Commission Petits éditeurs de septembre 2015

BiB92 - Commission Petits éditeurs de septembre 2015

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Ananissoh, Theo. - Le soleil sans se brûler. - Elyzad. - 107 p. - 15€
Deux personnalités africaines émergent de ce court roman : Charles Koffi Améla, l’ex-ministre de l’éducation togolais sortant tout juste de la prison et Sony Labou Tansi, romancier, poète et dramaturge congolais, malade du sida, en soins intensifs à Paris. Le pacte d’amitié liant les deux hommes, oblige Améla à faire venir son ami-frère au Togo pour qu’il puisse y mourir en paix. Il contacte toutes ses anciennes connaissances (entre autres, l’écrivain ivoirien Kourouma) mais personne ne veut plus s’engager pour l’aider… Ayant pour fond les relations diplomatiques entre les pays d’Afrique francophone et la dictature, l’auteur démontre la solitude d’un homme écarté du pouvoir, impuissant, désabusé. C’est le premier volet d’une nouvelle collection « Vies et demie » consacrée aux écrivains africains (Sony Labou Tansi étant lui-même l’auteur d’un roman « La vie et demie »).

Bosch, Xavier. - Bouclage à Barcelone. - L. Levi. - Traduit du catalan. - 267 p. - 18€
Ex-présentateur vedette, Dani Santana est promu directeur de rédaction d’un grand quotidien. Il a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie. Jusqu’au jour où le chef de la rubrique société, grâce à ses relations dans la police et dans la pègre, lui apporte une enquête digne de figurer en Une. Mais qui manipule qui ? Excellent polar qui se déroule dans le milieu journalistique. C’est intéressant, bien écrit, bien composé… Le roman nous tient en haleine de bout en bout, avec une fin surprenante !!! Que demander de plus ?

Brody, Jessica. - Inaccessible (Unremenbered, vol. 1). - Au diable Vauvert. - Traduit de l'anglais. - 438 p. - 18€
Séra se réveille, dans l’eau, au milieu des débris d’un crash d’avion. Elle est la seule survivante. Elle ne sait plus qui elle est ; certains objets du quotidien lui sont inconnus (télévision, voiture…). Un soir, un jeune homme entre dans sa chambre, il prétend être son petit ami. Il lui dit de se méfier de tout le monde, car elle est en danger, puis il disparaît. Qui est-elle, à qui faire confiance ? Séra doit retrouver ses souvenirs… C’est un récit à la première personne, on suit Séra dans ses recherches pour découvrir qui elle est et ce qu’il lui est arrivé. Le roman mêle bien action et psychologie. Premier tome d’une trilogie, terminée aux Etats-Unis. Un film tiré du livre est en cours d’adaptation, pour une sortie prévue en 2016. Les prochains tomes sortiront au printemps 2016.

Calderon, Franck / Moras, Hervé de. - La prétendue innocence des fleurs. - Scrineo. - 382 p. - 20€
Marc Ferrer, juge d’instruction, vit une période difficile. Il est en froid avec son père et n’arrive plus à parler avec sa femme. Il doit soutenir un dossier important dans lequel l’ex-femme de Richard Albuquerque -son pire ennemi- lui offre les preuves qu’il lui manque. Cet avocat est accusé d’avoir fait passer une arme à un prisonnier qui s’est évadé. Huit ans plus tôt, un homme est suspecté d’avoir fait disparaître une jeune fille. Pour sa première affaire, le jeune juge obtient facilement des aveux, mais le cas est annulé pour vice de forme. Il a en face de lui l’avocat Richard Albuquerque. Marc reçoit des bouquets d'iris, de lys et de jacinthes sauvages joliment enveloppés qui le font paniquer de plus en plus et le ramènent au passé. Au fil des pages, il semble au bout du rouleau et risque de tout perdre, y compris la vie. Pourquoi s’acharne-t-on sur lui ? Comment pardonner ? Il lit une annonce dans le journal de la part d’un botaniste décédé, qui lui est adressée. Le juge est décidé à aller au bout de ce jeu de piste, en étudiant le langage symbolique des fleurs et en parcourant les cimetières. Malgré de bonnes critiques sur Internet, ce roman annoncé comme un polar palpitant aurait mérité d’être plus concentré, tel un élixir d’iris.

Cathrine, Arnaud. - Pas exactement l’amour. - Verticales. - 245 p. - 18€
Arnaud Cathrine signe dans ce recueil 10 nouvelles dont huit sont écrites à la première personne. La nouvelle est un exercice difficile. Arnaud Cathrine y excelle, nous entraînant sur les pas de personnages qui vivent des histoires d’amour ou qui croient les vivre. L’amour est là, il leur échappe, tandis que le désir fuit. Lui comme elle sont en équilibre instable entre le « nous » et le « je », entre l’éclosion du sentiment amoureux et déjà le désir de fuite, l’amour partagé et la solitude. Mais tous veulent y croire, sans pour autant se bercer d’illusions. Le ton est mélancolique, teinté d’un humour un peu désenchanté. L’écriture, d’une grande simplicité, décrit avec justesse, ces variations autour du sentiment amoureux. Pour le lecteur, c’est comme une évidence.

Chang, Eileen. - Deux brûle-parfums. - Zulma. - Traduit du chinois. - 197 p. - 17,50€
Deux courts romans de l'écrivain chinoise Eileen Chang (1920-1995), écrits en 1943, se déroulant à Hong-Kong, à l'époque coloniale et retraçant les mœurs chinoises et anglaises d'une époque révolue. Le premier récit est l'histoire d'une jeune collégienne, qui pour poursuivre ses études à Hong-Kong, demande de l'aide de sa tante, une ancienne courtisane, bannie de la famille. Le marché conclu entre la jeune fille et la tante s’avèrera cruel. Le second récit met en scène un homme d’une quarantaine d’années, professeur d'université respecté de la South China University, et qui s'éprend d'une jeune fille d'origine irlandaise, élevée dans une stricte discipline n'ayant aucune notion du désir sexuel d'un homme. La nuit de noces, épouvantée, elle s'enfuit, laissant une image publique de mari pervers... Dans la première histoire, la femme, dans la deuxième, l'homme se font prendre dans les nœuds du mariage. Les brûle-parfums brûlent le temps du récit et s'éteignent avec la fin, laissant le personnage avec son destin scellé. Ces deux romans révèlent donc l'intime d'une société décadente et offrent un moment de lecture agréable, car ils sont très bien écrits.

Chartre, Cécile. - Cœurs de cailloux. - Alice, Le chapelier fou. - 61 p. - 11€
Une vieille femme attend sur un banc, face à l’océan, avec son joli petit chien près d’elle. Au trio de la vieille dame, du banc et du chien, s’ajoute un adolescent transparent, qui passe tous les jours devant, seul, pour aller au lycée. Un jour, le garçon tombe devant le banc et doit s’asseoir. Éléonore lui confie qu’elle attend Théodore, son amour. Elle lui raconte leur rencontre un 14 juillet. Touché par cette histoire, le jeune revient les jours suivants. On découvre enfin dans le dernier chapitre qui est le narrateur. Un style très familier, avec des phrases volontairement répétitives. Une fin plutôt jolie, mais amère. Un roman-nouvelle ? sur le sentiment amoureux éternel et impalpable.
2eme avis : Qui est cette vielle dame assise sur ce banc face à la mer depuis si longtemps ? Qui est cet ado qui s’assoit près d’elle, des cailloux et du chien ? Qui sauvera l’autre ? Ce court roman tout en sensibilité, tout en douceur, qui croise l’histoire et les besoins de deux personnes est un excellent moment de lecture. Ce texte peut être conseillé à des ados !

Chi Zijian. - Bonsoir, la rose. - P. Picquier. - Traduit du chinois. - 176 p. - 20€
« Je ne vous demanderai pas de loyer, juste deux cents yuans par mois pour les frais d’eau, de gaz et d’électricité. Je n’ose pas vous garantir que cela durera, mais nous pouvons toujours essayer ». Ainsi s’adresse Lena Ji, vieille dame juive d’origine russe et qui a fui la Sibérie pour la Chine juste après la révolution d’Octobre, à Xiao’e, une jeune femme célibataire d’origine modeste. Xiao’e accepte, séduite par l’attrait de quartier, le raffinement de la maison, la beauté saisissante de Lena. Une certaine complicité lie d’emblée la propriétaire et sa locataire, qui, pourtant, n’ont rien en commun. Xiao’e est intriguée et fascinée par Lena dont le parcours lui semble mystérieux. Au fil d’échanges, Xiao’e découvre bien des similitudes entre son destin, émaillé de violences et le passé de Lena. Chi Zijian distille des indices et des rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’à la fin du récit. Les trois personnages de femmes (il y a aussi Weina, épouse bafouée et amie de Xiao’e) sont très attachants. Les dialogues sont vifs, le style enlevé et fluide.

Cliff, William. - Amour perdu. - Le Dilettante. - 120 p. - 13€
Recueil de poèmes érotiques très réussi. Le poète aime les hommes et célèbre leurs corps d’une très belle façon. Il évoque aussi très subtilement ses peines de cœur et le sentiment de solitude qui l’étreint parfois. Certaines scènes, plus crues, ne sont jamais choquantes parce qu’elles s’inscrivent dans la description d’une réalité (rencontres pleines de surprises dans un cinéma, ambiances de bars) qui pourraient tout à fait représenter un intérêt sociologique. À réserver à un public averti. Prix Goncourt de la poésie.

Clo, Valérie. - La tyrannie des apparences. - Buchet-Chastel. - 157 p. - 14€
Résumé de l’éditeur : Pour ses dix-huit ans, Thalia reçoit de ses parents le plus beau des cadeaux : ses premières injections pour vieillir prématurément sa peau. Elle sait qu'être jeune est la pire des conditions. Elle a beau teindre ses longs cheveux en gris, elle reste laide. Le monde a bien changé : la jeunesse est devenue maudite et chaotique. Désormais, la vraie vie commence à cinquante ans et le pouvoir est aux mains des anciens. Le père de Thalia, vieillard tout puissant, pense à l'avenir de sa fille et décide qu'il est grand temps de la marier à un homme d'âge mûr. En effet, rien n'est plus choquant et socialement déplacé que de s'unir entre jeunes... Thalia faillira-t-elle à l'ambition de son père ? Après Les gosses, La tyrannie des apparences, ce nouveau roman de Valérie Clo, se moque de notre société et de ses travers. Dans notre société qui recherche la jeunesse éternelle, prendre le parti contraire et faire vieillir prématurément les adolescents permet de montrer la radicalisation de nos travers. Roman d’anticipation. L’histoire se déroule dans un futur proche, dans lequel les adultes auront vécu cette course à la jeunesse et se seront rebellés pour créer un nouveau canon de beauté. Ce texte peut être conseillé à des ados !

Collombat, Isabelle. - La mémoire en blanc. - T. Magnier. - 298 p. - 14,50€
Léonie, 20 ans est une jeune danseuse. Elle vit loin de sa famille pour son travail. Après un spectacle, elle décide de rentrer chez ses parents à Lyon. Mais dès son arrivée, elle reçoit des SMS étranges, elle se sent suivie, puis elle est agressée. Léonie comprend rapidement qu’un grand secret enveloppe sa famille. Mais elle est loin d’imaginer que son adoption a un rapport avec le génocide du Rwanda. L’auteur a choisi d’évoquer le génocide du Rwanda à travers une histoire de famille. On y retrouvera peu de détails sur les faits historiques. Mais l’intrigue est bien tenue, le lecteur prend la place de Léonie. On sent le poids du secret à travers de belles descriptions des relations entre les personnages.

Delaflotte Mehdevi, Anne. - Le portefeuille rouge. - Gaïa. - 281 p. - 20€
Près de Bordeaux, Astride Malinger, relieur doreur au caractère changeant et antipathique, propose à Mathilde, la narratrice, relieuse, de restaurer le Premier Folio de Shakespeare de 1623, acquis dans une brocante. Elle veut lui offrir une reliure somptueuse tout en gardant le secret jusqu’à la vente, vu le coût du trésor ! Astride Malinger est une femme magnifique, raffinée mais froide, méprisante. Mathilde est autant attirée par elle que méfiante. A la place du salaire qui lui est refusé, elle emporte un portefeuille rouge qui s’avère contenir la correspondance du frère de Shakespeare. Ce document a une très grande valeur et la relieuse a mauvaise conscience de le cacher à Astride qui croit qu’il contient des gribouillis d’enfant. Le lecteur est plongé dans une atmosphère délicieusement surannée et en même temps assez maléfique... On passe un bon moment mais l’éblouissement de La relieuse du gué ne se reproduit pas.

Deon, Michel. - Les gens de la nuit. - La Table ronde. - 185 p. - 17€
Victime d’insomnies, Jean Dumont flâne dans Paris la nuit. Il connaît bien son quartier, près du Boulevard Saint-Germain et les boîtes branchées où il emmène les futurs partenaires étrangers de la société « public relations » qu’il avait fondée avec ses deux collègues. Trentenaire, solitaire, accompagné de l’ombre de celle qui l’avait quitté, Jean déambule faisant des rencontres fortuites. Ses nouveaux amis soignent sa mélancolie et ses blessures : Gisèle, une belle à la peau mate et au cœur tendre lui donne de l’amour libre, Lella Blanc, la communiste convaincue et son ami Michel Kostro, peintre et l’ancien SS, de nouveaux repères. Jean améliore les rapports avec son père académicien. Autrefois écrasé par le poids du nom de son père écrivain, il revient à la surface grâce à sa vie nocturne qui lui donne un atout que les autres ne connaissent pas. Nous sommes dans le Paris des années 50 qui ne dort pas ou qui s’éveille vers 5 h du matin avec le bruit des arroseurs de l’Hôtel de Ville et la livraison des cageots de légumes aux Halles. Ce roman a été édité pour la première fois en 1958 chez Plon et a très bien vieilli : la belle écriture de Michel Déon et l’ambiance mystérieuse by night le rendent intemporel.

Elsberg, Marc. - Black out : demain, il sera trop tard. - Piranha. - Traduit de l’allemand. - 475 p. - 23€
Un vendredi soir, en plein hiver, le système électrique européen lâche brusquement. Défaillance ? Menace terroriste ? Les centrales nucléaires deviennent des dangers potentiels pour des millions de personnes. Le compte à rebours est lancé. Il faut agir vite… Demain, il sera trop tard. Excellent suspense pour un polar scientifique de qualité. On apprend beaucoup de choses sur les réseaux européens, les données scientifiques et techniques en jeu. De quoi prendre conscience d’un futur pas très réjouissant. C’est aussi un des intérêts de ce roman : la prise de conscience de cette interdépendance extrême… Ce livre se dévore très aisément même si on n’est pas un spécialiste scientifique…

Farooki, Roopa. - L’art acrobatique de la fugue. - Gaïa. - Traduit de l’anglais (Pakistan). - 396 p. - 22€
Un vieil homme entreprend le récit de sa vie mouvementée. Il est né à Lahore en 1931, d’une mère issue d’une famille musulmane aisée. Le jeune homme part étudier aux Etats-Unis, se fait appeler Mike et entretient le mystère autour de sa personne, tout en se faisant passer pour riche. On suit Maqil (et tous ses différents noms) de décennie en décennie. Il se marie une première fois au Caire, joue au casino à Paris, mène grand train ou est fauché et fera même de la prison. Après la mort de son père, il rentre au Pakistan, puis poursuivra ses périples à travers le monde, dans lesquels il fait beaucoup de victimes qui croient en lui ou les femmes qu’il aime, puis délaisse. Ce personnage narcissique commence à regretter ses fautes à l’aube de la mort…

Fröhlich, Alexandra. - Ma belle-mère russe et autres catastrophes. - Piranha. - Traduit de l’allemand. - 246 p. - 17€
La narratrice, Paula Matthes, avocate allemande, se retrouve au commissariat avec sa belle-mère russe, Darya, pour avoir voulu enterrer leur chien dans un cimetière. Le ton est donné dès le prologue. Un an plus tôt, une inconnue débarque avec son mari dans son cabinet pour le vol du prestigieux violoncelle de Darya. Puis survient le fils qui sert d’interprète, et se met à la draguer ! Bien qu’Artiom soit à l’opposé d’elle, Paula tombe amoureuse, tentant d’oublier son ex. S’ensuivent les préparatifs du mariage et l’invasion de toute la famille d’Artiom dont elle ne peut se défaire. Paula est agacée, secouée et finalement émue du comportement de cette famille mi-direct, mi sans-gêne. Paula doit céder et faire des efforts pour rattraper les écarts de son mari et ceux de sa famille. Elle s’émancipe et est moins une « souris grise » (p.186). C’est un fossé entre deux styles de mœurs très différents : les Russes sont nettement plus expansifs et moins guindés que les Allemands. La belle-famille met la pagaille dans l’ordre et le sérieux allemand. C’est divertissant de suivre ces aventures rocambolesques, un auteur qui mérite bien son nom !

Gazdanov, Gaïto. - Une soirée chez Claire. - V. Hamy. - Traduit du russe. - 169 p. - 18€
Ce très beau texte publié en 1930 est le premier de l’auteur qui s’exila en France en 1923. C’est le premier des neuf romans qu’il a écrit, un roman autobiographique et son seul succès. Pour Nikolaï, 1917 c’est moins le début de la révolution que l’émotion qu’il éprouve lors de sa rencontre avec Claire : « elle avait des ongles roses, des mains très blanches, un corps longiligne, ferme, et des jambes très élancées aux genoux haut placés. » Claire se maria, retourna en France à Paris où elle était née, mais restera dans la mémoire de Nikolaï. En quittant la Russie à bord d’un bateau, Nikolaï ne cessait de rêver de Claire, de sa rencontre avec elle. Une soirée chez Claire et ses souvenirs reviennent. Il se remémore son enfance, son adolescence, sa rencontre avec Claire, ses conversations avec son oncle, son engagement dans l’Armée blanche, le décès de son père. Un bon roman sur la quête d’identité et de l’exil.

Gorodé, Déwé. - A l’orée du sable. - Vents d’ailleurs. - 116 p. - 10€
Un recueil de poèmes d’un auteur de Nouvelle-Calédonie, d’une lecture très accessible dont la forme est assez moderne. On décèle bien l’atmosphère, la culture, les chaos de cette société et également l’histoire et l’intériorité personnelle de l’auteur, voire ses ressassements ou son militantisme pour le peuple kanak, le féminisme. Certains poèmes sont séduisants, d’autres un peu pesants, certains bucoliques, ou encore amers. Ce n’est pas exceptionnel, mais intéressant, car nous n’avons pas tant de recueils de ces contrées lointaines.

Graff, Laurent. - Au nom de sa majesté. - Le Dilettante. - 158 p. - 14€
L’auteur débute son livre par des haïkus libres, puis enchaîne sur une partie plus romanesque. Sur l’île de Houat, le narrateur est venu écrire dans la solitude et l’inspiration qu’offre ce lieu sauvage hors saison. Une rumeur folle circule : le prochain James Bond devrait être tourné sur l’île. Ce jeune étranger repéré par les habitants en train de prendre des notes serait un membre de l’équipe de production. Le maire et ses adjoints surnommés François I, II et III débarquent chez la logeuse du héros pour interroger ce dernier sur cette opportunité unique, économique et touristique pour leur île. Ne voulant pas leur faire perdre leurs illusions, il décide de confirmer ce fantasme. Le livre s’achève sur des réflexions sur l’écriture et la publication. L’auteur n’a pas perdu le sens du cocasse, du détournement et du mélange des genres. Si vous êtes en manque d’océan ou de sable, plongez dans ce petit livre plein de fantaisie.

Huth, Angela. - Les filles de Hallows Farm. - Quai Voltaire, Petit Quai Voltaire. - Traduit de l’anglais. - 442 p. - 14€
Octobre 1941 : trois jeunes filles, après avoir suivi une formation, se retrouvent dans une ferme du Dorset pour remplacer les hommes partis au front. Il y a Prue, apprentie coiffeuse dans le salon de sa mère à Manchester, Stella qui veut devenir pianiste et est amoureuse de Philippe, un enseigne de vaisseau et enfin Agathe, l’intellectuelle, étudiante à Cambridge. On découvre ici une autre facette de la guerre, le quotidien avec les travaux des champs et les soins animaliers, mais aussi les histoires d’amour et d’amitié. Ces trois filles noueront des liens qu’elles garderont en mémoire toute leur vie. Chaque année, depuis 1946, elles se donnent rendez-vous dans un salon de thé près de Hyde Park. Cinquante ans après la deuxième guerre mondiale, ce sont trois femmes âgées qui doivent se retrouver, mais l’une d’elle malade ne pourra se déplacer…

Kazantzaki, Nikos. - Alexis Zorba. - Cambourakis. - Traduit du grec. - 380 p. - 24€
Un jeune intellectuel écrivain (double de l’auteur) s’installe en Crète pour exploiter une mine de lignite. Pour ceci, il fait appel à Alexis Zorba. Pendant que lui est réflexif, introspectif, attiré par le bouddhisme et bourgeois, Alexis Zorba est tout le contraire : homme du peuple aimant la vie, le mouvement et la vitalité, la bonne chère et les femmes. Une relation assez forte s’établit entre les deux personnages amenant beaucoup d’interrogations philosophiques qui rappellent tous les questionnements de l’auteur par rapport à lui-même. Les deux personnages se lancent souvent dans des longs dialogues qui n’en finissent pas. C’est donc une œuvre proche du conte philosophique. La dichotomie des deux personnages est parfois un peu caricaturale. Ce qui m’a vraiment plu, c’était la description très poétique de la Crète (ses paysages, odeurs, habitants) et les petites histoires sur la région, la mythologie etc. racontées par les personnages qui peuplent le roman. Un classique de la littérature grecque dans un bel écrin flashy et surtout une toute nouvelle traduction.

Lahens, Yanick. - Dans la maison du père. - S. Wespieser. - 176 p. - 9€
Roman paru en 2000 au Serpent à plumes. Voici un récit court, à l’écriture chaude, enveloppante. Mais le regard de Yanick Lahens, petite fille, adolescente, ou adulte, est aussi acéré et sensible. Les portraits des différents protagonistes sont bien croqués et costumés ! Le panama vanille en paille souple du père, le scapulaire et le corsage de Mam Bo, la robe bleue… Les odeurs, la touffeur, le quotidien sont imbriqués à l’histoire d’Haïti, au désordre, au délitement de la société et des personnes, la modernité enviée mêlée aux peurs séculaires. Une île et des vies pas mal bousculées. Et la danse comme un rituel, une répétition, une possession, la magie ou sacrilège tient aussi une grande place dans ce récit et dans la vie de l’auteur, puisque c’est ce qui lui fera quitter l’île, choisir sa vie. C’est intéressant et bien écrit.

Makridakis, Yannis. - La chute de Constantia. - S. Wespieser. - Traduit du grec. - 179 p. - 20€
Nous sommes à Istanbul, Constantinople, pour Constantia et ses fidèles amies, des « Romiotes », c’est à dire des Grecques de Constantinople rescapées des pogroms de 1955. Mais, ce n’est pas le sujet central du roman. Elle reçoit un gros paquet de feuilles dactylographiées de son gendre. Horreur, le texte lui annonce qu’il est Turc. Évanouissement, sa vieille amie accourt et elles passent la nuit à se lire à haute voix cette confession. Il s’agit d’une affaire de famille compliquée avec adoption, de très nombreux personnages que l’on oublie aussi vite que l’on les lit, une intrigue qui mêle les Grecs, les Turcs et les habitants des îles ioniennes. Elles interrompent leur lecture pour évoquer tout plein de souvenirs, somnoler ou boire etc… Au petit matin, alors que Constantia a le moral au plus bas, a lieu un coup de théâtre quand son amie sort un feuille restée au fond de l’enveloppe et qui est le courrier accompagnateur de son gendre ! La vie de cette Romiote peut continuer paisiblement ! Un petit roman agréable par cette tranche de vie de deux vieilles dames dans un milieu historiquement intéressant, mais qui reste très léger.

Marsh, Willa. - Double secret. - Autrement. - Traduit de l’anglais. - 360 p. - 21€
Matt vient d’écrire un premier roman qui a eu beaucoup de succès, mais il est en panne d’inspiration pour le suivant. Il se réfugie à Exmoor, un village au bord de la mer. Là, dans un cadre délicieusement « british » et familial, il sent se préciser en lui, le besoin d’éclaircir des flashs sur son enfance et des sensations troublantes accentuées par la découverte de photos dans un petit coffre aux trésors de son enfance. Dans la grande maison accueillante de Milo, il retrouve une famille d’adoption chaleureuse, qui s’était occupé de lui et de sa sœur quand sa mère avait sombré dans la dépression. Sa sœur est à la recherche d’une maison et essaie de mettre au clair ses problèmes de couple. La notion de maison de famille, même d’adoption est très prégnante. L’intrigue est intéressante, même si la découverte des deux secrets sur deux générations ne tient pas à l’analyse, mais l’intérêt du roman tient dans l’ambiance de la campagne anglaise, dans le bonheur d’avoir une maison dans laquelle on se sent bien, en sécurité physique et affective, dans les relations entre les différents personnages qui essaient et réussissent à gérer avec affection et, même élégance, leurs relations. C’est une lecture pleine de charme et de bien-être.

Marvaud, Sophie. - Le choc de Carnac. - Nouveau monde/Editions du patrimoine, Crimes et monuments. - 301 p - 16€
Carnac, 5e millénaire avant notre ère : les chasseurs-cueilleurs et les nomades cohabitent difficilement avec les pêcheurs de la côte. Les cultivateurs menacent bientôt cet équilibre précaire en voulant défricher les terres. Chargé d’un message de paix, le commerçant Pas-de-Géant est assassiné. Trois femmes issues des différents peuples mènent conjointement l’enquête… Un livre aussi excellent et passionnant que le premier volet qui se déroulait dans la région Aquitaine. Ce volume se déguste sans aucune modération, tant le style est agréable et l’intrigue parfaitement construite. On apprend énormément sur l’organisation des sociétés préhistoriques et les personnages sont particulièrement bien campés. On y croit à fond !

Matalon, Ronit. - Le bruit de nos pas. - Stock, 2012. - Traduit de l’hébreu. - 465 p. - 23€
C’est l’histoire d’une famille de juifs égyptiens qui vit dans une « baraque » dans un quartier pauvre des faubourgs de Petah Tikvah, près de Tel-Aviv. Autour de la mère à la forte personnalité gravitent : une grand-mère chaleureuse ; un père absent, mais omniprésent ; trois enfants, Sami, Corinne et « l’enfant », qui est l’auteur elle-même. C’est un roman puzzle racontant plusieurs histoires, un récit autobiographique. Certains chapitres « Les papiers » sont en fait des extraits du journal du père de l’auteur, engagé politiquement. Chaque court chapitre s’enchaîne le plus souvent par le mot qui clôt le précédent. D’autres chapitres sont des digressions déconnectées de l’intrigue : des extraits « sur les roses » d’un manuel de jardinage, le guide Clause de 1992 ; des extraits de La dame aux camélias d’Alexandre Dumas. Les bruits des pas sont ceux de la mère qui ne marchait pas mais glissait. C’est le seul roman de cet auteur traduit en français.

Mayes, Frances. - Sous le soleil de Toscane. - Quai Voltaire, Petit Quai Voltaire. - Traduit de l’américain. - 358 p. - 14€
Un couple américain séduit par la vie en Toscane décide de s’y installer. Débute alors le temps de la recherche de la maison rêvée, de son acquisition et enfin des bienfaits de la vie en l’Italie. Ce récit, chaud, drôle et tendre, émaillé de recettes de cuisine et de paysages toscans ravira les amoureux de cette région. Attention, réédition en poche…

Merle, Claude. - Les diables du Mont-Saint-Michel. - Nouveau monde / Éditions du patrimoine, Crimes et monuments. - 276 p. - 16€
Une cité médiévale au pied d'une magnifique abbaye, enserrée dans ses remparts, tel est le cadre de ce roman. En 1430, le Mont-Saint-Michel résiste depuis plusieurs années à l’invasion anglaise et a pour mission de sauver l'abbaye, mais aussi de veiller sur les gens. Un prêtre est retrouvé pendu avec la corde de la cloche de l’abbaye ; la paix au sein du Mont est bouleversée. Quand une série de meurtres aussi violents que mystérieux s’enchaîne, les questions fusent : qui commet ces crimes, et pourquoi ? Si le motif paraît être lié à la guerre, le coupable reste insaisissable, et un climat de suspicion et de panique s'installe. Les mains des victimes sont teintées par une poudre rouge rare. Le meurtrier est-il humain ou est-ce une créature surnaturelle comme le « diable de pierre » ? Le capitaine de la garnison, Louis d'Estouteville (personnage réel), enquête sur ces meurtres... Il reçoit des aveux, mais n’est pas convaincu. Louis interroge les religieux, l’aubergiste et sa fille dont il tombe amoureux, mais n’avance pas. Josserand surnommé « l’archiprêtre » est condamné à mort. L'intrigue est passionnante et utilise le magnifique cadre que représente le Mont-Saint-Michel. L'ambiance angoissante et délétère est bien rendue et le suspense est savamment entretenu par les courts chapitres qui se succèdent sans temps morts. Les personnages sont intéressants, bien qu'un peu trop prévisibles, mais le but du roman est de mettre en valeur le site et de faire découvrir le Mont au lecteur pour lui donner l’envie de s'y rendre. La résolution de tous ces meurtres n'arrive qu'à la fin. Tout est bien ficelé et l'on ne se doute de rien, même si certains personnages éveillent notre suspicion. A découvrir ce passionnant roman policier historique.

Mouche, Philippe. - 32 photos de Valentina Kallenbach. - Gaïa. - 231 p. - 19€
En 2010, Simon est dans le creux de la vague et ne croit plus en son métier. Dans son collectif de journalistes indépendants Les Mercenaires de la virgule, il est considéré comme un looser, jusqu’au moment où il reçoit tous les mardis d’étranges courriers anonymes. Ceux-ci contiennent à chaque fois une seule photo, due à son ancienne amie photographe Valentina. Celle-ci est décédée dix ans plus tôt. Il se met à la recherche de l’expéditeur et reprend gout à l’actualité. Une réflexion sur le métier de journaliste, entre compromissions et responsabilités face à l’actualité, une interrogation sur le statut parfois précaire des journalistes indépendants qui peuvent être tentés par la facilité ou l’appât du gain. Bien écrit, intelligent, ce roman nous dévoile avec une certaine amertume les dessous du milieu journalistique. L’auteur travaille lui-même dans les médias.

Orcel, Makenzy. - La nuit des terrasses. - La Contre Allée. - 62 p. - 9€
C'est la nuit sur les terrasses... dans un bar, devant un verre, revient le passé et la solitude, "un conte à rebours" peut commencer. Noyer son chagrin, regarder les filles passer et penser à celle qui vient de partir, qui est devenue une ombre, à ses yeux, au rire, aux cheveux, à tout son corps... Un vide qui envahit et le désir de retourner en arrière se fait de plus en plus pressant. Boire aide à aller vers l'avant, à tourner la page. A pleurer l'amour, la violence et les frontières qui éloignent les gens, qu’on vive à Paris ou à Port-au-Prince. Le temps soigne les blessures, boire "nous sort du temps", fait dépasser le vide... De courts poèmes comme des larmes versées au-dessus d’un verre, comme des instants captés au moment d'un ras-le-bol général. Accompagnés parfois des extraits des textes des grands poètes, ils éveillent en nous des souvenirs.

Péluchon, Julien. - Kendokei. - Seuil, Fiction & Cie. - 155 p. - 16.50€
A Madrid, une petite bande de jeunes gens, alcooliques et marginaux, essaie de survivre dans une Espagne en crise. Parmi ces jeunes traîne-savates, Donald est le «gaido» (le maître). Il a un disciple, une maîtresse (Milagros), un ennemi («Le Lion de Némée») et une ex-femme (Isabel). La nuit, revêtu d’une armure de coléoptère géant, il devient « Le Scarabée », qui défend le bien contre le mal. Mais tout cela est-il bien réel ? Ne serait-ce pas plutôt des hallucinations tout droit sorties du cerveau malade d’un fumeur de crack ? La lecture de ce roman, qui oscille en permanence entre réel et imaginaire, est certes un peu déconcertante. Malgré tout, cet auteur né à Brest en 1978 nous livre une œuvre vraiment originale et attachante, qui a toute sa place dans une bonne bibliothèque. Pour information, le kenkodei est à la fois un art martial et une philosophie créés par un Japonais chrétien du XVIIe siècle, qui a combattu dans l’Armada espagnole.

Rastello, Luca. - Sur la pointe des pieds. - Quai voltaire. - Traduit de l’italien. - 234 p. - 21€
Ils sont des milliers, disséminés aux quatre coins du pays. Main dans la main, ils luttent contre la pauvreté, la mafia, la drogue ou le sida, ils s’en remettent à Don Silvano, fondateur de l'ONG «Sur la pointe des pieds». Depuis son QG de Turin, sur les plateaux télévisés ou dans les meetings politiques auxquels il est régulièrement convié, le charismatique et puissant curé de la rue donne un sens à la vie de ses disciples. Aza est de ceux-là. Alors que la rescapée des égouts de Bucarest gravit les échelons de l'ONG, elle découvre à ses dépens combien l'enfer est pavé de bonnes intentions. Il n’est pas étonnant que ce roman ait suscité la controverse en Italie. A mesure que l’on parcourt ses pages, une question subsiste : l’ouvrage rapporte-t-il des faits réels ? Celle-ci est légitime quand on sait que l’auteur est aussi journaliste. Le récit, poignant, et d’une certaine dureté, évoque le sort d’orphelins dans les souterrains de Bucarest. Leur quotidien est rythmé par la violence et l’addiction à l’Aurolac (drogue) comme soupape. Il lève le voile sur la part d’ombre du monde du bénévolat et des associations à but non lucratif. Les descriptions y sont d’un réalisme frappant et traduisent une réelle maîtrise du sujet. Alors que certains lecteurs y verront une critique de Gruppo Abele, importante association turinoise, l’auteur souligne le caractère fictif de son roman. Un roman bien construit. La structure du récit suit un rythme particulier. Signature de l’auteur : sa manière particulière de planter les décors, chaque scène est introduite par des phrases concises (mais percutantes), ce qui permet au lecteur de se projeter. Rastello livre une réflexion sur la notion de bien et de mal. Par le dilemme vécu par les militants qui dans leur dévouement à une cause sont tiraillés entre le choix de soutenir leur mentor, même quand un désaccord survient, ou de se désolidariser de celui qui leur a permis de se hisser au sommet de l’organisation.

Saliba Garillon, Eliane. - Le journal impubliable de George Pearl. - Arléa. - 214 p. - 20€
Riche, célibataire, George Pearl dirigea pendant 25 ans une centaine de personnes en faisant de GP Hall, la boîte d’architecture la plus cotée. Certains le haïrent, d’où son surnom de « Pearl Harbor ». Voulant enfin profiter d’une retraite bien méritée, il vend son agence et s’exile à Rome. Pas un jour ne s’écoule sans qu’il n’écrive dans son journal ses démêlés avec ses proches, sa sœur, sa nièce, son ancienne amie. Réticent dans un premier temps, il échangera des mails avec le locataire de sa maison de Concord, qui écrit une thèse sur Henry David Thoreau, philosophe et gloire locale. Laurel, un nouvel ami, s’invite régulièrement chez lui. Il apparaît et disparaît inopinément, tel un ange. Quelle est la raison de ces visites surnaturelles ? Vers quel dénouement glisse-t-on ? Un bon moment de lecture.

Sapienza, Goliarda. - Le fil d’une vie. - V. Hamy. - Traduit de l’italien. - 343 p. - 22€
Ce livre rassemble deux récits. Dans le premier (Lettre ouverte), l’auteur relate -non sans un certain humour- son enfance au sein d’une famille socialiste, anarchiste, antifasciste et surtout anticonformiste. Cette famille est dominée par la forte personnalité des deux parents, ce qui fait apparaître Goliarda un peu fragile, mais toujours débordante d’énergie. La petite fille, devenue femme, aura tout de même quelques difficultés à s’affranchir de son passé. Le deuxième récit (Le fil d’une vie) est construit sous forme de dialogues entre l’auteur -qui a désormais quarante ans et a fait une tentative de suicide- et son psychanalyste. Il nous éclaire sur de nombreux aspects de la personnalité de Goliarda. Goliarda Sapienza (1924-1996) a eu une vie très mouvementée jusqu’à sa mort des suites d’une chute dans les escaliers. Elle a poussé un peu comme une mauvaise herbe, a été actrice (dans des films de Visconti, Comencini… etc.), a vécu la libération sexuelle, a été une grande amoureuse (d’hommes et de femmes), a fait de la prison… Une vie trépidante et dense donc ! Ce livre, bien écrit mais un peu décousu (surtout le deuxième récit), laisse entrevoir ce que fut la vie singulière de cette femme du XXe siècle. Un destin que je trouve intéressant mais qui peut aussi laisser de marbre certains lecteurs. On aime ou on passe son chemin !

Turner, John N. - Alabama shooting. - L’Aube, L’aube noire. - 253 p. - 19,50€
En 2010, la narratrice est arrêtée sur un campus. C’est la panique : elle voit, hébétée, des ambulances, des hommes armés, des morts et des blessés. Elle est accusée de trois meurtres de ses collègues alors qu’elle ne se souvient de rien et nie être le tireur fou. Le docteur Joan Travers, mère de quatre enfants, ne comprend pas pourquoi on veut lui en attribuer la responsabilité. Le shérif est ravi d’avoir toutes les preuves pour la faire condamner. Son cas est très difficile à défendre, elle risque la peine de mort, même si elle clame son innocence. Elle devient un monstre médiatisé, emprisonnée en attendant le procès. Dans sa cellule, elle subit la dépression et le manque de ses enfants. Les chapitres alternent présent et passé, dans lequel elle livre ses sentiments, ses déceptions, ses choix. Dès l’enfance, elle rêve d’être un garçon. Son petit frère est le préféré. Toute sa vie solitaire et médiocre, elle devra faire face à la disparition de son petit frère, à la dépression de sa mère et à la mollesse de son mari. Elle n’arrive pas non plus à s’épanouir dans son travail, où elle est brimée et exploitée par des hommes. Elle aura bien du mal à sortir du déni dans lequel elle s’est enfermée. Ce roman percutant et haletant ne livrera ses clés que dans les pages finales. Il est inspiré de faits réels, et nous interroge sur la détention des armes en libre accès aux Etats-Unis. Malgré son nom, l’auteur est français, scientifique de renommée internationale et amateur de littérature américaine.t passionné par la littérature américaine contemporaine.

Vieux-Chauvet, Marie. - Fonds des Nègres. - Zellige. - 219 p. - 19,50€
La mère de Marie-Ange a quitté l’île d’Haïti pour trouver du travail. En attendant de la rejoindre, la jeune femme se rend chez sa grand-mère, grande Ga, qui habite à Fonds-des-Nègres, un village où règne la misère. La terre ne nourrit plus les paysans qui la travaillent. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à la revendre à de riches investisseurs. Alors que Marie-Ange essaye de s’intégrer dans ce nouvel environnement (et d’y rencontrer peut-être l’amour), des enfants meurent mystérieusement. Le «Papa Houngan», prêtre vaudou, connaît apparemment les solutions aux malheurs du village. Roman aux personnages attachants, qui aborde de nombreux thèmes caractéristiques de la société haïtienne mais qui est malheureusement moins soigné que Bain de lune de Yanick Lahens (style qui manque d’élégance, vocabulaire spécifique pas toujours traduit). L’auteur a reçu le prix France-Antilles en 1960.

Weil, Sylvie. - Selfies. - Buchet-Chastel, Qui vive. - 160 p. - 13€
L’auteur prend pour point de départ le « selfie » d’un peintre, c’est à dire son autoportrait ou celui d’un photographe et, à partir du thème du selfie, se décrit dans une situation de sa propre vie et de là, nous parle d’elle. Cela donne une succession de nouvelles, certaines légères, d’autres graves sur sa famille et son passé. Le procédé est très original et l’écriture fluide et descriptive. Un certain second degré allège les souvenirs douloureux, avec une pointe d’humour et un peu de dérision. Il faut, parfois, lire entre les lignes pour comprendre qu’il est fait allusion à une radiothérapie, à la déportation de sa famille, et, à leur exil aux Etats Unis. Cela fait une confession très pudique qui, à la suite de Chez les Weil (Simone Weil est sa tante et son père un grand mathématicien), nous fait rencontrer une femme cultivée, intéressante et sensible.

Wolitzer, Meg. - Les intéressants. - Rue Fromentin. - Traduit de l’américain. - 564 p. - 23€
Six jeunes New-Yorkais, en 1974, se lient d’amitié dans un camp de vacances pour jeunes nantis, à part Julie, dite Jules, venue avec une bourse. Avec optimisme, ils se baptisent « les intéressants ». Nous suivrons leurs destins plusieurs décennies, passant par les années Reagan, l’arrivée du sida et de la crise économique. Ethan devient très riche grâce à son talent de séries de dessins animés. Jules, qui ressent toujours un fond de jalousie pour la réussite financière d’Ethan qui a épousée Asch, l’autre fille du groupe, épouse un garçon qui soigne une dépression chronique et réussit par sa gentillesse à s’intégrer au groupe avec un regard nouveau… C’est surtout le roman de l’Amitié, de son évolution de l’adolescence à l’âge mûr. Comment la conserver et la cultiver quand un fossé social se creuse entre les anciens amis et qu’un drame les oblige à taire des faits cruciaux. L’auteur nous entraîne dans leurs destins à petites touches précises et fines sur leur état psychologique et affectif avec beaucoup d’empathie. Ce gros roman dense dégage aussi un parfum de nostalgie des rêves d’ado, quand on croit que tous les possibles se réaliseront et que les amours ne seront jamais déçus. L’auteur a beaucoup de tendresse pour ses personnages avec une pointe d’ironie et de dérision qui rend ce roman indispensable.

Yalom, Irvin. - Créatures d’un jour. - Galaade. - Traduit de l’américain. - 193 p. - 22€
Ces Créatures d’un jour relatent dix consultations de l’auteur psychothérapeute qui échappent aux catégories définies habituellement : un homme qui a consacré sa vie à Nietzsche, un autre traumatisé par la mort de son ami, une femme hantée par la disparition de son mari, etc. Irvin Yalom partage ces séances axées sur le temps d'une vie. A 84 ans, il exerce toujours, et montre des humains confrontés à la mort (la leur ou celle d'un proche). A partir d'histoires de patients en quête d'apaisement, le psychothérapeute explore les liens qui se tissent entre soignant et patient et amène à s'interroger sur le sens de la vie. Il nous fait réfléchir et nous rend plus intelligent. Le lecteur est immergé dans chaque histoire. L’auteur n’est jamais redondant. Il souhaite dévoiler sa méthode d’analyse pour le public qui peut se reconnaître dans ces questions existentielles ou pour ses nouveaux collègues novices. Comment accepter l’angoisse de la mort, la solitude, assumer ses choix… Une lecture enrichissante.

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