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Commission Petits éditeurs BiB92 – Sélection novembre 2019

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Le petit Stan, en colère, brise un rocher et découvre un fossile d'ammonite ! Il est émerveillé, et cet événement décisif sera à l’origine de sa vocation de paléontologue. Des années plus tard, Stan est en fin de carrière et quelque peu désabusé. Une petite fille lui montre un fossile de dragon, celui qu’un vieil homme a découvert lorsqu’il était enfant dans une grotte, entre deux glaciers alpins. Dans le cœur de Stan, le rêve renaît. Il convainc son ami Umberto, Peter l’assistant de ce dernier et Gio, le guide de haute montagne, de l’accompagner en expédition pour retrouver le squelette d’un brontosaure. L’aventure est un défi, le temps se dilate au fur et à mesure que les semaines passent. 24h/24h sur le glacier, des tensions se font sentir entre les quatre compagnons, et l’espoir de trouver le squelette s’étiole. Ce roman est une équipée en haute montagne, autant qu’une aventure humaine collective et personnelle. Les conditions de vie « extra-ordinaires » font surgir les souvenirs et mènent Stan à une réflexion introspective sur sa vie. Le lecteur s’attend à l’issue fatale, mais le sentiment qui ressort est le chemin parcouru pour réaliser ce rêve, quel que soit la fin du voyage.
Andrea, Jean-Baptiste. - Cent millions d’années et un jour. - L’iconoclaste. - 320p. - 18€

Un dimanche de début septembre, au crépuscule, deux sœurs se retrouvent dans un pavillon de Ville-d'Avray. L'une confie à l'autre l'incroyable rencontre qu'elle a vécue dans cette ville et lui raconte son errance entre les bois de Fausses-Reposes, les étangs de Corot, les gares de banlieue, ainsi que les dangers qu'elle a frôlés. Beaucoup de charme dans ce petit roman à la première personne. La narratrice évoque, le temps de son trajet vers la banlieue, ses souvenirs d’enfance et la personnalité de sa sœur. Elle la fréquente peu, son mari ne l’appréciant guère, comme la ville où elle habite. Son état d’esprit mélancolique s’accorde avec l’heure du jour, les lieux qu’elle traverse, les souvenirs qu’elle évoque. Mais ce soir-là, sa sœur se confie à elle. Elle a fait une rencontre troublante avec un personnage énigmatique et ce récit passe au premier plan. On comprend que cette parenthèse dans une vie monotone l’a bouleversée. Une écriture subtile et sans maladresse qui s’accorde bien avec la nostalgie de l’enfance, des liens familiaux qui s’estompent et d’une fin d’été au bord des étangs de Corot.

2eme avis :
A Ville-d’Avray, la narratrice retrouve sa sœur chez elle un dimanche après-midi. Mariées et mamans toutes les deux, leurs styles de vie, familiaux, professionnels, financiers semblent les opposer et les éloigner néanmoins. Leurs rapports demeurent ainsi superficiels la plupart du temps, mais ce dimanche-là, Claire-Marie se confie à sa sœur et lui révèle une relation qu’elle a entretenue avec un inconnu par le passé. Le roman s’articule autour du récit de cette relation lointaine, floue, parfois inquiétante et oscille entre la conversation des deux sœurs et les épisodes passés de cette histoire. Flotte en permanence sur le récit une atmosphère inquiétante, grise comme la pluie parfois décrite. Hermann, est dépeint comme un personnage lui-même peu rassurant, voire dangereux et l’écriture met en valeur cette atmosphère quasi menaçante. Néanmoins, je reste sur ma faim (mais aussi sur ma fin !) : loin d’être inintéressant, le roman ne semble tout de même pas complètement abouti. Nous survolons de nombreux sujets (le rapport entre les deux sœurs, la vie maritale, la nature de cette relation, le désir romanesque de Claire-Marie etc.) sans jamais les creuser. Une lecture agréable, mais légèrement décevante.
Barbéris, Dominique. - Un dimanche à Ville-d’Avray. - Arléa. - 125p. - 17€

Dans une ferme isolée du Limousin, surnommée le Paradis par la fille d’Emilienne, lieu enchanteur avec les odeurs de la campagne, celle-ci élève seule ses deux petits-enfants orphelins Blanche et Gabriel. A l'adolescence, Blanche rencontre Alexandre, son premier amour. Adulte, le jeune homme part à la ville, tandis que Blanche demeure viscéralement attachée à la ferme. Elle est brisée par ce départ et l'aimera toujours. Louis le commis comprend que la jeune fille ne sera jamais à lui. C. Coulon veut parler du corps, de la sexualité avec cette femme écartelée entre son amour pour la terre et celui pour Alexandre. C’est la première fois qu’elle a un personnage féminin. Blanche doit être féroce, entière, pas de place pour les bons sentiments. C’est un défi d'écrire ce huis clos sur la terre. Ce texte sur la dévoration a un style très puissant. L’auteur cherche ce qui va emporter le lecteur, lui couper le souffle. Les scènes très visuelles sont inspirées de Chabrol, du Boucher, de La nuit du chasseur car elle a une formation de cinéma. Comment tenir le rythme ? Où injecter de la douceur ? Chaque chapitre porte un titre d'un verbe non conjugué car le verbe est plus fort, on veut faire croire qu'il va se passer quelque chose qui n'arrivera pas. Le décor réel est la ferme maternelle en Corrèze, mais jamais nommée, ni lieu, ni temps, pour que l'histoire devienne une sorte de conte. C’est l'histoire d'une lignée de femmes possédées par leur terre, une immersion totale dans la campagne, la terre à la Zola ou Maupassant. Une écriture âpre et visuelle (ah le meurtre de la poule). Un roman envoûtant, sans doute son meilleur ! Un page turner qui vous hante !
PRIX DU MONDE
Coulon, Cécile. - Une bête au paradis. - L’iconoclaste. - 345p. - 18€

Uqsuralik, une jeune femme Inuit, se trouve séparée de sa famille, emportée par un morceau de banquise. Livrée à elle-même dans l’environnement hostile qu’est le Grand Nord, elle doit survivre sans sa famille. S’ouvre alors un roman d’apprentissage qui nous fait parcourir la vie entière de cette femme. Le voyage de la narratrice est surprenant, tant sur le plan de l’écriture, que par le contexte géographique et environnemental. L’hostilité de la banquise est filée tout au long du roman, mais oscille aussi avec sa merveille et sa générosité. La vie nomade d’Uqsuralik est ponctuée de rencontres et de drames. Certaines de ces rencontres sont plus ou moins oniriques, spirituelles, voire mystiques. À l’image de l’environnement, l’écriture est simple et brute, elle mène à l’essentiel avec justesse. L’auteur met joliment en avant la nature et la banquise en particulier, si menacée de nos jours, sans oublier d’émailler son récit de quelques touches de poésie.

2eme avis :
Ce livre a largement mérité le Prix du roman Fnac. L’auteure s’est imprégnée de la culture inuit en travaillant sur les documentaires de Paul-Emile Victor et de Jean Malaurie du Museum d’histoire naturelle. C’est bien un roman, mais les personnages imaginés sont authentiques et représentatifs de la vie de ce peuple soumis à des conditions extrêmes. La figure principale est une jeune fille, Uqsuralik, qui se trouve livrée à elle-même après qu’une rupture de la banquise l’a séparée de sa famille. Le lecteur la suit au gré des événements qui vont ponctuer sa vie au sein de cette communauté où la vie, la mort, la nuit, les esprits, les animaux ont une importance extrême. A la fois, conte, légende, récit initiatique, roman d’aventures, c’est un livre passionnant, dépaysant, hors normes, qui se lit d’une traite. Il est également entrecoupé de chants poétiques qui font partie intégrante du récit, ainsi qu’un cahier de photos en noir et blanc en fin d’ouvrage qui le complètent.
PRIX DU ROMAN FNAC
Cournut, Bérangère. - De pierre et d’os. - Le Tripode. - 220p. - 19€

Même si ses parents sont marocains, le narrateur se sent Français, puisque né en France, il appartient à la seconde génération : « Je suis né en France. Je n’ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n’ai pas le choix de ma propre identité. Je ne suis jamais ce que je suis, je suis ce que les autres décident que je sois. » (p. 100) Il ne connaît pas Casablanca et ne suit pas les coutumes. La famille est modeste, le père garagiste à Clichy. Celui-ci meurt subitement à 54 ans et sa femme est effondrée. En état de sidération, Marwan ne réalise pas qu'il ne verra plus son père. Il découvre ce que la mort et le manque veulent vraiment dire. « Finalement grandir, c’est çà ; c’est perdre des morceaux de soi. » (p. 37). Les trois fils sont unis autour de la mère, oubliant leur animosité. Le souhait du père est d’être enterré près des orangers de Casa, qu'il a quittée il y a longtemps. Les enfants stupéfaits se sentent frustrés de ne pouvoir se rendre sur la tombe. Cette nouvelle est un choc, d'autant que Marwan, l’aîné, a été choisi pour convoyer le cercueil, lui qui ne connaît pas les rites musulmans et ne parle pas l'arabe. Kabic (un Kabyle qui travaillait à l’usine BIC, d’où le surnom ! - on apprend comment le briquet est né) leur sert de grand-père, l’accompagne et lui raconte l’histoire de sa famille durant le vol. Ce qui permet au narrateur de mieux comprendre l’exil choisi par ses parents pour d’autres raisons que celles qu’il supposait. Dans ce livre, il est question de double culture, de recherche d'identité, d’exil et de l’héritage familial qui fait de nous ce que l'on est (d'où le titre). À la chronique sur le deuil, s'ajoute une évocation du déracinement et du rapport complexe aux origines. Un premier roman pudique, juste, émouvant, aux personnages attachants, avec quelques pointes d’humour. Cette famille pourrait être la nôtre, il est aisé de s'identifier aux personnages. L'auteur sait transmettre les sentiments et nous fait oublier que le sujet est déjà vu, tant son livre est réussi. Le titre est très bien trouvé et il faut le comprendre dans sa polysémie : ce(ux) que je suis est un bel hommage à la famille et aux valeurs qu'elle transcende au-delà des frontières et de la mort. De plus, la couverture est superbe.
Dorchamps, Olivier. - Ceux que je suis. - Finitude. - 252p. - 18,50€

Jesse Pelham vit en Géorgie. Il partage avec son père, Richie, la passion de la chasse pratiquée dans le respect de la nature. Le vaste domaine familial est un terrain de jeu idéal pour le père et le fils. Mais Richie meurt tragiquement en chutant du mirador conçu en secret pour fêter les 14 ans de Jesse. Ce n’est pas le premier drame qui endeuille les Pelham : à 15 ans, Richie a perdu ses propres parents et n’a pu sauver son frère alcoolique. La mère de Jesse, atteinte de dépression sévère, s’est suicidée alors qu’il était nourrisson. Richie a refait sa vie quelques années plus tard avec Grace, une vraie beauté dont il est tombé éperdument amoureux. Il l’a épousée et ils ont eu une petite fille à qui Jesse est très attaché. L’adolescent fuit sa souffrance en parcourant l’immense domaine, il se lie alors avec Billy, vétéran de la guerre d’Irak, homme des bois, pourchassé par le FBI suite à un attentat perpétré contre ses congénères sur le sol américain. Billy a été témoin du sabotage du mirador. Quel rôle trouble ont joué Grace et son frère, prêcheur charismatique et vrai escroc, dans ce meurtre ? Richie a toujours refusé de vendre sa propriété malgré le prix fort qu’il aurait pu en demander, l’extraction du kaolin étant une vraie « mine d’or ». On ne lâche pas ce roman envoûtant tant par la qualité de l’écriture, la très fine analyse psychologique des personnages, l’évocation de certaines problématiques sociales propres aux USA que par l’amour de la nature qui transparaît à chaque page.
Farris, Peter. - Les mangeurs d’argile. - Gallmeister, Americana. - Traduit de l’américain. - 327p. - 23€

Marnie et Taz ont tout pour être heureux dans leur petite ville du Montana, très proche de la nature. Mais Marnie meurt en donnant naissance à Midge. Comment survivre, comment élever un nouveau-né seul, comment continuer à vivre ? Chaque chapitre nous fait avancer d’un jour dans la vie de ce père. Il bataille sur tous les rangs, doit trouver du travail, il est menuisier, doit garder son bébé, se nourrir… Mais autour de lui gravitent des amis, certains lui donnent du travail, sa belle-mère, très délicate, est toute prête à venir et son meilleur ami, Rudy, s’occupe de lui, garde Midge et lui trouve une adorable baby-sitter. Nous retrouvons une situation très proche du précédent roman, comment survivre dans l’adversité et trouver en soi des forces de résiliences, dans lequel la mère avait la sclérose en plaques. C’est un roman sensible, empathique, touchant, mais certains passages sont un peu trop attendus, surtout la fin, même si le coté sentimental nous émeut. Il y a, heureusement, de l’humour de situations et de l’humour de regards sur soi de la part de Taz. C’est un roman qui plaira beaucoup.
Fromm, Pete. - La vie en chantier. - Gallmeister, Americana. - Traduit de l’américain. - 381p. - 23,50€

Printemps 1584, abbaye de Notre-Dame du Loup (Provence). Les bénédictines bénéficient d’une autonomie financière inhabituelle, grâce à la protection du roi et à sœur Clémence, herboriste, dont les remèdes sont connus jusqu’à la Cour. Les simples, ce sont les plantes qui entrent dans la composition des préparations des religieuses. Le savoir de ces femmes, leur prospérité excitent les convoitises des autorités religieuses. Jean de Solines, le nouvel évêque de Vence, veut s’approprier la bonne fortune des bénédictines. Il envoie deux vicaires à l’abbaye. L’un d’eux est Léon de la Sine, le fils cadet de la maîtresse de l’évêque. Ils ont pour mission d’enquêter. Ils doivent trouver la faute qui pourrait provoquer le scandale. L’évêque a besoin d’une étincelle. Sauf que le feu couve déjà et que l’incendie provoqué par ses manigances va vite devenir incontrôlable. Un roman historique très riche et parfaitement documenté, même si l’auteur avoue avoir créé de toute pièce cette abbaye. Une démarche qui rappelle celle de Ken Follett dans Les piliers de la terre. Le décor est posé. Le lecteur parcourra les collines de Vence, en compagnie de Fleur, petite oblate, rédigera le codex de l’abbaye avec la jeune Gabrielle, ou composera les remèdes avec sœur Clémence. Malgré la complexité de la hiérarchie ecclésiastique et de la culture religieuse de l’époque, le roman se lit facilement. Les retournements de situations sont nombreux, les personnages intéressants. Un écrivain à suivre !
Grannec, Yannick. - Les simples. - A. Carrière. - 440p. - 22€

Printemps 1916, Eugénie Farnoux, institutrice écrit à un soldat, basé en Lorraine. Les deux êtres sont très proches. Eugénie lui adresse une confession : dans son courrier, elle lui dévoile le secret de ses origines. Eté 1892, Eugénie Farnoux est une toute jeune fille, pas très jolie. Ses parents tiennent une boutique de chapeaux à Paris. Comme Eugénie ne semble ni disposée à travailler dans l’entreprise familiale ni à dénicher un époux, sa mère l’a encouragée à suivre des études. Avec les années, Eugénie est devenue « embarrassante » pour ses parents. Le temps d’un été, ils décident de la placer comme préceptrice au service d’une châtelaine tourangelle. Eugénie est furieuse, mais elle doit obéir. Au bord de l’Islette, la jeune fille oublie vite sa rancœur. Le cadre est enchanteur, son élève docile et les habitants du château plutôt surprenants. Camille Claudel y a déposé ses valises. Elle travaille sur un nouveau projet. Eugénie est très vite fascinée par cette jeune artiste qui se languit de Rodin, son amant. Avec une plume délicate et limpide, Géraldine Jeffroy nous offre un petit bijou de roman historique. Le temps d’un été, le lecteur passera un agréable moment en compagnie de célébrités : Camille Claudel, Auguste Rodin, et même Claude Debussy qui fera une apparition dans le château de style renaissance. On regrette seulement que ce roman soit si court !
Jeffroy, Géraldine. - Un été à l’Islette. - Arléa, 1er/mille. - 120p. - 17€

Après la fête raconte l’histoire d’amour mouvementée de Raphaëlle et Antoine. Ils vont s’aimer, se séparer pour mieux se retrouver. Malheureusement, le couple est très vite rattrapé par les réalités de la vie d’adulte et réalise rapidement que la séparation est inévitable. Cet ouvrage n’est pas une simple histoire d’amour. C’est aussi un livre sur la jeunesse et son chant du cygne. Le texte décrit avec justesse la perte de l’innocence. Il déconstruit peu à peu cette période festive et idyllique. Ce désenchantement progressif oblige les personnages à se confronter à une réalité qu’ils n’avaient jamais envisagée. L’auteure livre ainsi, au fil des pages, le portrait mélancolique de la génération Y (née entre 1980 et 2000) en perte de repères. Son récit illustre les difficultés de certains jeunes à suivre un modèle imposé par la société et d’autres, à obtenir la reconnaissance sociale tant promise. Elle retranscrit, chapitre après chapitre, cette transition marquée par les premières désillusions professionnelles, amicales et amoureuses. Grâce à son style unique, Lola Nicolle réussit à saisir avec justesse ce passage doux-amer à l’âge adulte.
Nicolle, Lola. - Après la fête. - Les Escales. - 160p. - 20€

Edna O’Brien donne la parole à Maryam, jeune fille enlevée avec ses compagnes, dans un pays africain non identifié, par des djihadistes. Nous partageons leur cauchemar, enfermement, viols, coups, mariage obligé avec des soldats, grossesses imposées. La jeune fille raconte, analyse ce qu’elle vit et ressent. Surtout, elle réussit à s’enfuir, en emmenant une compagne et sa petite fille, Babby. Après bien des tribulations, marches dans le désert, aide de femmes peules et de nomades, elle retrouve sa famille. Mais, là, un nouveau calvaire commence : elle est souillée par les viols et son bébé sans père. Il faut vraiment se mettre dans l’idéologie de ce peuple, fixé sur des principes qui ne sont plus valables dans le contexte de cet enlèvement et ces tortures subies. Un couvent et des sœurs, emplies de compassion viennent à son secours. Maryam est une femme forte, résiliente et intelligente ; en fait, elle est une sorte d’alter ego de l’auteur qui a dû toute sa jeunesse lutter contre les principes rétrogrades et misogynes de l’Irlande jusque vers les années 60. Edna O’Brien a séjourné au Mali et rencontré des survivantes. C’est un beau témoignage sur la résistance et le courage.
PRIX SPECIAL DU JURY DU PRIX FEMINA POUR L'ENSEMBLE DE SON ŒUVRE
O’Brien, Edna. - Girl. - S. Wespieser. - Traduit de l’anglais (Irlande). - 250p. - 21€

Wilfried est placé en famille d’accueil à l’âge de huit mois, car sa mère n’est pas en capacité de s’occuper de lui. A quinze ans, il est un élément prometteur d’un club de foot. Mais une colère gronde en permanence en lui et le conduit à se faire exclure du club. Il retourne chez sa famille d’accueil, dans les tours d’une cité. Wilfried ne sait pas qui il est, d’où il vient et quoi faire de sa vie. Alors quand sa mère biologique se manifeste, c’est l’événement de trop. Il rencontre Nina, éducatrice à la PJJ qui se bat pour tenter de sauver des ados perdus. Sale gosse est un roman réaliste et percutant. Très dynamique, le récit alterne la vie de Wilfried et le quotidien des éducateurs. Beaucoup de dialogues, peu de descriptions, l’humain est au centre du roman. Fils d’éducateur, Mathieu Palain a assemblé des témoignages pour en tirer l’histoire de Wilfried. Les personnages sont très attachants, même si le constat est amer.
Palain, Mathieu. - Sale gosse. - L’Iconoclaste. - 352p. - 18€

Au bout du monde, dans la péninsule du Kamtchatka, vit une population de Russes et d’autres ethnies, comme les Evènes, dans une sorte de huis clos. Deux fillettes d’origine russe disparaissent. Deux indices : un homme et une voiture noire étonnamment propre. Toutes les recherches échouent. De septembre à juin, les chapitres parlent de la vie qui continue, des espoirs qui peuvent émerger. On apprend qu’une autre fille, d’origine évène, a aussi disparu. On croise de nombreux personnages qui ont de près ou de loin un lien avec les petites filles. Beaucoup de femmes surtout. Petit à petit, en lien avec la famille de la première jeune fille disparue ou enlevée, un espoir de compréhension apparaît… Ce roman choral est très original et attachant, même si on ne sait pas trop bien où nous mènent tous ces personnages. Ils entrent dans l’histoire avec leur problématique et leurs liens plus ou moins éloignés des enlèvements et c’est, justement, ces petites touches comme des repères qui font avancer l’enquête quand se rencontrent les deux familles, la mère des deux petites filles et la sœur de la jeune fille. On découvre cette société inconnue et isolée avec ses problèmes de société, avec occupant dominant et ethnie mal considérée, de climat rude et d’isolement. Cette région au nom mystérieux d’un jeu existe et a une histoire. L’ambiance générale a un côté brumeux et à la limite du réel.
Phillips, Julia. - Dégels. - Autrement. - Traduit de l’américain. - 382p. - 22€

Jenny Marchand étouffe dans sa vie d’adolescente à Sucy-en-Loire. La vie de ses parents lui semble médiocre, sans ambition. Les autres adolescents lui sont de parfaits étrangers. Mal dans sa peau, une goutte d’eau fait déborder le vase et fait de Jenny la recrue idéale. Chafia est en colère. Déterminée et emplie de haine, elle s’apprête à faire des rues de Paris un cauchemar. En parallèle, Saint-Maxens, président de la République, homme politique vieillissant et sapé par les jeunes loups de son camp, vit ses derniers temps à l’Elysée. Les éditions de l’Observatoire ont des titres forts et marquants, Sœur ne fait pas exception. Avec une analyse fine et travaillée du processus d’endoctrinement mais aussi, en creux, de notre société, Abel Quentin nous offre un roman percutant, en jouant sur différents registres de langue. S’attaquer à ce sujet avec des personnages féminins sur le devant de la scène est un choix intéressant. Jenny est à la fois attachante et effrayante, une figure que l’on n’oublie pas. Ce roman illustre parfaitement comment « la haine de soi nourrit la haine des autres ».
Quentin, Abel. - Sœur. - L’Observatoire. - 256p. - 19€