Les coups de coeur de la Commission musique et cinéma - 7


pellicule

 

 Notes de musique

Films présentés par Sabine de Puteaux :

L’empire des sens de Nagisa Oshima
Au royaume des sens, l’emprise du désir se fait prison, l’amour, quand il nous tient… quand il resserre le nœud de ses liens, quand il serre entre ses mains l’objet de ses envies, l’amour devient cruel, étouffant, à jouer à des jeux dangereux, voire mortels… Vertige de la répétition et de la gradation, dans le raffinement des actes sensuels et la violence de leur accomplissement, doux sadomasochisme, éventail de fantasmes, en toute crudité, vain désir de possession, l’amour nous fait croire devenir maître, mais nous restons esclave, de nos sens… et nus, seuls et affamés dans notre insatiabilité. Dénuement. L’art est sexuel, puisqu’il est une création, l’art est exhibitionniste, puisqu’il s’expose, l’art est provocation puisqu’il ose, transgresse, et, souvent, brave les interdits. L’érotisme est un art et l’art est érotique.

Les clowns de Federico Fellini
Fellini ne pouvait qu’aimer et admirer les clowns, lui qui s’intéresse au grotesque dans ses films et à la vie des comédiens et autre circassiens. En regardant Les Clowns, on assiste à la fois à une séance de cinéma et à un spectacle de cirque. Entre le documentaire, qui retrace l’histoire des clowns les plus célèbres et revient à l’origine de la création de ces personnages fascinants, et la fiction, qui nous fait suivre une équipe de journalistes, elle-même assez caricaturale, de l’Italie à Paris. Il nous fait visiter les cirques et pénétrer chez d’anciens clowns ou directeurs de cirque, témoins d’un monde disparu… On croise ainsi notamment Annie Fratellini et Pierre Etaix, et des images d’archives font revivre les célèbres Foottit et Chocolat. Fellini fait entrer la fiction dans la réalité. Accompagné par la musique multicolore de Nino Rota, il se plait à mettre en scène, avec le plaisir d’un enfant, cette époque, âge d’or du cirque et des clowns traditionnels, un monde entre l’exultation comique et la décadence où le rire est parfois franc, parfois grinçant, voire inquiétant. Le clown fait autant rire que peur… On a l’impression de revenir avec ce film à la source de l’art du comédien, à une forme d’enfance de l’art, caricaturale mais poétique. Décadence, car le clown est mort… c’est la conclusion que tire Fellini de ses recherches… mais ce constat, loin d’être d’une triste stérilité pour l’art, le conduit à créer un véritable spectacle, total, autour de funérailles somptueusement funèbres. Fellini, comme il aime à le faire, apparait dans son film et tient à certains moments lui-même la caméra. Avec beaucoup d’autodérision, il invente un personnage, spectateur d’un numéro de clowns, tellement drôle, qu’il en meurt, littéralement, de rire : la vie et la mort, le rire et les larmes semblent dès lors inséparables, de même que le clown, dans l’imaginaire, est à la fois un personnage rassurant et horriblement terrifiant… Et la fin termine le film en apothéose !

Les Contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi
Inspiré de deux contes, ce film oscille entre rêve et réalité, terre et ciel, force et fragilité. Cinéaste de l’invisible, Mizoguchi nous fait percevoir les passions, les désirs, les fantasmes des personnages, aveuglés par l’illusion, avec un sens subtil de la psychologie. Sa mise en scène est un condensé délicat d’émotions dans un temps long, étiré, qui économise les plans, telle une barque qui coule sur un fleuve argenté, soudain brisé par des fulgurances, par la guerre, la violence et des ellipses dans le temps. Les rêves tournent parfois au cauchemar et enferment les personnages dans une cage dorée. Dans ce monde peuplé d’ombres, de chimères, de fantômes et de démons du Japon du 16è siècle, la quête de l’exploit, de l’argent et de la renommée, comme les vapeurs qui s’élèvent de l’eau et voilent le paysage, font oublier l’amour simple des siens, la satisfaction par le travail et la résignation face à la perte. Tout ce qui existe ne se voit pas, l’essentiel n’est pas toujours ce que l’on voit et le fantastique se mêle à la réalité.