Imprimer

Commission Petits éditeurs BiB92 – Sélection septembre 2019

Sélection de septembre 2019 téléchargeable sur le site : cliquez ici

Accès direct aux critiques ci-dessous

Tout réussit à Tori. Après un passage à vide pendant ses 20 ans, elle s’est prise en main et a rencontré Tom, l’homme de sa vie. Elle en a fait un livre de développement personnel qui est devenu un best-seller. Elle enchaîne les conférences et les séances de dédicaces. Mais sous ces apparences, Tori ne semble pas si heureuse. Elle est en panne d’inspiration pour son prochain livre. Sa relation avec Tom est de moins en moins idyllique. Et pour couronner le tout, toutes ses amies se marient et font des enfants, alors qu’elle ne sait toujours pas ce qu’elle veut. Quand sa meilleure amie rencontre quelqu’un, c’est le coup de grâce… Je ne suis pas une grande adepte des romans feel-good books ou de chick-lit, mais le personnage de Tori a su me plaire ! Notre héroïne n’a pas sa langue dans sa poche (ne comptez pas le nombre de jurons) et fait preuve (pour le lecteur) d’une grande franchise. Les différentes thématiques sont abordées sans détours. Les interrogations de Tori parleront aisément aux trentenaires et à ceux qui s’en approchent. C’est un roman drôle, enlevé, très accessible, mais qui a aussi une part moins légère avec la relation toxique que Tori et Tom développent. Bref, un roman feel-good book qui tire son épingle du jeu et facile à conseiller.
Bourne, Holly. - Les chaises musicales. - Fleuve. - Traduit de l’anglais. - 349p. - 20€

Cette fiction nous entraîne dans les steppes mongoles et la Sibérie juste après la fin de la Première Guerre Mondiale, période de guerre civile opposant l’armée rouge aux russes blancs. On suit l’histoire d’un enfant dont la famille juive a été massacrée et qu’un général blanc sanguinaire enlève pour en faire un bon soldat De villages pillés en champs de bataille, cet enfant assiste à tout ce qu’une guerre peut avoir de pire, d’horreurs, et est confronté au racisme, à l’antisémitisme, à la souffrance, mais aussi au courage. Ce magnifique roman ne séduira pas que les férus d’histoire. La plume de l’auteur apporte à ce texte très dur une beauté et une précision impressionnantes. Une grande fresque d’aventures aux accents épiques à lire sans délai. L’enfant, héros du roman a été inspiré des rencontres que l’auteur a faites durant divers reportages sur les enfants soldats.

Chlous, Philippe. - Les vents barbares. - La Manufacture de Livres. - 349p. - 19€

Employé d’une maison d’édition parisienne, Delafeuille est envoyé à Copenhague pour négocier les droits de traduction du dernier opus d’Olaf Grundozwkson, le nouveau pape du thriller nordique. A son arrivée, Copenhague est le théâtre de crimes atroces perpétrés par un tueur en série surnommé « l’esquimau ». Le décor semble campé pour un bon polar, mais au moment où Delafeuille croise un certain Sherlock Holmes au bar de son hôtel, puis découvre être lui-même un des personnages du roman de Grundozwkson, on comprend que l’auteur nous embarque dans une aventure pour le moins inattendue ! Entre fiction et réalité, Luc Chomarat s’amuse à mettre en boîte son héros et son lecteur. Dans ce vrai faux polar rocambolesque, l’auteur enchevêtre pastiche du thriller nordique, réflexions sur l’avenir du livre et le monde de l’édition. C’est drôle si l’on apprécie l’humour décalé et la dérision.
Chomarat, Luc. - Le dernier thriller norvégien. - La manufacture de livres. - 207p. - 17€

Un homme, Alain, seul devant un assemblage de fils, morceaux métalliques et ce qui ressemble à des pièces de voiture. Il doit construire quelque chose, une machine. Sinon, il ne reverra jamais sa femme et ses enfants. Le compte à rebours a commencé. C’est la première scène de ce roman, qui emprunte aussi bien au registre du polar que du fantastique, mais rappellera aussi l’enfermement des personnages de W ou la folie kafkaïenne. Écrit dans une langue acérée et brève, cet opuscule se lit aussi vite que ses pages se dévorent. Sans révéler le ressort de l’intrigue, l’enfermement initial cache une drôle de réalité, convoquant dans cette prison des éléments virtuels...voire des hallucinations ? Oscillant sans cesse entre réalité et fantasme, peur paranoïaque et recherche de la vérité (mais quelle vérité ?), on plonge aux côtés d’Alain dans les méandres de sa psyché, tombant de révélations en drames, alors qu’il cherche à reconstruire sa mémoire... Si vous avez lu ou vu Shutter Island, les points de comparaisons apparaissent très vite, et l’intrigue s’en rapproche de plus en plus jusqu’au retournement final « facile », même si la plume d’Emanuel Dadoun joue à fond pour la première partie. Un thriller qui pèchera pour les amateurs du genre par la prévisibilité de son scénario.
Dadoun, Emmanuel. - La machine. - La manufacture de livres. - 144p. - 13€

Une petite ville de province, enserrée par deux rivières, un peu en perte de vitesse, surtout dans le quartier de La Fuye, est l’héroïne de ce roman. Dans ce quartier d’anciens cheminots, vit Paul, veuf atteint du syndrome de Diogène, pas un tonneau, mais une maison où il garde tout, accumule et classe même ses ordures. Il est misanthrope et écologiste intégriste. Il y a Louise, la jeune assistante sociale que lui envoie la mairie et il y a les « requins » qui voient, dans ce quartier décrépi, une bonne occasion de se faire de l’argent en le transformant en quartier bobo. Tout un microcosme de personnages, un peu stéréotypés gravitent dans cette histoire. Alors survient la CRUE ! Les chapitres se succèdent avec des narrateurs différents, seul Paul parle pour lui-même. C’est nouveau, original, il ne s’agit pas de récit d’apocalypse, seulement du réel qui nous guette. Le personnage de Paul, très désagréable, est une sorte de prophète de notre devenir. Beaucoup de souffle et de finesse dans ce roman. Et la crue finale donne le dernier mot à la nature.
Dazy, Sylvie. - L’embâcle. - Le Dilettante. - 253p. - 18€

« Rachel Clayborne, une mère de 32 ans, quitte l'Illinois avec son bébé pour fuir son mari qui la méprise. Elle trouve refuge au Wisconsin, dans la ferme de sa grand-mère. Cette dernière a décidé de léguer sa propriété à son auxiliaire de vie, Diane Bishop, membre de la tribu des Ojibwés, qui fut chassée de sa terre par la famille de Rachel pour y construire un barrage. » Livre intéressant, facile à lire, bien écrit, malgré de nombreux flash-back qu’on a un peu de mal à situer dans le temps. Beaucoup de descriptions des personnages qui servent à comprendre leurs personnalités, donc pas inutile. Néanmoins, des moments un peu longuets et des mots vulgaires qui pourraient choquer des lecteurs (« baiser » et « fait chier » etc).
Hassinger, Amy. - La crue. - Rue de l’échiquier. - Traduit de l’américain. - 471p. - 24€

L'histoire débute en 1914. La Première Guerre Mondiale est proche, la Révolution russe est sur le point d’éclater. Ce roman se passe dans un cadre historique bien documenté, et la Révolution russe est vue du côté d’aristocrates proches de la famille du tsar. Sofya vit à St Pétersbourg et a un petit garçon, elle est très liée avec Eliza, une New-Yorkaise. Elles traversent les continents pour se retrouver. Mais les événements se précipitent, la révolution en Russie, la montée des périls en Europe. Le mari de Sofya part défendre le tsar et la famille de Sofya, dont sa chère petite sœur, Luba, doivent s’enfuir et sont attaquées par des brigands. Le petit garçon est sauvé par Varinka, une paysanne qui a une attitude ambigüe, partagée entre la révolution et son amour pour l’enfant qu’elle veut garder pour elle. Dans sa fuite de Russie, Sofya désespère de revoir un jour son fils. De son coté en Amérique, on voit l’inquiétude monter et Eliza et ses amies font ce qu’elles peuvent pour soutenir la noblesse et essayer d’avoir des nouvelles. Avec ses amies, elle fonde un comité de soutien. Son personnage évolue, elle sort de sa condition de riche mondaine pour être plus humaine et plus moderne. Les trois femmes se retrouvent à Paris, où Sofya apprend la mort de son mari. Une nouvelle vie commence sous une nouvelle identité, avec Eliza en Amérique. C’est un roman dense et touffu, beaucoup de détails et de personnages, mais comme les chapitres alternent avec les points de vue des différentes femmes, ce procédé allège la lecture. Les héroïnes ont une personnalité et un courage hors du commun. L’écriture est fluide, la psychologie des personnages n’est pas toujours très fouillée, mais le livre se lit avec plaisir.
Kelly, Martha Hall. - Un parfum de rose et d’oubli. - Charleston. - Traduit de l’anglais. - 545p. - 22,50€

Une saga familiale en Nouvelle-Zélande. L’histoire commence en 1952 avec Irène. Suite au décès de son mari, mort sur le front, elle quitte Wellington et la maison de ses parents pour prendre un nouveau départ avec sa fille de cinq ans. Elle va travailler dans un champ de tabac. Mère et fille vivent pauvrement, mais ont au moins un toit à elles. Alors que le patron Jock la courtise, Irène tombe amoureuse d’un autre homme ; celui-ci meurt accidentellement. Irène accepte de devenir l’épouse de Jock, qui se relèvera être un homme violent. Le livre est écrit en plusieurs parties qui correspondent chacune à une époque. Avec des ellipses de quelques années, on suit chaque personnage de la famille, ce qui créé un suspense dans la narration et bien sûr, chaque destinée se recoupe. Les membres de la fratrie se perdent de vue, mais leurs destins sont liés à jamais et malgré les remords et la rancœur, ils finissent par se retrouver. Autre intérêt, on traverse les mutations de la société néo-zélandaise au XXe siècle.
Kidman, Fiona. - Comme au cinéma. - S. Wespieser. - Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande). - 357p. - 23€

Alors qu'elle n'avait écrit d'habitude que des fictions, Céline Lapertot nous propose un roman autobiographique. Elle y évoque son enfance dénuée d’amour et de tendresse et dont le beau-père abusait d’elle. Elle grandit dans un milieu extrêmement défavorisé où certains concepts tels que le respect, la pédagogie et la culture n’existent pas. Sa chance sera d’être placée dans un foyer de la DDASS et ensuite dans une famille d’accueil aimante. L’écriture comme résilience…. Comment dire ? C’est très bien écrit. Les faits sordides sont suggérés et le contexte ainsi que l'ambiguïté des sentiments ressentis très bien évoqués. Le sujet est lourd, mais cela vaut le coup quand même.
Lapertot, Céline. - Ce qui est monstrueux est normal. - V. Hamy. - 90p. - 12,50€

Dieu revient sur Terre sous la forme d’un poulet, car horrifié de ce que les hommes font subir aux autres espèces vivantes sur la planète. L’idée de l’auteur, qui peut ressembler tout d’abord à une farce puis à une fable, montre comment les droits des animaux conquièrent peu à peu le monde, qui devient végan. Le récit du poulet Denis, complètement farfelu, donne lieu à des situations très cocasses. Mais sous le couvert de l’absurde, Alexis Legayet, professeur de philosophie, en profite pour nous interroger sur notre rapport aux animaux. En imaginant une société où le véganisme devient un devoir… et en provocant également les plus extrémistes d’entre eux.
Legayet, Alexis. - Dieu-Denis ou le divin poulet. - François Bourin. - 191p. - 18€

Marie-Antoinette n’est pas la reine futile que l’on croit. Pour pallier à l’ennui, elle décide de s’occuper des affaires du royaume. Quatre ans plus tôt, les bijoux de la comtesse du Barry ont été volés à Trianon. Marie-Antoinette engage deux détectives en herbe pour retrouver les diamants. Il s’agit de la couturière Rose Bertin et du coiffeur Léonard Autier. Tous deux travaillent pour la souveraine, tous deux sont des artistes, tous deux se détestent. Mais voilà, ils sont bien obligés de collaborer pour résoudre cette enquête épineuse, d’autant que leur route est parsemée de cadavres. Ce roman est à la fois une comédie, une enquête policière et un roman historique. Dans ce James Bond en jupon, dentelles et perruques poudrées, Marie-Antoinette distribue des armes et gadgets à ses deux agents. Frédéric Lenormand plonge le lecteur dans un XVIIIe siècle burlesque. Le contexte historique est respecté. On rit des aventures de nos deux héros qui se jalousent, des jeux de mots et saillies d’esprit qui parsèment le roman, des clins d’œil de l’auteur au lecteur. Vous aimez le siècle des Lumières et la farce ? Foncez ! Vous passerez un bon moment avec Rose et Léonard, des personnages qui ont réellement existés.
Lenormand, Frédéric. - Au service secret de Marie-Antoinette. - La Martinière. - 345p. - 14€

Dix ans après avoir quitté sa famille en Algérie, un homme décide de retourner dans sa terre natale. Rejeté par son père car homosexuel et incompris par le reste de sa famille qui pense qu’il peut en guérir, il avait fui son pays. C’est en arrivant en France, qu’il réalise que l’homosexualité n’est pas une maladie. Devenu écrivain, il retourne en Algérie pour affronter la situation et la décrire. Il retrouve son passé, mais qu’il ne reconnaîtra pas, son père a vieilli, l’ambiance familiale est méconnaissable… Une très belle phrase du roman résume bien l’esprit du livre : « j’ignore la définition de mélancolie mais je lui donne celle-ci : regretter le passé, mais un passé autre ». Sous la forme d’un « carnet de notes », l’auteur ne donne pas de détails sur l’arrivée du personnage, l’accueil dans sa famille, la confrontation père-fils. En revanche, il décrit les pensées spontanées de l’homme, son ressenti lorsqu’il revoit sa mère, les souvenirs évoqués par les photos, divers objets de son enfance ou des ruelles de la ville. Le « carnet de notes » rend le récit très intimiste et touchant. Un récit bref, mais avec plein de questionnements : le rapport à la religion, la communication dans la famille, la mémoire du passé, le retour aux origines. Autofiction.
Metiba, Brahim. - Tu reviendras. - Elyzad. - 92p. - 13€

C’est l’histoire d’un couple en crise après 20 ans de mariage. Lui est routinier et ne sait pas exprimer ses sentiments. Elle, a une imagination débordante et son mari trop prévisible l’ennuie. Pire, elle n’arrive plus à le supporter et lui demande une pause. Alors qu’ils ne s’adressent plus la parole, un jour, l’épouse dit à son mari : « Surprends-moi ! ».
Celui-ci va vouloir relever le défi en mettant en place un plan pour leur anniversaire de mariage. Il organise un voyage dans un lieu inconnu d’elle, avec un cadeau et surtout un jeu à la clef : lui aussi est capable de montrer qu’il a de l’imagination ! Et cela sera surement l’occasion de magnifiques retrouvailles ! Les voilà arrivés dans un coin de campagne isolé où le mari stationne. Là, il lui offre d’abord une boîte…vide. Puis, il lui divulgue avec un brin de perversité ce qu’il y avait à l’intérieur et cela fait froid dans le dos. Et en plus, les voilà bloqués dans leur voiture, sans téléphone ! Commence alors pour ce couple et le lecteur, un huis clos psychologique étouffant qui va très vite tourner à la farce macabre et au roman noir. Le suspense va crescendo. Pendant ce temps, une autre histoire apparemment parallèle se joue, mais est-ce vraiment une autre histoire ? C’est celle de l’amitié de deux gamins dans les années 70, épris de littérature classique et qui aiment jouer à Moby Dick dans les bois. Les deux récits deviennent de plus en plus prenants, l’atmosphère de plus en plus tendue. Jusqu’à ce que les deux se rejoignent pour nous aider à mieux comprendre. On ne veut pas perdre une miette de ce roman à la narration impeccable et aux dialogues ciselés qui se lit d’une traite. Une petite pépite.
Monso, Imma. - L’anniversaire. - J. Chambon. - Traduit du catalan. - 261p. - 22€

Âmes délicates, ce roman n’est pas pour vous. Le tact, la bienséance, les personnages qui peuplent ce récit truculent n’en n’ont cure. Dans le Sud profond des États-Unis, années 70, BJ Reynolds, « péquenaud » blanc s’est enrichi grâce à la contrebande d’alcool. Dans le comté de Sumpter, sa vente reste interdite, d’où le titre du roman. Ce commerce illégal a permis à Bennie d’épouser la plus belle femme de l’Alabama, d’avoir deux enfants bénis des Dieux, de posséder une marina, de faire prospérer quelques commerces et surtout de vivre à Big House. Mais cette réussite matérielle n’en fait pas un « bêcheur », il reste attaché à son territoire, à son clan et aux traditions. Ici on ne raterait pour rien au monde la fête du raton-laveur, ni l’élection de Miss coton. Les chiens font partie intégrante de la famille (Mama dog) et ont droit à de vraies funérailles. La guerre de Sécession hante toutes les mémoires, alors que celle du Vietnam, d’actualité, semble anecdotique, tout comme le mouvement hippie gentiment raillé et réduit à son expression vestimentaire. Bennie est un parvenu mais touchant par l’amour profond qu’il porte à ses enfants, le fait qu’il ne renie jamais ses origines sociales et qu’il est aussi un travailleur acharné. Ce roman peut décontenancer car il dépeint un clan aux relations quasi-incestueuses avec des valeurs qui lui sont propres, mais jamais l’auteur, lui-même originaire de l’Alabama, ne juge ses personnages ; son regard est tendre et amusé, d’où leur humanité et leur incarnation.
Morris, Phillip Quinn. - La cité de la soif. - Finitude. - Traduit de l’américain. - 329p. - 22€

Pierre Tonneau est un diplomate à la carrière sédentaire. Ses affectations se limitent à faire le tour de tous les services du ministère jusqu’à ses 56 ans où, à la surprise générale, il décide de se présenter à un poste de consul général à Kyoto. Parlant japonais et fort de sa connaissance de l’Asie, Pierre Tonneau s’envole pour le Japon. Un bonheur ne venant jamais seul, il y fait la rencontre d’une bibliothécaire qu’il épouse et avec laquelle il mène une vie douce et harmonieuse. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’au moment où on lui demande de s’expatrier pour l’Inde. Du Japon à l’Inde, il y a un monde à franchir, tant les différences culturelles sont fortes entre ces deux pays. Voilà notre couple à la petite vie bien réglée plongé dans le bain bouillonnant de Calcutta. Survivra-t-il à ce choc des civilisations ? Une lecture détente, une lecture plaisir où l’on s’amuse à lire les aventures rocambolesques d’un diplomate emporté par le souffle trépidant de l’Inde. On s’attache à ce personnage qui fait tout son possible pour sauver sa carrière et son couple.
Ortiz, Sébastien. - La solitude du bonsaï. - Arthaud. - 243p. - 19€

Vaste saga familiale en terroir bourguignon à la veille de la guerre de 1914. Exploitant la propriété, il y a Marie, jeune veuve avec deux enfants, travailleuse, mère courage, secrètement attirée par la force tranquille de son ouvrier agricole, efficace, mais sauvage. Il y a sa sœur, Emma, mariée avec un médecin, et Louise, la belle-sœur qui verra partir son mari à la guerre, lui laissant diriger l’imprimerie héritée de son père et s’occuper de ses trois enfants. Jeanne, la doyenne, sombre doucement dans la démence sénile. Gabin, enfant battu par son grand-père, alcoolique et ours misanthrope, est recueilli par Emma qui ne veut pas devenir mère durant la guerre. Dans ce microcosme secoué par la guerre, puis par la découverte du destin des juifs, chacun essaie de vivre. Jalousie, rancœurs familiales se font jour, Louise se découvre enceinte, ce qu’elle a du mal à accepter avec un mari prisonnier, puis ce futur bébé devient pour elle un réconfort. Entre toutes ces femmes, c’est la vie, les disputes, les soutiens et beaucoup d’affection circule. Les enfants, aussi, ont leurs petites vies, la fille de Marie est amoureuse de Gabin, qui se trouve un foyer avec Emma et son mari. Il doit composer avec Marceau, le jeune juif recueilli par le couple. C’est tout un foisonnement de vie que nous fait vivre l’auteur, vie rurale en mutation, vie de petites villes comme Cluny, où se déroule le roman, avec un charme un peu désuet. Il se lit d’un trait avec beaucoup d’empathie. Pourquoi ce titre ? Aucun lien avec l’histoire qui est romanesque et pas mélancolique, dynamique et pas romantique !
Py, Aurore. - La nuit quand elle vient. - L’Aube, Regards croisés. - 378p. - 21€

Ce roman est l’histoire d’une amitié entre quatre jeunes traversant les bouleversements du XXe siècle. Peter, Jan et Gabriel, respectivement Hongrois, Tchèque et Juif, liés par une forte amitié, se disputent la conquête de la belle Maria. Le premier septembre 1938, à la piscine de Levice, dans le sud de la Slovaquie, ils s'affrontent pour se départager et gagner l'amour de la jeune fille. Mais le temps n’est plus à l’amusement, la guerre survient. En 1945, les amis se retrouveront et reprendront leur course de natation ! Leur histoire intime se déroule chaque premier septembre de 1938 à 1968, parallèlement à celle de leur pays, qui lutte pour trouver sa place au sein de l'Europe. Le roman évoque sur trente ans, les frontières mouvantes de la Slovaquie et d’Europe Centrale. L’auteur met son talent à nous faire croire que ce qui se passe est arrivé ! Au début, il écrit : « Tous les personnages du roman sont fictifs. Ils ont d’abord vécu à l’époque et dans les lieux que décrivent ces pages ; l’auteur les a ensuite imaginés ». Une belle histoire d’amour et d’amitié sur fond historique, facile à lire, même si le rythme n’est pas trépidant.
Rankov, Pavol. - C’est arrivé un premier septembre. - Gaïa. - Traduit du slovaque. - 461p. - 24€

Zsu, adolescente timide, vit à Singapour avec sa mère, ex-actrice de films d'horreur, et sa tante. Quand elle rencontre Circé, bien dans sa peau, elle est ravie de cette amitié. Mais son amie s'avère intéressée par la célébrité de sa mère. Vingt ans plus tard, en plein divorce, elle est à nouveau confrontée à Circé dans le cadre d'un projet professionnel. Les souvenirs ressurgissent... Sharlene Teo est une auteur singapourienne (qui vit au Royaume-Uni) à suivre. En effet, son premier roman est une très belle découverte, on est happé par ce trio féminin (la mère - la fille - la meilleure amie) aux relations affectives complexes, entières et passionnées ! Au cours de sa vie, chacune devra faire face à un drame familial et on s’attache aisément aux trois personnages. Avec une écriture incisive, cinématographique, ce roman aborde l’adolescence avec subtilité, parfois avec humour, mais il est également sans concession.
Teo, Sharlène. - Ponti. - Buchet-Chastel. - Traduit de l'anglais (Singapour). - 309p. - 20€

Pendant la Seconde Guerre mondiale en Angleterre, Jeremy Coleman, jeune homme passionné de jazz, entretient des rapports conflictuels avec un père universitaire, ancien soldat et veuf, dont il rejette les idées conservatrices et l’austérité. Se révoltant et fuyant le foyer familial pour rejoindre Londres, Jeremy découvre une scène musicale pleine de vie, d’énergie et de jeunesse et forme un groupe avec Percy, un jazzman noir américain. Mais quand sonne la fin de la guerre et alors que le duo arrive à Paris, le rock’n’roll fait son apparition et menace cette période bénie de l’âge d’or du jazz. Avis aux musiciens et aux férus de jazz ! Ce roman se lit comme une jam session, au cours de laquelle les différents personnages expriment leur vision des choses et ont chacun leur solo : exprimant tour à tour leurs inquiétudes, leurs traumatismes, leurs frustrations autour d’un temps brisé, d’une rupture entre les générations. Dans les années 50 en Angleterre, John Wain (1925-1994) a été rattaché au mouvement des Angry youg men, en rupture avec les diktats de l’intellectualisme et du système social favorisant l'élite traditionnelle. Ce roman, au style simple et passionné, est un hymne à la vie, à la liberté et au jazz qui plaira aux adultes et jeunes adultes.
Wain, John. - Et frappe le père à mort. - Typhon. - Traduit de l’anglais. - 382p. - 19€

44 avant J.-C. Octave, 18 ans, apprend que son grand-oncle, Jules César, a été assassiné par Brutus, son fils adoptif et ses partisans. Octave, choqué par ce crime, est confronté à un dilemme. Jules César l’a désigné comme étant son seul fils et héritier. Doit-il accepter la succession et pourchasser les assassins, au risque de perdre la vie ? Doit-il refuser l’héritage, comme le supplie sa mère Atia et son beau-père ? Tout juste sorti de l’enfance, Octave est un adolescent à la santé chétive. Il n’a ni le charisme, ni la force de Marc-Antoine, mais sa détermination et son esprit acéré vont l’aider dans son ascension politique. Octave prendra le pouvoir et deviendra le premier empereur romain que les générations futures retiendront sous le nom d’Auguste. John Williams est un universitaire. Son travail est parfaitement documenté, même s’il admet avoir pris quelques libertés avec la vérité historique. Le roman est construit sous la forme épistolaire. Ce sont des lettres et des extraits de journaux intimes des contemporains d’Auguste qui racontent le déroulé des événements et qui éclairent la personnalité d’Auguste. Un roman « apocryphe » que les passionnés d’Histoire romaine apprécieront. Augustus a remporté le National Book Award en 1973.
Williams, John. - Augustus. - Piranha. - Traduit de l’américain. - 376p. - 23€