Sélection petits éditeurs mai 2014

Petits éditeurs BiB92 – Sélection mai 2014

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Petits éditeurs Bib92 – Sélection mars 2014

AyerDAHL. - Bastards. - Au diable vauvert. - 523 p. - 20€
Alexander, depuis que son dernier roman a été récompensé par le prix Pulitzer, est en panne d’inspiration. Colum McCann, puis au fil des rencontres, Jérôme Charyn, le couple Auster et d’autres, l’encouragent à trouver un sujet dans les rues de New York, qu’il parcourt en rollers, avec son chat dans son sac à dos.
Il apprend un fait divers original : une vieille dame a tué trois voyous avec un outil de jardin et l’aide de son chat. Qui est-elle en réalité cette Cat-Oldie qu’il finit par rencontrer en secret ? Peu à peu, l’histoire s’étoffe et s’élargit. Alexander rencontre des amis de la police de la ville et même le FBI et la CIA qui pourraient être concernés ; il est pris dans un tourbillon inexorable qui s’achève par une bataille grandiose et fantastique, au sens exact du terme. La dernière partie du roman est moins intéressante, explicative des origines de cette lignée de femmes aux pouvoirs occultes. Il faut noter que le vrai nom de Cat-Oldie est Janet Bond, Ayerdahl a beaucoup d’humour !
Ce livre est passionnant, pour de nombreuses raisons : c’est un excellent thriller politique, écrit avec brio, une grande fluidité et précision. Les personnages sont tous intéressants, ils sont nombreux, mais chacun a vraiment une raison d’être et de l’épaisseur. Certains sont même attachants comme Emillio, le gamin des rues qui le renseigne et finit par avoir un rôle important. Aucun détail n’est gratuit, tout concourt à faire avancer l’action jusqu’à une dimension fantastique, inévitable quand on traîne dans des cimetières ou des caves où se trouvent des momies de chats, et que l’on croise des femmes aux curieux pouvoirs !

BENNETT, Alan. - La dame à la camionnette. - Buchet Chastel. - Traduit de l’anglais. - 113 p. - 9€
Plus agenda que journal
Long à démarrer (en fait ne démarre pas)
Agenda non réécrit
Touchant
Lecture nécessaire
Avec une grande honnêteté et le trait d’humour qui le caractérisent, Alan Bennett extrait de son journal les bribes de sa cohabitation avec miss Shepherd. La dame dans la camionnette qui vit quelques rues plus loin, puis devant chez lui et pour finir dans son jardin. Aventure rocambolesque, improbable et sensible entre deux vies aussi dissemblables que toutes proches.

BESSONART, Catherine. - La palette de l’ange. - L’Aube. - 253 p. - 18€
Le commissaire Chrétien Bompard est chargé d’une affaire épineuse : plusieurs meurtres ritualisés sont perpétrés dans la capitale. Les victimes semblent avoir été choisies au hasard, et pourtant, elles n’ont rien en commun… A cette enquête, s’ajoutent la découverte d’un adolescent perdu en forêt d’Orléans et la disparition d’une jeune femme. Leur sort est-il lié aux meurtres ?
Second opus de l’auteur, cette Palette est un excellent polar. Personnage original, le vieux commissaire semble survoler les affaires, passe du coq à l’âne, procède par association d’idées… Bref, il mène ses enquêtes à tempérament, secondé par deux adjoints, Machnel et Grenelle, inspecteurs assez « classiques » des romans policiers, trainant leur déprime et aidant une ex-femme qui souffre d’un cancer…
Le ton est juste, pas d’affect, un héros sombre, humain, en proie aux doutes… Ce serait presque du « réalisme poétique ».
On reste dans ce livre bien après en avoir achevé la lecture. A tel point que l’on a très envie de lire le premier titre de l’auteur Et si Notre-Dame la nuit, couronné par le prix Polar du meilleur roman francophone de Cognac en 2013 !
Amoureuse de Paris, Catherine Bessonart nous invite à découvrir la capitale sous un jour nouveau… Une auteur à suivre, assurément !

CHANG, Eileen. - Love in a fallen city. - Zulma. - Traduit du chinois. - 158 p. - 16,50€
Déjà paru sous le titre : Un amour dévastateur !
Shangaï 1941. Le clan de la famille Paï vit reclus dans leur vieille demeure sous les ordres de la douairière Mme Hsü. Le temps est venu  de marier la Septième Demoiselle, la cadette. Il faut de préférence lui trouver un homme riche, car la famille est ruinée. Mme Hsü introduit alors un jeune homme fortuné de Hong-Kong aux mœurs libérées. Celui-ci tombe sous le charme de Fan Liu-Yan, la sœur divorcée revenue vivre dans la demeure familiale. Fan saisit l’occasion de fuir cette famille, qui lui reproche d’avoir quitté son mari violent et qui la considère à trente ans comme une jeune femme perdue. Elle part à Hong-Kong en compagnie de Monsieur Fan dont elle ignore tout, et dont elle espère percer les réelles intentions. Logés dans un hôtel hongkongais, chacun dans leur propre chambre, ils laissent le temps couler en alternant promenades sur la plage et rêveries. Imperméables aux soubresauts de l’histoire, cette dernière va pourtant les rattraper et les amener à confronter leurs sentiments.
Un roman d’amour plein de délicatesse et de poésie, hors du temps, dans une ambiance surannée et mélancolique qui marque la fin d’une époque. Un très beau texte, qui méritait d’être réédité.
Il est suivi par une nouvelle Ah Hsiao est triste en automne, l’histoire d’une domestique chinoise au service d’un séducteur occidental qui multiplie les conquêtes. Un joli texte où se confrontent là aussi tradition et modernité.

CHOI, Jae-hoon. - Sept yeux de chat. -Picquier. - Traduit du coréen. - 325 p. - 19,50€
Un groupe de six participants à un forum internet consacré aux tueurs en série est invité à une rencontre dans un chalet de montagne. Ils commencent à faire connaissance, et évidemment, intervient le premier meurtre. Mais ce n’est que le début du livre, le premier récit, le début du labyrinthe. D’autres récits vont se dérouler, dans lesquels nous retrouverons des personnages qui auront des ressemblances parfois troublantes avec des personnages du premier récit, mais aussi quelques points de divergences. Il est question de mort avec la musique de Schubert, la jeune fille et la mort, de vengeance avec le film de Polanski, de double, de jumeau et d’épilepsie, sans que l’on sache réellement qui est qui… Quand on pense avoir saisi, le texte s’échappe dans une autre direction ! Cela donne l’impulsion de poursuivre, donc continuer la lecture. Le troisième chapitre s’intitule « PI », le nombre du cercle dans lequel nous tournons. Les personnages de fiction rencontrent les joueurs. Un traducteur décide d’opérer de petites modifications dans ses traductions. Son dernier travail est la traduction des Sept yeux de chats, qui est le titre du dernier chapitre. Celui-ci est placé sous le signe de Salomé, pièce qu’une certaine Mimi doit jouer. Celle-ci émerge du roman pervers de Polanski Lune de fiel.
C’est impossible à raconter et désorientant ! Pourtant l’auteur a un réel talent de conteur, car on poursuit la lecture !

CHOPLIN, Antoine. - Les gouffres. - La Fosse aux ours. - 131 p. - 16€
Les quatre nouvelles composant ce recueil sont écrites sous le signe de Samuel Beckett, dont une citation se trouve en exergue. On y rencontre des êtres solitaires, paumés, laconiques, marchant plus ou moins à leur perte, avec des noms à consonance d’Europe centrale.
Dans la première, deux êtres vont on ne sait où, longeant des gouffres angoissants. Le récit est conduit par le discours de l’un à l’autre avec leur tutoiement, ce qui donne une ambiance très particulière et distille habilement la détresse des personnages en les rendant plus proches de nous.
Dans la seconde, un personnage dans une usine, essaie de ne pas « rompre le cours des choses » en vain, est congédié. Il semble émerger dans son mental l’idée de livres et « peut-être d’échafauder des hypothèses », tout en espérant que sa plante en pot finisse par pousser.
Dans la troisième, il est question d’une mathématicienne dans un camp. Celle-ci est morte, et trois personnages l’évoquent en se souvenant de gestes chaleureux qu’elle avait pour eux dans la froidure du camp, et veulent lui rendre hommage.
Dans la dernière nouvelle, il s’agit de la difficulté d’un homme à se déplacer avec un instrument minutieusement décrit (sorte d’orgue de barbarie). La nouvelle se termine sur l’interrogation de savoir si les gardes armés sont susceptibles d’en entendre la musique, alors que les « camarades » captifs, eux, l’entendent certainement.
Ces nouvelles sont comme des fables sur l’angoisse de l’avènement d’un monde complètement déshumanisé ; et la lueur positive est la capacité de l’homme à résister à son petit niveau, et à offrir de la tendresse très discrètement.
Texte à rapprocher de ceux de Cécile Coulon.

Collette, Sandrine. - Un vent de cendres. - Denoël. - 260 p. - 18€
Laure, Octave et Andréas reviennent d'un mariage. Un moment d'inattention et c'est l'accident. Laure meurt sur le coup, Andréas son compagnon perd la raison, Octave est défiguré.
Nous sommes en Champagne, dix ans après l'accident. C'est la saison des vendanges. Camille et son frère Malo viennent pour huit jours avec des amis. Bien que balafré et boiteux, Octave s'occupe de l'accueil des saisonniers, aidé de Lubin, le régisseur. Il veut renouer avec le monde extérieur, contrairement à Andréas qui reste cloîtré à l'étage, ne voulant voir personne.
Travail harassant, suivi de soirées bien arrosées. Il règne malgré tout une atmosphère étrange dans cette grande propriété. Malo a des raisons d'être inquiet. Il s'est aperçu qu'Octave n'avait d'yeux que pour Camille, qui elle-même se sent attirée par Octave. Ce que Malo ignore, c'est que Camille est pour les deux hommes meurtris un fantôme, tant elle ressemble à Laure à s'y méprendre. Elle va faire resurgir une vieille douleur d'une part, une jalousie d'autre part.
Après une violente dispute avec sa sœur Malo va disparaître. Où est-il ? Reviendra-t-il ?
Après Des nœuds d'acier, grand prix de littérature policière 2013, un bon cru pour ce deuxième roman policier.

COOK, Kenneth. - La bête. - Autrement. - Traduit de l’anglais (Australie). - 270 p. - 19€
Le territoire australien compte de nombreuses plaies qui ravagent les terres, une en particulier : les cochons. Après avoir été capturé vivant, l’un de ces spécimens, qui se distingue par sa taille et son intelligence, trouve la fuite et fait régner la terreur. Un spécialiste se lance dans une traque effrénée pour parvenir à le capturer. Mais cette chasse, qui se joue au péril de sa vie, lui réserve bien des surprises…
Kenneth Cook livre un récit haletant et enlevé. On se demande à chaque chapitre qui, de l’homme ou de l’animal, va finalement sortir vainqueur. Une traque narrée avec brio, mais qui emploie un vocabulaire parfois trop spécialisé pouvant perdre le lecteur. Beaucoup de suspens et un bon moment de lecture, avec des passages très amusants.

DANES, Martin. - Le char et le trolley. - Vents d’ailleurs. - 192 p. - 20€
Zdeněk, conducteur de trolleybus, est employé depuis de nombreuses années par la compagnie des transports urbains de Budweis, petite ville de Tchécoslovaquie. Son travail, c’est sa vie. Il aime son « trollinet » comme un animal de compagnie (d’ailleurs, sa femme, pour avoir une véritable compagnie, a un chien). Il entend même, parfois, une petite musique émise par l’engin. Seulement, l’Administration veut fermer les lignes de trolley, et les remplacer par des autobus, plus souples dans les parcours et utilisant le pétrole soviétique. Peu à peu, ses collègues sont tous obligés (mais, pas opposés) de suivre des formations et de conduire des bus. Zdeněk entame une véritable croisade auprès de la hiérarchie pour défendre son point de vue, avec une grande naïveté et un certain culot inconscient ! Car nous sommes dans la répression du Printemps de Prague, et les chars sont même entrés dans sa petite ville.
Il y a beaucoup d’humour et de fraîcheur dans le portrait de cet homme, pas de cynisme, ni de grinçant.
C’est un Don Quichotte avec une idée fixe, c’est une fable illustrant l’atmosphère de ces années de plomb qui sont bien présentes, autant par ce qu’en dit sa femme, que par les décisions des autorités locales. C’est l’histoire selon un grand naïf qui ne voit pas plus loin que les perches de son trolley. Un plaisir de lecture !
C’est le premier roman en français de l’auteur, journaliste tchèque.

DAVRICHEWY, Kéthévane. - Quatre murs. - S. Wespieser. - 180 p. - 18€
Un an après la mort de leur père, les quatre enfants et leur mère se retrouvent une dernière fois dans la maison familiale, où les parents avaient recréé un foyer. Cela cèle leur séparation, chacun des « murs » de la maison va vivre sa vie. Tous les cinq se retrouvent deux ans après, en Grèce, berceau de la famille, où l’aîné s’est installé pour une nouvelle tranche de sa vie.
C’est pour chacun d’eux une rencontre importante et difficile. Comment vont-ils gérer ces retrouvailles et les confronter avec le secret qui empoisonne leurs relations par le non-dit. Chacun prendra la parole : l’aîné Saul, par un monologue avec son psychanalyste, puis Hélène, dans ses premiers jours sur l’île, toute en retenue, ensuite les jumeaux, par leur conversation sur le bateau qui les emmène sur l’île. Tous ont une souffrance sous-jacente et différente pour chacun. Le fantôme du cousin Dimitri reste très, trop présent pour Hélène et Saul. Sa mort accidentelle dans la voiture conduite par Hélène a étouffé un amour impossible. Leur vie s’est construite autour de cet interdit.
Avec beaucoup de subtilité, l’auteur fait émerger les souvenirs par petites touches chez chacun, en même temps que les rancœurs et les incompréhensions, qui les ont fait souffrir. Il semble que ces retrouvailles leur permettront d’oublier les blessures du passé et de s’en émanciper au lieu de continuer à gratter leurs plaies.
Il est temps pour eux d’accepter de renoncer aux rôles assignés et aux habitudes familiales pour vivre sa propre existence.
L’auteur, avec beaucoup de discrétion et de sensibilité, nous fait partager une leçon de vie. Donner la parole à chacun des enfants met en lumière plusieurs points de vue, et donne de l’épaisseur à cette saga familiale.

DELAHAYE, Olivier. - Le ventre lisse. - H. d’Ormesson. - 184 p. - 16€
Le héros est un jeune garçon de 13 ans qui rêve du corps féminin, devant les statues au ventre lisse au musée ou les antiquités de son père. Sa mère Blanche le surveille étroitement, le fait voir à un psy et gère la maison devant son mari qui a abdiqué !
Romain n'arrive pas à savoir comment sont faites les femmes malgré plusieurs tentatives. Il rencontre Flore, une jeune professeur de piano aveugle avec qui il veut prendre des cours, et pas seulement de musique... Il fait croire à ses parents qu'il suit la psy pour garder sa liberté. Mais un jour, ceux-ci découvrent la supercherie. Romain a appris grâce à eux, le mensonge et la dissimulation. Il est tombé amoureux de Flore et découvre la sensualité, le bonheur et les différents sens. Son père le soutient alors contre Blanche, et constate que son fils est devenu un homme.
Ce premier roman au sujet un peu scabreux s’avère très beau et réussi : la relation au corps ne tombe jamais dans le voyeurisme, Romain passe de l'enfance à l'âge adulte ; tout est décrit en finesse dans un style élégant. Une belle découverte.

DENYS, Ivan. - Lycéen résistant. - Signes et balises. - 216 p. - 15€
Ivan a 14 ans en 1940. Il intègre le Lycée Janson de Sailly à Paris en classe de 3ème. Très vite, aidé par sa mère et sa grand-mère, il développe une conscience politique et participe à la manifestation du 11 novembre, commémoration que Pétain a décidé de supprimer. À partir de là, il va devenir résistant dans un Paris occupé.
Récit dans la capitale d‘hier et d’aujourd’hui, les lieux, les métros, et même la banlieue, où ces jeunes se déplacent, vivent et résistent.
Témoignage aussi de ce qui anime un jeune, ses peurs, l’aide qu’il trouve auprès des adultes, les drames et les joies.
Grâce à sa lecture aisée, ponctuée de dates historiques de noms connus et du quotidien de cette époque, ce document permettra à des jeunes de travailler facilement sur ces questions.
Pour ados…

FRADIER, Catherine. - Le stratagème de la lamproie. - Au diable vauvert. - 507 p. - 20€
Une vague d’attentats frappe le secteur des hydrocarbures, plate-formes pétrolières dans le Nord de l’Europe, tankers dans le golfe de Suez… Les services secrets des Etats concernés et du monde sont en pleine ébullition. Eléonore de Coursange, dite Léo, personnage déjà rencontré dans deux précédents romans, directrice de l’Agence de Sécurité Economique, doit mener l’enquête avec son équipe. Ces personnages, se refusant toute vie privée, se consacrent à cette enquête d’envergure internationale. On entre dans le monde des requins, des luttes d’influence pour mettre la main sur les ressources d’énergie. On croise des associations de défense de la planète complètement dépassées. et hors de cause dans cette histoire, des agences de renseignement, le Mossad, des terroristes, les talibans, la mainmise de la Chine sur l’Afrique et les factions congolaises. Toute notre actualité internationale se retrouve dans ce polar ! C’est criant de vérité. On est à l’aube de la troisième guerre mondiale. L’ASE nous entraîne dans une analyse de haut niveau des mécanismes de pistage des tenants et aboutissants des événements On se perd un peu dans les méandres de l’analyse dans la première partie. Ensuite, la traque se fait sur le terrain en Afrique. Léo y croise sa fille, née d’une relation avec un agent secret  russe…
Pour les amateurs d’espionnage, c’est un roman passionnant et très bien documenté. Un peu trapu, pour les non-initiés.

HALFON, Eduardo. - Monastère. - Quai Voltaire. - Traduit de l’espagnol (Guatemala). - 152 p. - 16€
Eduardo et son frère quittent le Guatemala, direction Tel Aviv où ils doivent assister, contraints et forcés, au mariage de leur sœur avec un juif orthodoxe. À l’aéroport Ben Gourion, Eduardo retrouve par hasard Tamara, une jeune israélienne qu’il avait rencontrée des années auparavant dans un bar au Guatemala. Tamara lui propose de le revoir pour lui faire visiter la ville et ses environs.
Ce « voyage » en Israël va être l’occasion pour Eduardo de s’interroger sur ses origines et son identité juives, de revenir sur son passé et sur celui de ses grands-parents aux trois-quarts arabes et de son grand-père paternel, juif, rescapé d’Auschwitz.
Dans la moiteur de la ville, dans la promiscuité du quartier ultra-orthodoxe, Eduardo sent naître un malaise. Être juif est-il un héritage ? Quelles sont ses racines ? Lui qui s’est toujours senti athée s’interroge sur sa part de judaïsme.
C’est finalement Tamara, la belle israélienne, qui en l’emmenant faire une excursion sur les bords de la Mer Morte va l’aider à se retrouver et à se réconcilier avec ses racines.
J’ai été séduite par ce roman où alternent humour et profondeur. La part d’autobiographie ne fait pas de doute même si le personnage d’Eduardo évoque beaucoup ceux qu’incarne à l’écran Woody Allen. C’est un roman délicat sur le thème des origines et des souvenirs.
Je regrette cependant qu’il soit aussi court et parfois un peu décousu.

HALLUIN, Bruno d’. - L’égaré de Lisbonne. - Gaïa. - 250 p. - 18€
Ce roman, composé de trois parties (la mer, la carte, la terre) vous fera partir à la découverte des limites du monde en 1500…
Le narrateur, personnage réel, nouveau-chrétien, João Faras, médecin-chirurgien malgré lui et cosmographe du roi du Portugal part pour un voyage périlleux, avec une armada de onze nefs et caravelles, en direction de l’océan Indien. Il est chargé de reconnaître les constellations australes, et de trouver comment évaluer la position du navire par rapport aux étoiles du Sud. La première tempête engloutit quatre bateaux et douze hommes, dont le frère du capitaine. Les hommes débarquent sur une île qui ne figure pas sur les cartes. Ils semblent perdus et manquent de vivres. Ils se ravitaillent à Mogadiscio ; seuls huit hommes feront le trajet de retour. João rentre après 15 mois de mer, en mauvaise santé et dépressif. Victime de cauchemars, il ne souhaite plus réembarquer.
Il est chargé de voler, pour le compte d’un espion italien, le splendide Padrão Real destiné au roi (Gaïa a inséré judicieusement la carte en couleurs dans les rabats de la couverture), qui reproduit l’état du monde connu à travers ses trois parchemins enluminés.
La troisième partie s’ouvre sur le tremblement de terre de Lisbonne de 1504, puis la peste arrive en 1505. Les nouveaux-chrétiens, jugés responsables des fléaux, se font massacrer par milliers.
Comment le Portugal, pays plutôt minuscule a-t-il réussi à conquérir -de façon prétentieuse ?- une grande partie du monde, avec le soutien du pape. Évidemment, cette conquête du monde a un coût : les mesures de l’astrolabe sont assez fantaisistes, les maladies et tempêtes nombreuses, certains indigènes sont cannibales.
Contient également un précis historique et une carte de l’expédition.
Une belle découverte que ce roman historique bien documenté et enlevé.

HUCHU, Tendai. - Le meilleur coiffeur de Harare. - Zoé, Ecrits d’ailleurs. - Traduit de l’anglais (Zimbabwe). - 250 p. - 20€
Le salon de Madame Khumalo est un des plus courus de la capitale du Zimbabwe : Harare. Vimbai, une fille-mère de caractère, en est la reine et sa patronne lui pardonne volontiers ses retards, car les plus prestigieuses clientes ne jurent que par elle. Mais son trône va pourtant très vite vaciller, suite au recrutement d’un nouveau collègue, Dumi. Beau, attentionné, séducteur, il s’avère encore plus doué qu’elle. Les clientes se détournent de Vimbai les unes après les autres. Dumi, il est vrai, a tout pour plaire, mais ce célibataire semble aussi bien seul, et très secret…
Le salon de coiffure de Madame Khumalo représente le miroir d’une société à la fois traditionnaliste et individualiste. Derrière les commérages distillés sur un ton léger, on en apprend beaucoup sur la société actuelle du Zimbabwe : rejet mêlé d’attirance pour l’occident, toute puissance de l’argent, inégalités sociales criantes…
Ce roman -qui aborde certes un sujet grave et tabou (l’homosexualité en Afrique)- s’avère donc dans le même temps très instructif. Servi par un style direct et imagé, il est d’une lecture vraiment agréable.

JOHNSON, Craig. - Molosses. - Gallmeister, Noire. - Traduit de l’américain. - 313 p. - 23€
Walt Longmire, le shérif désabusé de Durant revient pour une nouvelle aventure.
Nous retrouvons avec un infini plaisir Vic et le Basque, ses adjoints, Henry Standing Bear dit la Nation Cheyenne, son ami et les autres habitants de cette petite ville.
Le temps passe lentement à Durant. Bien sûr, il y a quelques cadavres, mais Walt Longmire traîne toujours sa carcasse décatie suivi du Chien (son chien).
Bien heureusement, il se sortira des embrouilles pour nous faire partager d’autres aventures avec le Chien, Vic, La Nation Cheyenne et peut-être Cady (sa fille chérie).
J’attends avec impatience le prochain volume.

JONES, Craig. - Tout ce que j’ai trouvé sur la plage. - J. Losfeld. - Traduit de l’anglais. - 222 p. - 21€
Dès le prologue, un cadavre est retrouvé sur une plage galloise. Qui est cet homme ? Pourquoi est-il mort ?
En chapitres alternés, l'auteur nous présente deux hommes qui, pour des raisons différentes, ont tous deux besoin d'un coup de pouce du destin pour avancer dans la vie.
Grzegorz est un ouvrier polonais venu au Pays de Galles avec femme et enfant pour offrir une vie meilleure à sa famille. Comme la plupart des habitants, il travaille aux abattoirs. Pour améliorer son salaire, il accepte tout boulot supplémentaire, comme ramasser des coques sur la plage, jusqu'au jour où on lui propose un travail mieux payé mais « top secret ».
Hold est un pêcheur gallois qui travaillait dans une conserverie avec Danny, son ami d'enfance. A la mort de celui-ci, Hold décide de retourner à la chasse et à la pêche. Il cherche par tous les moyens de gagner de l'argent. Une nuit sur une plage, alors qu'il sort ses filets de la mer, un bateau échoue avec un cadavre et une grosse quantité de drogue à bord. Aucun témoin. Est-ce le signe qu'il attendait ? Comment revendre ce stupéfiant ? Qui contacter ? Y parviendra-t-il ?
Un voyage en terre galloise à ne pas manquer.

JOSEPH, Manu. - Le bonheur illicite des autres. - P. Rey. - Traduit de l’anglais (Inde). - 331 p. - 19€
A Madras, dans les années 80, Unni, un adolescent de 17 ans, se jette dans le vide de la terrasse de son immeuble. Personne ne comprend son geste, car il ne laisse aucun indice, aucune explication.
Trois ans plus tard, Ousep Chacko, obsédé par la disparition de son fils, récupère un courrier posté par Unni le jour de sa mort, contenant une bande dessinée sans texte dont il ne comprend pas le sens. Pour faire son deuil et se reprochant ses absences fréquentes dues à l’alcoolisme, il entame une (en)quête sur le passé du jeune homme et rencontre ses anciens camarades d’école, susceptibles de lui fournir des explications. En cours de l’investigation, il découvre le caractère d’Unni, ses réactions, sa sensibilité et l’influence qu’il exerçait sur son entourage et parvient à la personne qui détient la clé du secret…
Ce roman, malgré un fond plutôt triste, n’est ni pathétique ni désespérant.
Le destin de la famille Chacko dépend des traditions et évolutions de la société indienne. Les adolescents se transforment en adultes responsables qui ont acquis une philosophie de la vie et une certaine sagesse.
Le texte, assez original, annonce un renouveau dans la littérature indienne.

JUHEL, Fabienne. - Julius aux alouettes. - Le Rouergue, La brune. - 205 p. - 19€
Un village breton banal, une famille : deux adultes, deux enfants, une grand-mère. Chacun a ses petites habitudes, ses occupations, ses secrets.
Un jour, arrive Julius, un homme noir, différent des autres. Un Élu ? Un messie ? Il se voit lui-même comme une «passerelle » qui vous relie au paradis vert de l’enfance». Adaptant le langage à chaque personne, il est adopté par tous, comme quelqu’un de proche. Et le miracle va se produire : Julius réussit à pénétrer dans les cœurs des hommes et, à dévoiler leurs désirs les plus profonds ; il sera leur «miroir aux alouettes».
Le personnage de Julius est découvert par bribes, dans ce roman-puzzle à plusieurs voix : on découvre son arrivée dans le village, son séjour et sa mission.
L’ambiance demeure très solennelle, comme si Julius était vraiment un être surnaturel, venu pour sauver le monde.
Cette magie a totalement opéré sur moi, tout comme le langage métaphorique.
J’ai donc adoré ce livre OVNI…

KAHN, Michèle. - La clandestine du voyage de Bougainville. - Le Passage. - 252 p. - 19€
M. de Bougainville part avec sa flotte, l'Etoile et la Boudeuse, pour un tour du monde afin de trouver des épices, des terres...
Il emmène des scientifiques, dont Philibert Commerson, botaniste, qui découvre une fleur violette qu'il baptise la bougainvillée. Il a une amante, Jeanne Baret. Bien décidée à quitter sa vie monotone, Jeanne convainc Philibert de l’emmener à bord de l’Etoile en qualité de valet. Il réclame donc un "assistant", Jean Bonnefoy ou Jeanne Baret qui se déguise en homme, pour pouvoir embarquer avec son amant. La jeune femme doit adopter le comportement masculin et cacher sa véritable identité. Les dons en herboristerie de Jeanne et sa volonté de fer viennent à bout des réticences de l’homme de science. Mais comment dissimuler tout le voyage sa féminité à l’équipage ? Ce n'est qu'en 1768 que Bougainville découvre que Jean est une femme ! La supercherie aura duré presque deux ans, et elle est la première femme à faire le tour du monde.
L’histoire vraie d’une femme hors du commun, la seule de son époque à avoir pu effectuer -travestie- à l’égale des hommes un tour du monde à la conquête de nouvelles terres.
La clandestine du voyage de Bougainvillle est un roman dépaysant et passionnant. Le récit est alerte comme tout roman d'aventures.

LENNON, J. Robert. - Mailman. - Mr Toussaint Louverture. - Traduit de l’américain. - 668 p. - 23€
Albert Lippincott est facteur dans une petite ville américaine, Nestor. Il passe ses journées à distribuer le courrier et à faire la navette entre le centre de tri et les usagers qui lui confient aussi leur correspondance. Comme personne ne contrôle son travail, il se distrait en lisant le courrier des autres, en photocopiant et classant ce qui lui paraît intéressant ! Ainsi, il connaît bien la population de la ville et les histoires de ses habitants… Mais, un jour, une lettre décachetée se retrouve abîmée et n’arrive pas à l’adresse indiquée, dans les délais prévus. Le suicide du destinataire de la lettre perturbe le facteur qui remet en cause toute son «éthique» habituelle. Ayant besoin de changer d’air, de réfléchir sur lui-même, car sa santé se dégrade, Albert part au Kazakhstan, ensuite en Floride. Il n’échappe pas au passé qui le rattrape…
670 pages sur un anti-héros paranoïaque, dépressif, malhonnête MAIS touchant.
Les réflexions d’Albert sur les gens qui l’entourent font de ce roman, lent mais pas ennuyeux, une comédie noire et permettent de découvrir une vision de l’Amérique de la fin du XXe siècle.

Lokugé, Chandani. - La plage aux tortues. - Aux forges de Vulcain. - 263 p. - 15€
Aruni, une jeune Australienne, se rend au Sri Lanka, son pays natal, à la recherche de ses origines et de l'histoire de sa mère.
En partant là-bas, Aruni est persuadée qu'elle va retrouver les siens, ses semblables, sa famille, un groupe.
Mais entre Occident et Orient, la jeune femme est rapidement confrontée à des incompréhensions et des silences pesants avec son oncle Priya qui l'évite, et Simon, un ami de sa famille. Que dissimulent-ils à Aruni? Les deux hommes ne semblent pas pressés de lui raconter l'histoire de sa mère Mala.
Durant son voyage, Aruni va aussi découvrir les plages du Sri Lanka, la moiteur de l'atmosphère et la sensualité des corps. À l'hôtel où elle loge, elle rencontre Paul un homme marié, avec qui elle flirte.
Les hommes la regardent, Aruni se sent chez elle, en connexion avec les Sri Lankais, mais ceux-ci ne la perçoivent pas de la même façon.
Objet de désir, d'envie ? La jeune femme semble provoquer une certaine réaction de violence chez les autochtones.
Chandani Lokugé, originaire du Sri Lanka, montre comment il est difficile d'être entre deux mondes et pose la question de l'appartenance. Le récit est profond et violent, et la rencontre des deux n'est pas sans chocs et sacrifices pour ses personnages. La fin est terrible.
À méditer....

LUCE, Damien. - La fille de Debussy : Chouchou ou l’enfant muse. - H. d’Ormesson. - 152 p. - 16€
En 1918, Claude-Emma Debussy, surnommée Chouchou, fille du musicien âgée de 13 ans, débute son journal intime après la mort de son père. Elle y consigne son deuil, entreprend de jouer ses partitions en hommage. La jeune fille raconte son idylle avec Marius, son témoignage de la fin de la Grande Guerre, son amitié avec Gabrielle. Alors qu'elle rêve de retrouver Marius pour l'été, elle mourra de la diphtérie.
Damien Luce se met dans la peau de l'adolescente avec beaucoup de sensibilité, ça sonne juste, c'est un joli récit qui nous touche, raconté avec humour et des jeux de mots détournés. L’auteur cherche avant tout à se forger un style, cela passe avec l’histoire à raconter. Le roman donne envie de réécouter l’œuvre du musicien, dont l’auteur a lu toute la correspondance et découvert ainsi Chouchou. En rencontrant cette gamine légère au destin tragique, il décide d’imaginer son journal intime.
Sans doute son meilleur roman.

MACHART, Bruce. - Des hommes en devenir. - Gallmeister, Nature writing. - Traduit de l’américain. - 193 p. - 22€
Ces nouvelles mettent en scène des hommes ne se berçant plus d’illusions. Il leur manque à tous quelque chose dans la vie. Parfois, c’est un léger regret qui finit par prendre trop d’importance, ou c’est beaucoup plus lourd, la perte de tous les êtres chers, avec l’impression d’être seul au monde. D’autres fois c’est s’apercevoir que l’on n’a rien ni personne à qui l’on tient... Ces hommes tous différents, plus ou moins heureux, ont aussi en commun d’être courageux, et chacun à leur manière feront preuve de clairvoyance.
Avec beaucoup de talent, l’auteur nous entraîne à bord des pick-up le long des routes du Texas, dans l’Amérique profonde. Sans fioritures, il met à nu l’âme humaine. C’est remarquablement rythmé et bien écrit ; un vrai coup de cœur.

MC MURTRY, Larry. - Duane est dépressif. - Sonatine. - Traduit de l’américain. - 598 p. - 22€
Duane gare son pick-up, cache les clés et décide de ne se déplacer qu’à pied. Il va aussi s’installer dans sa cabane, à l’autre bout de sa propriété, et ne plus gérer son entreprise de forages pétroliers. Bref, pour tout son entourage, sa femme la première, Duane est dépressif. Au Texas, on ne vit pas comme ça. Ce n’est pas normal, donc il faut se faire soigner. Mais Duane a 62 ans et prend conscience qu’il a passé toute sa vie à se conformer à ce que d’autres attendaient de lui, lui le premier. Mais c’est fini, désormais, il vivra comme il l’entend ! Mais peut-on  si facilement changer de vie ?
Une question on ne peut plus actuelle et qui trouvera un écho chez chaque lecteur.
Commencé comme une comédie, ce roman diffuse peu à peu une douce mélancolie. De courts chapitres nous entraînent avec Duane vers une autre vie, et si ce roman n’est pas exempt de moments tristes, voire tragiques, il est aussi apaisant et étrangement rassurant.
Troisième opus d’une série, il peut se lire indépendamment.

MAZETTI, Katarina. - Le viking qui voulait épouser la fille de soie. - Gaïa. - Traduit du suédois. - 253 p. - 20€
Katarina Mazetti a changé d’univers avec son dernier roman Le viking qui voulait épouser la fille de soie. Elle nous dépeint d’un côté l’histoire d’une famille vivant dans le sud de la Suède, les Säbjörn. De l’autre, elle nous raconte la vie de la famille de Chernek qui vit à Kiev. Les Säbjörn ont suffisamment d’argent pour bien vivre, mais depuis la disparition de la chef de maison la ferme est moins bien entretenue.
La famille de Chernek vit aisément dans la belle ville de Kiev. Elle a toujours connu la richesse et le confort, mais lorsque la ville est assiégée, elle doit fuir. Ils rencontrent alors le fils ainé de Säbjörn.
L’auteur a écrit une postface dans laquelle elle indique les passages du livre qui relèvent de l’Histoire, les traditions qui existaient réellement chez les Viking et les Chrétiens à l’époque, ainsi que les lieux que l’on peut actuellement visiter en Suède.
Les amateurs de Katarina Mazetti qui souhaitent retrouver un texte proche du Mec de la tombe d’à côté, seront peut-être un peu déçus. Mais c’est un bon roman historique sur cette période.

QIU XIAOLONG. - Dragon bleu, tigre blanc. - L. Lévi. - Traduit de l’américain. - 289 p. - 19€
Sous couvert d’une promotion ronflante, l’inspecteur Chen est -dans les faits- démis de ses fonctions et se retrouve à un poste, sans aucun pouvoir. De plus, il a toutes les raisons de croire que sa vie elle-même est menacée. Cela ne l’étonne guère, car il a mené dans le passé de nombreuses enquêtes qui allaient contre les intérêts de puissants personnages, plus ou moins liés au parti unique au pouvoir. Sa situation semble plus que jamais précaire, alors qu’au même moment un ambitieux « prince rouge » et son épouse règnent en maîtres sur la ville de Shanghai.
Cette dernière enquête de l’inspecteur Chen s’inspire d’un fait réel retentissant, qui a fait la une des journaux en Chine et ailleurs (le scandale Bo Xilai). Ce polar bien écrit et plein de rebondissements séduit autant par l’intrigue que par la description des mœurs de la Chine contemporaine. En plus d’avoir été captivé par l’histoire, je lui ai trouvé aussi un intérêt sociologique.

SAER, Juan José. - L’ancêtre. - Le Tripode. - Traduit de l’espagnol (Argentine). - 185 p. - 17€
Le départ du livre est l’histoire réelle d’un Espagnol, qui a vécu parmi les indigènes au début du XVIe siècle.
Ici, le narrateur, 15 ans, s’embarque comme mousse, en quête d’aventures. A 27 ans, il rejoint l’Espagne en ayant perdu sa langue, et raconte ses aventures 60 années plus tard.
Après une longue traversée, les hommes débarquent et sont tous tués. Le narrateur est miraculeusement épargné et le seul survivant du massacre, le « def-ghi » se retrouve parmi 94 Indiens très courtois, installés près d’un large fleuve. Les indigènes vivent nus, dans des huttes, se chauffent à l’argile, pêchent, boivent de l’alcool et pratiquent l’amour en « communauté » et le cannibalisme.
Le jeune orphelin reste dans la forêt vierge pendant dix ans et observe ces hommes. Il apprend leur langue, les différences entre les tribus, et à préserver la nature. Sa répugnance cède, il admire leur courage, leur habileté et veut les comprendre sans les juger. Il témoigne de la culture de ce peuple disparu, vivant en osmose avec la nature.
Un jour, arrivent de nouveaux bateaux d’occidentaux qui le ramèneront en Europe. L’Espagnol reste marqué par cette expérience.
L’auteur a su éviter de mettre le lecteur mal à l’aise, lors des scènes particulièrement immorales à nos yeux. Les descriptions de la nature contrebalancent les quelques orgies du roman poétique et philosophique.

SIEPEN, Stefan aus dem. - La corde. - Ecriture. - Traduit de l’allemand. - 153 p. - 16€
Dans un village en bordure d'une forêt profonde et à plusieurs jours à pied du hameau le plus proche, vivent des paysans avec leurs femmes, leurs enfants et des vieillards. Ils mènent une existence paisible, jusqu'au jour où Bernhardt découvre une corde tressée et épaisse qui s'enfonce dans la forêt. A qui peut-elle appartenir ? Où va-t-elle ?
Tôt le matin Bernhardt commence à suivre cette corde, mais il revient vite au village. Bien que ce soit la période des moissons, les hommes décident de partir pour élucider le mystère. L'instituteur au pied bot, Rauk, qui leur servira de guide, a trouvé là un malin plaisir à prendre sa revanche sur des paysans plus ou moins incultes. Lui, sait parler.
Plus les hommes pénètrent dans la forêt, plus ils mettent en péril leur propre existence, mais la fascination de l'inconnu est plus forte. La randonnée va se transformer en une aventure aussi dangereuse que bizarre… Les femmes n'ayant aucune nouvelle s'inquiètent. C'est l'existence de tout un village qui est en jeu.
Présenté sous forme de conte, ce roman offre une réflexion sur les passions humaines, ou comment l'apport d'un élément étranger au sein d'une société peut semer le chaos.

STURM, Hélène. - Walter. - J. Losfeld. - 158 p. - 16€
L'auteur nous invite à faire « un bout de chemin » avec Walter son héros, un garçon sensible et peu bavard. A 13 ans, il vit seul avec sa mère qui lui permet de tout lire. A 10 ans, il avait déjà dévalisé la bibliothèque municipale, son ambition écrire, mais comment s'y prendre. Walter se lance avec une pièce de théâtre, prend un cahier neuf, y écrit une liste de titres, de personnages, en barre quelques-uns car ils sont trop nombreux, ébauche des caractères, plante enfin le décor. En panne d'inspiration, il n'ira pas plus loin que la deuxième scène.
Deux ans plus tard, il s'attaque à la rédaction d'un carnet d'aphorismes, qu'il abandonnera, car il n'est pas interdit de prendre son temps. Il imagine ensuite une correspondance entre ses deux amis Josselin et Férréol. Finalement, la vie « l 'emmerde ». A 18 ans -bac en poche- il est à nouveau tenaillé par l'envie d'écrire. Toujours aussi triste et angoissé à son retour de vacances avec ses amis, sa mère décide de l'envoyer chez son oncle en Amérique, où il emportera avec lui non pas ses cahiers, mais un paquet de feuilles blanches.
Arrivera-t-il un jour au bout de quelque chose ?
Au travers du jeune Walter qui a du mal à s'insérer dans le monde et ne peut vivre sans écrire, l'auteur nous fait vivre l'écriture et ses difficultés.
Un roman doux-amer comme la vie,  avec le sommeil pour refuge.

TAZO, Mathieu. - La dynamique des fluides. - Daphnis et Chloé. - 291 p. - 18€
1989 : Au cours d’un vol long-courrier, neuf passagers sont happés par l'ouverture d'une porte à l'avant de l'appareil. Vingt ans plus tard, Théodore et Dimitri, jumeaux rescapés et orphelins, sont devenus incompatibles : Théodore est un mathématicien reclus et obsessionnel qui consacre sa vie à résoudre le mystère de la dynamique des fluides. Dimitri court d'une émission à l'autre pour y présenter son roman à succès. Un soir de tempête, il disparaît, laissant seul son double, asocial et sans ressources. Choqué par les mensonges débités par les journalistes, Théodore part à la recherche de la vérité.
Sur fond d'énigme scientifique et de manipulation médiatique, cette enquête épique est menée tambour battant, de Paris à Saint-Pétersbourg. Les personnages évoluent entre la crasse et la beauté, la peur et l'espoir.
Une histoire sur la gémellité de plus ? Encore une critique de la société et des médias ? Que non ! Attention, prix d’excellence pour ce premier roman réussi : l’intrigue est très originale et agréable à lire. Le lecteur est tenu en haleine de bout en bout, et les personnages sont attachants.
Pourtant la couverture ne semble pas engageante, mais elle attire l’œil néanmoins : combien d’usagers du métro ont-ils attrapé un sérieux torticolis en tentant de lire le titre ou l’auteur… Quoi ? un nouveau théoricien de la dynamique des fluides dont les médias n’ont pas encore parlé ? Me voici donc, grâce à Mathieu Tazo, passée dans la cour des lecteurs scientifiques… Amusant, non ?
Achetez-le de toute urgence !

VERLET, Agnès. - Le bouclier d’Alexandre. - La Différence. - 282 p. - 20€
L’auteur nous narre l’histoire de la famille Tanenbaum, morte d’avoir été juive. La mère a été arrêtée en 1942 à Paris, déportée à Auschwitz et assassinée, ainsi que sa sœur, sa tante, et le père en 1943. Que ce livre leur serve d’épitaphe, les survivants verront leur nom changé pour le roman. Il a demandé un long travail de recherche et d’écriture, où l’auteur ayant vaincu ses blocages, choisit la première personne.
A 25 ans, la narratrice apprend que son frère Paul n’est pas son frère. Pourtant, il n’en a jamais été rien dit aux dix enfants : « Parmi tous mes frères, puisque j’en ai 7, je sais qu’il est différent, mais on ne doit pas faire de différence. C’est pour çà qu’on ne nous a rien dit ». (p. 22) Ce cinquième enfant, blond aux yeux bleus, n’est pas sur le livret de famille, mais les enfants n’en ont rien déduit. On peut les distinguer filles/garçons, grands/petits, mais ils forment un tout. Paul est le seul qui ait un prénom, les autres sont cités par leur numéro.
La petite fille raconte leur vie quotidienne, ou la maison des vacances. Puis, elle découvre l’univers de l’école. Les aînés partent, mais les doutes restent. La neuvième réclame la vérité devant la fratrie. Elle interroge Paul directement qui avoue son nom biologique. Elle voudrait en savoir plus sur cette famille, mais n’a guère d’indices.
Ce livre délicat est avant tout le roman d’une fratrie, d’une famille nombreuse, liée par un secret, et non la seule chronique d’une extermination.

WILES, Will. - Attention au parquet. - L. Lévi. - Traduit de l’anglais. - 296 p. - 21€
Dans ce premier roman, le narrateur dont on ignore le nom est chargé de surveiller l’appartement d’un ami d’université, Oskar, compositeur brillant, parti en Californie régler sa procédure de divorce Cet appartement est situé dans un pays d’Europe de l’Est fraichement sorti du communisme et dont le nom n’est jamais mentionné. Le narrateur quitte alors Londres où il vit et son travail laborieux de rédacteur de notices explicatives en espérant trouver l’inspiration pour écrire un roman. L’appartement pourrait figurer dans un magazine de décoration. Oskar, maniaque compulsif, a d’ailleurs judicieusement disséminé des mots de mise en garde concernant son entretien et plus particulièrement celui du parquet en chêne ainsi que le soin à apporter à ses deux chats. Très vite le séjour va virer au cauchemar: notre narrateur décontenancé face aux contraintes d’utilisation des lieux, voit, impuissant, se dégrader ceux-ci.
A la fois drôle et inquiétant, absurde et grinçant, ce roman dénonce notre attachement futile aux choses matérielles et les contraintes que nous nous imposons. A l’aide d’un scénario catastrophe aux épisodes hilarants, l’auteur maintient le lecteur dans une sensation de malaise et une tension sous-jacente.
C’est un roman que j’ai eu plaisir à lire et qui m’a déclenché de nombreux fous rire.

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