que je vous conseille de lire avant pour mieux comprendre les personnages. En effet, la famille de Ruth a quitté l’Autriche en 1938 pour fuir les camps et s’est retrouvée dans un regroupement de réfugiés en République dominicaine où, avec courage, ils ont travaillé la terre. Premier bébé né en exil, Ruth, à la mort de son père, rejoint sa tante à New-York et veut devenir journaliste, fidèle au rêve de son père. Ce sont les années 60, elle s’amuse, fait des rencontres, se forge une conscience politique, mais reste aux yeux des étudiants « Wasp » une étrangère, malgré ses cheveux blonds. Elle a rencontré sur le bateau qui l’amenait à New-York, un compatriote dominicain qui devient son ami de cœur et a des expériences sentimentales décevantes. L’ombre de l’amour que se portaient ses parents pèse sur ses rencontres. Elle va faire l’expérience du Kibboutz en Israël et finit par comprendre à quel pays elle appartient, même si celui-là est aux mains de dictateurs qui se succèdent avec la bénédiction d’oncle Tom. C’est un roman d’abord historique sur cet aspect de l’exil juif, puis c’est un roman initiatique et sur la recherche de ses racines, ici, racines construites et acceptées. Quelle identité avoir à travers ces péripéties ? C’est aussi un roman sur l’amour familial qui permet de partir et de revenir. L’amour entre ses parents avait essaimé sur leur environnement et la petite communauté créée sur l’île, dans ce cadre paradisiaque.
Bardon, Catherine. - L’Américaine. - Les Escales. - 465p. - 21€

Ce roman est profondément inscrit dans la nature sauvage de l’Alaska : forêts immenses et profondes, animaux nombreux, isolement et vie rude. Une famille vit dans cette forêt isolée et laborieuse : un père courageux, une mère dépressive qui est tuée par une rare voiture, un petit frère, Scott, et Tracy, la narratrice. Il faut aussi nommer les nombreux chiens de traîneaux qu’ils élèvent en vue des célèbres courses qui ont lieu tous les ans et Tracy va pouvoir concourir en catégorie « adultes ». La jeune fille adore partir dans la forêt, poser des pièges, achever les animaux et les rapporter à son père pour les fourrures. Elle sort même la nuit et parfois fait des rencontres, elle se cache dans la forêt qui n’a pas de secrets pour elle. Sauvage et solitaire, elle semble parfaitement épanouie dans sa vie. C’est à la suite d’une rencontre et d’une méprise que va se déclencher tout un processus de violence. Tracy est un personnage qui, au premier abord, est une courageuse habitante de la forêt, mais en la suivant dans ses courses à travers bois, de nuit comme de jour, son ressenti en tuant les animaux, ses relations avec sa mère avant sa mort, on découvre en elle une sauvagerie intense et incontrôlée. C’est peut-être cette sauvagerie transmise par sa mère qui a poussé celle-ci sur la route mortelle. On se trouve à la limite du fantastique. C’est un roman étrange et captivant à ne pas proposer à tout le monde !
Bradbury, Jamey. - Sauvage. - Gallmeister, Americana. - Traduit de l’américain. - 311p. - 22,50€

Il y avait longtemps que je n’avais pas autant ri avec un livre ! A conseiller à tout le monde pour avoir le sourire aux lèvres même après sa lecture. Et pourtant, le héros est un écrivain qui déprime, car il n’a pas du tout de succès, sa compagne l’a quitté, son appartement est un vrai taudis… Jusqu’au jour où sa voisine lui confie son carlin pendant son séjour à l’hôpital. A partir de ce moment les péripéties s’enchaînent jusqu’à la dernière page. Rebondissements incroyables à la clef ! C’est court, pétillant, décapant et tendre à la fois. C’est mené tambour battant et beaucoup mieux que certains romans « feel good books». Vous auriez tort de passer à côté de cette pépite !
Carlier, Stéphane. - Le chien de Madame Halberstadt. - Le Tripode. - 173p. - 15€

En 1830, à la Barbade, une plantation bascule dans l’horreur. Le roman rappelle d’entrée la cruauté quotidienne de l’esclavage. Mais ce passage obligé d’un (presque) sous-genre (l’autobiographie d’un esclave affranchi) ouvre un roman qui ménage ses effets. Car Washington Black et son héros éponyme réservent quelques surprises et lorgnent du côté de Dickens, plus que de celui de Frederick Douglass, esclave devenu orateur abolitionniste, éditeur et fonctionnaire. Véritable roman d’apprentissage universel, les pérégrinations de l’enfant, bientôt jeune homme, peuvent captiver en nous emmenant d’un pôle à l’autre : du pôle Nord au désert marocain, de la servitude à la liberté. Un livre qui ne révolutionnera pas le genre, mais un vrai plaisir de lecture. Pour les amoureux de l’aventure avec un grand A.
Edugyan, Esi. - Washington Black. - L. Levi. - Traduit de l’anglais. - 432p. - 22€

Sous la pluie, Christian attend dans sa camionnette sa femme Leonora. Mariés depuis vingt ans, ils ont un fils qui a survécu à la maladie. Aujourd’hui, tout semble leur sourire. Et pourtant. Leonora arrive, en plein jogging. Christian tremble, mais reste concentré. Cette femme n’est plus celle qu’il a épousée, elle va détruire sa vie, il n’a pas le choix. Alors, il fonce… Comment ce couple en est-il arrivé là ? Si le début de l’histoire paraît plutôt classique : tromperie, jalousie et ressentiment, la boucle se referme à la moitié du roman, laissant le lecteur dans le mystère le plus complet sur ce que l’auteur va pouvoir nous raconter de plus. Mais Anna Ekberg nous réserve une belle surprise, qui propulse le roman hors des sentiers battus. Le petit drame familial se transforme en un thriller psychologique redoutable. Avec des chapitres courts et une écriture efficace, la tension va crescendo. L’auteur décortique les sentiments humains et le couple, la façon dont la passion ou le désamour peut nous mener à des extrémités insoupçonnées. Le langage est parfois cru mais cela convient à la violence des sentiments en jeu. Amour entre adultes est un très bon thriller qui surprend le lecteur avec un récit glaçant mais suffisamment bien amené pour être crédible. Je tire mon chapeau à celui qui devinera le fin mot de l’histoire…
Ekberg, Anna. - Amour entre adultes. - Le Cherche midi. - Traduit du danois. - 443p. - 22€

Et si vous connaissiez le jour de votre mort ? Charlotte est une jolie jeune femme sans histoires. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle s’apprête à se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, cette nuit d’un dimanche d’octobre, elle se réveille en sueur, tremblant de peur, à l’affût du moindre bruit. Elle est seule chez elle, il est minuit passé, on est le 28 octobre, le jour de sa mort…Trois ans plus tôt, à Marrakech, Charlotte et trois copines étaient allées consulter un voyant. Toutes les prédictions faites à ses amies se sont avérées exactes. Qu’en sera-t-il de celle de Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre ? C’est un thriller psychologique, un huis clos : tout se passe chez Charlotte, au moment des vacances scolaires où l’immeuble s’est vidé de ses habitants. On suit le déroulement de sa journée et au fur et à mesure des heures qui passent, son angoisse et sa paranoïa (est- elle réellement en danger ?) s’amplifient à cause de la prédiction. Mais notre stress aussi s’accroit car son profil de jeune femme blonde ayant un chat, correspond à celui des précédentes victimes d’un tueur en série qui rode dans la ville, et comme Charlotte, on se demande si elle échappera à son destin. Les chapitres sont courts, le rythme rapide et l’auteur nous propose en alternance le récit de Charlotte et les confessions du tueur avec des allers-retours sur cette fameuse soirée à Marrakech. Il y a une tension tout le long du livre que j’ai lu d’une traite afin de connaître la fin, évidemment inattendue ! Un très bon cru.
Expert, Jacques. - Le jour de ma mort. - Sonatine. - 318p. - 21€

À Riyad, en Arabie Saoudite, Talal, le patriarche de la famille Bahahmar, vit dans un palais entouré de ses fils, Mama Aïcha, sa première épouse, Sitt Fatma, sa vieille mère malade, Loulwa, sa nouvelle femme, et Dahlia, sa petite-fille, enlevée à sa mère anglaise pendant des vacances au Caire, alors qu’elle n’avait que neuf ans. Une rencontre va être déterminante pour Talal et faire basculer l’équilibre familial : celle de Rezak, le nouveau jardinier égyptien. Talal le fait progressivement entrer dans la famille, tissant ainsi une relation presque filiale avec celui qui bouscule ses convictions et remet en cause la situation dans laquelle il maintient Dahlia. Ce roman, au style poétique, offre une fresque familiale sur fond de relations d’argent, de pouvoir, de liens du sang ou de secrets d’enfance, il plaira aux adultes et jeunes adultes. Chaque chapitre se concentre sur un personnage de la famille ou autour d’une situation, cette variation permet de dynamiser le récit. Carine Fernandez nous offre un panorama de l’Arabie Saoudite en transformation, tiraillée entre différentes cultures et influences transfrontalières.
Fernandez, Carine. - Un jardin au désert. - Les Escales. - 325p. - 20€

Maurice Hannigan, 84 ans, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul. Il est là pour se souvenir. Au fil de la soirée, il porte des toasts aux personnes qui ont le plus compté pour lui : son grand frère Tony, Molly, sa fille mort-née, Noreen, sa belle-sœur, Kevin, son fils journaliste qui vit aux Etats-Unis et Sadie, sa femme, morte il y a deux ans. Au fil de ces hommages, c’est une vie entière qui se déroule sous nos yeux. On y découvre la pauvreté, la douleur, la maladie, le deuil. Avec en toile de fond, une querelle entre les Dollard et les Hannigan. Et une intrigue autour d’une pièce d'or à l'effigie d'Edward VIIII qui attise la curiosité. Très beau roman, sobrement écrit, plein d’émotions. La pudeur permet de ne pas tomber dans le pathos et pourtant la vie de Maurice Hannigan n’a pas été un long fleuve tranquille.
On a par moment des frissons à la lecture de certains passages particulièrement émouvants.
Griffin, Anne. - Toute une vie et un soir. - Delcourt. - Traduit de l’anglais (Irlande). - 267p. - 21€

A Brisbane, Fleur, une jeune architecte, se débat entre la faillite de son cabinet, celle annoncée de l’entreprise familiale de son père et son compagnon Greg qui ne veut pas d’enfants. Mais un jour, Fleur reçoit un héritage d’une mystérieuse tante nommée Annie. Celle-ci tenait un ranch dans les années 30 à Savannah Winds, une région rude du nord de l’Australie. Les personnages sont hauts en couleur, et l’auteur décrit les paysages grandioses. Un Tamara Mckinley dans la même veine que les précédents. Un roman agréable pour l’été, qui séduira les lecteurs aimant les sagas familiales mouvementées et les histoires d'amour.
McKinley, Tamara. - La route de Savannah Winds. - L’Archipel. - Traduit de l’anglais. - 392p. - 22€

Daniel et son grand-père se retrouvent dans le même hôpital, le premier pour des problèmes cardiaques, et l’autre pour un cancer du poumon. Ce grand-père, d'origine italienne, un modèle pour l’adolescent qui croit tout connaître de lui, se réveille un jour en criant qu'il ne s'appelle pas Joseph Viterbo, mais Guilio Dellacroce… Daniel intrigué, se plonge dans le passé familial, et l’Italie paysanne sous l’époque mussolinienne (faisant penser au célèbre film de Bertolucci : 1900). Le jeune homme, pétri de certitudes, n’accepte pas que son « héro » ait pu faire la guerre dans l’armée fasciste. Qui est vraiment le vieil homme ? Pour quelles raisons a-t-il fui l’Italie pour la France avec une fausse identité ? Voici un roman initiatique, à l'écriture fluide, qui se lit d’une traite. Michel Maisonneuve change de genre littéraire avec beaucoup de réussite.
Maisonneuve, Michel. - Une vieille colère. - Gaïa. - 200p. - 18€

Portrait d'une femme libre et passionnée, Gerda Taro, née Gerta Pohorylle, une des premières photographes de guerre.
Serge Mestre nous fait découvrir une femme indépendante et courageuse. Née en Allemagne en 1910, juive d’origine polonaise, elle quitte son pays après avoir été arrêtée par la police allemande, pour échapper au régime nazi. Elle s'exile en France dès 1933, où elle rencontre le photographe hongrois André Friedmann, qu’elle appellera sous le pseudonyme américain Robert Capa, afin de pouvoir vendre ses clichés. La jeune femme deviendra photographe reporter grâce lui et sera aussi sa compagne. Ne pouvant se concevoir comme la femme d'un seul homme, elle ira au bout de ses envies… Gerda décide de s'émanciper lorsqu’Aragon l'engage pour son journal et signe ses photos. Voulant témoigner des horreurs de son temps, elle se rend régulièrement en Espagne et veut que son travail serve la cause des Républicains, même si cela lui coûte la vie... A travers le parcours d’une femme tombée dans l’oubli, ce livre est aussi une évocation de la vie des opposants dans l'Allemagne des années 30 après l’arrivée d’Hitler, de la vie des émigrés en France, et de la guerre d'Espagne à laquelle participera Gerda Taro auprès de Robert Capa. C'est surtout un beau portrait de femme féministe avant l'heure, avec en toile de fond la guerre, la photographie comme engagement politique antifasciste et l'univers des reporters de guerre. Le livre est écrit dans un style direct, parfois cinématographique.
Mestre, Serge. - Regarder. - S. Wespieser. - 224p. - 19€

Bolloorma mène une existence nomade dans les steppes de Mongolie. Avec sa famille, elle élève des chèvres cachemires dont la fourrure est très prisée. Malheureusement, leur troupeau subit les conséquences du réchauffement climatique et de nombreuses bêtes succombent au dzud, un été caniculaire suivi d’un froid glacial. Pour les frères de Bolloorma, cette catastrophe est celle de trop : ils veulent s’affranchir de cette vie rude et archaïque. Ils convainquent leurs parents de partir à la ville où, selon eux, la vie sera meilleure. Bolloorma n’a d’autre choix que de les suivre, mais avant de partir, elle confectionne dans la plus pure tradition, un magnifique pull cachemire d’un rouge incomparable, qu’elle vent à prix d’or à Alessandra, une Italienne propriétaire d’un magasin de luxe en Toscane. Celle-ci remarque l’exceptionnelle beauté de ce produit et s’intéresse au savoir-faire de Bolloorma. Touchée par l’histoire de la jeune fille, Alessandra lui laisse sa carte de visite, en lui promettant de l’aider si un jour elle gagne l’Italie... Ce morceau de papier, Bolloorma s’y accroche comme à un rêve, car sa nouvelle vie loin des steppes n’est que souffrance et misère. De la Mongolie à l’Italie, il y a un monde que l’héroïne va devoir traverser aux côtés de son amie XiaoLi. Si la Mongolie nous évoque de magnifiques paysages et un art de vivre ancestral, on (re)découvre grâce à ce roman que le réchauffement climatique provoque l’exode en masse de nomades, obligés à renoncer à leurs traditions pour se sédentariser dans les villes. Là-bas, ils sombrent dans la pauvreté et l’esclavage à l’usine. Dans ces conditions, l’exil semble être la seule solution. Un rêve que les passeurs ne manquent pas de faire miroiter à des candidats qui n’ont plus rien à perdre. Un beau moment de lecture plein d’humanité.
Moreau, Christiana. - Cachemire rouge. - Préludes. - 257p. - 17€

La Havane, 2010 : Elba voudrait rejoindre ses enfants en Floride, mais n'arrive pas à obtenir de visa. Quand elle apprend qu'une loi permet désormais aux Cubains d'obtenir la nationalité espagnole s'ils peuvent prouver qu'un de leurs parents ou grands-parents est Espagnol, elle mène l'enquête sur son arrière-grand-mère Vidalina, qui a eu un enfant avec un militaire du pays. Avec ce roman où mythes et légendes du Vieux continent se mêlent aux histoires inédites de la Caraïbe, W. Navarrete nous plonge au cœur des relations troubles entre Cuba, les Etats-Unis, le Mexique et l’Espagne, du XIXe siècle à nos jours. Belle et dense, cette épopée historique et familiale est contée à travers six générations en quête d’identité. Pour les amoureux de long roman, ce livre fourmille de rebondissements !
Navarrete, William. - Vidalina. - E. Colas. - Traduit de l’espagnol (Cuba). - 406p. - 21€

Considéré comme un des chefs-d'œuvre de la littérature japonaise de l'après-guerre, ce roman se déroule au moment de la déroute de l'armée japonaise dans les Philippines en 1944. On suit Tamura, un intellectuel devenu soldat, envoyé dans la jungle dont il n'a pas les codes, souffrant de faim, de solitude et de peur. Malgré le contexte déshumanisé de la guerre, le héros essaie de comprendre le sens des combats menant à la mort, confronté à une sorte d'animalité des hommes qui s'entretuent, il réfléchit sur sa condition. Il est devenu juste un corps, qui ressent des besoins physiques et qui doit survivre ou mourir. Et cela le gène, il cherchera donc l'humain chez ceux qui périssent, qui souffrent... Ce n'est pas un roman d'action, mais une réflexion sur l'absurdité de la guerre. Le héros est touchant par les sensations qu'il évoque, par la compassion qu'on ressent pour le personnage. Une lecture assez étouffante.
Ôoka, Shôhei. - Les feux. - Autrement. - Traduit du japonais. - 262p. - 19€

Ce policier fait partie d’un triptyque, dont le premier tome La guerre est une ruse, est paru en 2018 et se construisait autour des attentats de 1995. Dans ce roman, c’est aussi un homme grandi en France et passé par la Bosnie où il a fait ses classes qui est lié aux attentats du 11 septembre 2001. Cet homme, Zacharias, continuera son action en Afghanistan, dans le sillage d’Al Qaïda. Fiction et histoire se mêlent intimement, avec une très bonne documentation et un récit vivant et tendu. L’auteur tente de faire une analyse pour comprendre comment un homme arrive au terrorisme et comment l’Etat ne parvient pas à suivre pour contrer à temps. Un polar qui a tous les atouts pour plaire à un large public.
Paulin, Frédéric. - Prémices de la chute. - Agullo. - 312 p. - 21 €

La mère de Laura, orthophoniste, pourtant habituée à soigner les troubles de la parole, a beaucoup plus de mal à faire parler à sa propre fille Andy de trente ans. Celle-ci semble multiplier les échecs en tout genre : elle est revenue vivre chez sa mère et ne prend plus sa vie en main. Leur relation est compliquée et Laura s’arrange pour avoir une discussion avec Andy au restaurant. Ce jour-là, tout bascule car Andy voit sa mère tuer un jeune homme armé de sang-froid sans une once d’hésitation, efficace, calme. Andy se pose à partir de ce moment : quel est le vrai visage de sa mère : « mère, héroïne, menteuse, tueuse ? Ce thriller est bien ficelé basé sur l’amour, mais un amour intense et destructeur, à tel point que la personne se perd dans l’autre, devient son ombre pour ne plus exister aux seuls yeux de l’être aimé. On est au cœur de secrets inavouables. La vie de Laura explose en mille morceaux alors qu’Andy essaie de recoller les morceaux au péril de sa vie. L’auteur joue avec brio avec nos nerfs et nos émotions avec un rythme effréné mêlant des situations très bouleversantes. Le lecteur a très envie d’aller jusqu’au bout pour connaître le vrai visage de Laura et voir comment Andy se sortira de cette situation pleine de manipulations.
Slaughter, Karin. - Son vrai visage. - Harper Collins. - Traduit de l’américain. - 572p. - 21€

L’arrivée au Canada en 1990 d’une jeune fille, Ai-Ming, étudiante à Pékin devant fuir la répression consécutive à la rébellion de la place Tiananmen donne envie à Marie Jiang, la jeune fille de la famille qui l’héberge, de connaître l’histoire de sa propre famille chinoise, elle qui est née et vit à Vancouver. Ce roman est une gigantesque fresque durant laquelle la musique revient sans cesse. Jiang Kai, le père de Marie Jiang, la narratrice, était pianiste et mort à Hong-Kong en 1989 ; Pinson, celui d’Ai-Ming, compositeur. La musique accompagne chaque personnage et devient un refuge dans les périodes les plus noires depuis la Révolution culturelle, jusqu’aux événements tristement célèbres de la Place Tiananmen. On passe régulièrement du présent au passé dans ce roman complexe et dur de par la période évoquée.
Évidemment, les questions de la dictature par « le peuple », de ce que l’on est capable de faire en son nom, et de la négation de l’individu sont au centre de ce roman. On peut d’ailleurs de demander si certains passages ne sont pas autobiographiques, sachant que l’auteur est elle-même Canadienne d’origine chinoise, et très bien documenté. Ce livre est déjà récompensé par plusieurs prix et traduit dans de nombreux pays.
Thien, Madeleine. - Nous qui n’étions rien. - Phébus. - Traduit de l’anglais (Canada). - 500p. - 24€

Le commissaire Franck Sharko est de retour. Père de deux jumeaux, il se lance avec l’inspectrice Lucie Henebelle et son équipe sur une nouvelle enquête des plus complexes. Que peuvent en effet avoir en commun un couple stérile qui recrute une mère porteuse en toute illégalité pour obtenir ce bébé prénommé Luca, le cadavre d’un homme dévoré par des chiens, retrouvé dans une fosse creusée dans la forêt et un mystérieux tueur, qui se fait appeler L’Ange du futur, capable de donner l’heure du décès de sa victime, sans qu’il ne soit sur les lieux ? Entre lois sur la bioéthique, nouvelles technologiques, courses-poursuites et chausse-trappes, ce polar construit sur un arrière-fond des attentats qui ont bouleversés la France, ne laissera pas indifférent le lecteur. Franck Thilliez est incontestablement l’un des piliers du polar français. Comme à son habitude, l’histoire est particulièrement bien ficelée. L’écriture est fluide et efficace. Le récit est bourré de rebondissements. Gare aux montées d’adrénaline ! Les personnages, principaux et secondaires, ont une réelle consistance. Même avec eux, on va de surprise en surprise. Frissons garantis…. Mais qui est Luca ?
Thilliez, Franck. - Luca. - Fleuve noir. - 550 p. - 23€

Leon s’engage comme garde forestier sur l’île de Tasmanie. Il se lie avec les habitants de la région et notamment avec Miki. La jeune fille de 17 ans a d’abord vécu coupée du monde, dans la ferme familiale, auprès de parents très croyants. A la mort de ceux-ci, son frère et elle survivent en tenant un restaurant, mais la jeune fille est exploitée par son frère. Grace à Léon, Miki souhaite se libérer. Un très joli roman qui met l’accent sur la nature et les forêts et sur les relations entre les personnages.
Viggers, Karen. - Le bruissement des feuilles. - Les Escales. - Traduit de l’anglais. - 428 p. - 21,50€