Commission Petits éditeurs BiB92 - Sélection janvier 2026
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En 1853, Victor Hugo vit exilé à Jersey avec Adèle, leurs enfants et, dans le village voisin, sa maîtresse Juliette Drouet. Il « se trainait sur la grève, plié en deux, brisé par le malheur et la solitude. C’était un proscrit, un exilé » (p. 14) La mer est présente dès la jolie couverture. La première scène sur la plage est d’une beauté remarquable. Victor Hugo essaie d’écrire, tout en faisant tourner les tables pour communiquer avec Léopoldine, nager ou se promener sur la plage. Il rencontrera d'autres réfugiés politiques français sur un rocher, surnommé le Rocher des proscrits. Hubert Julien est un autre proscrit républicains possédant des écrits démocratiques qui est accusé de trahison et risque la peine de mort. À travers cette défense, se rejoue le rapport de l'écrivain à la justice et à la rédemption. Salim Bachi propose un portrait habité, déroutant parfois, et plein de contradictions d'un homme tourmenté. Il explore l'auteur hanté par l'exil, la culpabilité et qui ne surmontera jamais la perte de sa fille Léopoldine, dix ans plus tôt. Ce huis clos, battu par les vents et les tempêtes de l'océan, devient le miroir d'un homme en lutte avec ses fantômes. Hugo apparaît tour à tour fragile, colérique, perdu. La narration nous plonge dans l'abîme intérieur d'un génie blessé : visions, dialogues réels ou imaginaires, séances de spiritisme, imprécations contre Dieu et souvenirs amoureux. L'écriture est intimiste, mais le lecteur se perd un peu.
Bachi, Salim. - Le rocher des proscrits. - Plon. - 248 p. - 20 €
Un roman complètement décalé où l’héroïne, Ève, est une sirène professionnelle. Elle se produit dans les piscines de milliardaires ou dans d’immenses aquariums, vêtue d’une mono palme qui lui dessine une véritable queue de poisson. Très demandée à travers le monde, Ève impose ses conditions, fixe ses tarifs exorbitants et se prête aux caprices des plus fortunés. Mais derrière cette image fascinante se cache un secret terrible. Victime, des années plus tôt, d’un accident qui l’a privée de ses jambes et du bébé qu’elle portait, Ève n’a jamais cessé de vouloir réparer cette injustice. On la suit à travers ses voyages, ses performances, ses souvenirs, sa reconstruction… et surtout la mise en œuvre d’une vengeance implacable. Ce roman sombre, ironique et fantasque, s’apparente à une fable écologique. L’auteur revisite le mythe de la sirène pour dénoncer la violence du monde, la pollution des océans, le réchauffement climatique et l’hypocrisie des grands discours gouvernementaux sur l’écologie. J’ai particulièrement aimé la façon dont l'auteur construit ses personnages et fait ressentir les deux facettes d’Ève, à la fois libre et gracieuse dans l’eau, mais entravée par ses prothèses dès qu’elle revient sur terre. Les dialogues, vifs, percutants et les situations imagées nous immergent avec Ève dans les flots déchaînés d’une revanche éclatante.
PRIX FEMINA DES LYCEENS 2025
Incardona, Joseph. - Le monde est fatigué. - Finitude. - 212 p. - 21 €
Que dire du très légitime prix Goncourt, décerné à Laurent Mauvignier, pour cette immense fresque familiale et introspective ? Tant, sans doute, mais nous ferons court. Si le roman s’ouvre en 1976, lorsque le père de l’auteur lui-même rouvre la maison familiale -composée de bien peu de choses, d’objets disparates dont un piano qui structure la narration-, il s’articule en fait autour de trois figures féminines, centrales et immensément intéressantes à leurs manières : Marie-Ernestine, musicienne contrariée et mère absente ; Marguerite, sa fille, aventureuse et frivole, puis recluse dans la honte ; Jeanne-Marie, mère de la première et grand-mère de la seconde, autoritairement douce et gardienne des apparences. L’histoire est rurale, celle du premier XXe siècle, et l’écrivain interroge les violences invisibles, les renoncements, mais aussi les héritages familiaux : comment la mémoire collective d’une famille surgit puis se perpétue ? Entre éléments réels -c’est-à-dire transmis -et fictionnés-, l’auteur reconstruit la vie de sa propre famille jusqu’au suicide de son père en 1983. Ce monument de 744 p. aux phrases qui s’étirent et se ramifient est naturellement à avoir absolument dans toutes les bibliothèques de France et de Navarre !
GONCOURT, Prix Le Monde, Libraires de Nancy - Le Point & Landerneau 2025
Mauvignier, Laurent. - La maison vide. - Minuit. - 744 p. - 25 €
Lorenza Mazzetti révèle dans ce récit semi-autobiographique son enfance en Toscane avec sa sœur jumelle surnommée « Baby ». Orphelines de mère, elles sont recueillies par leur oncle, un des cousins du célèbre Albert Einstein, et leur tante dans la Villa. D’origine juive, elle échappe de peu au massacre de sa famille par les SS en 1944. Ce trauma la poursuivra toute sa vie et sera une source d’inspiration pour son œuvre. Rares sont les récits qui se mettent à ce point à hauteur d’enfant : à travers un regard neuf et naïf sur le monde, elle en dévoile les cruautés, les injustices, les absurdités, ainsi que la barbarie du nazisme et du fascisme. Ce récit porte en lui une force, une intensité inouïe qui vient notamment de l’affection et de la compassion que le lecteur ressent pour cette enfant qui semble un jouet aux mains de l’Histoire menée par les adultes, mais qui se sent responsable des malheurs qui surviennent. Ce récit porte aussi en lui une dénonciation féroce de l’autrice contre la guerre : elle met en scène avec humour et innocence cette petite fille endoctrinée qui tente de comprendre le monde, d’interpréter ce qu’elle vit et qui rejoue dans ses jeux et dans ses pensées les épisodes de la vie quotidienne dans toute leur violence et leur bizarrerie pour leur donner un sens. Un récit qui fait rire et pleurer en même temps !
Mazzetti, Lorenza. - Le ciel tombe. - La Baconnière. - 166 p. - 19 €
L’histoire se déroule aux Etats-Unis de nos jours. Atteint d’une tumeur, Doug, n’a pas les moyens de se soigner. Pour retrouver ses rêves de jeunesse, il décide de recréer le groupe de métal qu’il formait avec ses copains au lycée, sans les informer du mal dont il souffre. Les quadras partent alors en tournée des bars et des clubs de l’Amérique profonde, celle des gens pauvres et invisibles. Tout au long de leur road-trip, ils sont tous confrontés à leur passé, aux décisions qu’ils ont prises ou non, à leurs grandes et petites lâchetés. Il s’agit à la fois d’un roman sur les déclassés de l’Amérique et d’une belle ode à l’amitié. L’auteur donne la parole aux « moches », à ceux qui ont une vie sans éclat, faite de peu de joie, qui galèrent et qu’on ne remarque pas. Dans un récit bouleversant de sincérité, il raconte l’épopée de ces garçons, passés à côté à de leur vie, à qui il aura manqué un peu de chance, d’audace ou de confiance en soi pour avoir une vie plus heureuse. Ses personnages sont extrêmement attachants et inoubliables.
Michelin, Jean. - Nous les moches. - H. d’Ormesson. - 256 p. - 20 €
Petit bijou littéraire, le très soigné, poétique et poignant Et brûlent les enfances est une plus-que-jolie découverte. Explorant les thèmes de la violence domestique, des enfances volées et des complexités de faire-famille, le roman invite à la réflexion. Nous suivons une jeune fille de huit ans, Alice, racontant la quotidienneté dans un appartement populaire francilien. Ici, peu de personnages : Annick, sa mère, ses deux petits frères, Baptiste et Samy, mais aussi et surtout Adama qui, tout en sourire et en joie, intègre le cocon familial. Ce nouveau beau-père fort aimé, progressivement, apporte avec lui la violence, la peur, le silence ; naît un enfant de cette union, Marie, qui s’imposera bien malgré elle comme le symbole des fractures et des souffrances familiales. Toujours suggérés, les effets dévastateurs de la violence intrafamiliale, comme la perte de l’innocence pour une petite fille, articulent le récit ; l’amour, quand il se transforme en terreur, prend au piège les enfants dans des situations de maltraitance ; la narratrice souffre en silence, l’autrice cherche à lui donner une voix. Ce qui fait sa beauté, et peut-être là aussi son sublime, c’est la langue de l’autrice : poétique, incisive, libérée. Elle n’hésite pas à aller à la ligne, à ne mettre aucune majuscule, à se dépouiller -comme son texte, extrêmement aéré- des superflus.
Noar, Virginie. - Et brûlent les enfances. - Les Pérégrines. - 240 p. - 20 €
Claudius, un jeune homme de 19 ans issu d'un village en France, décide de quitter sa vie solitaire pour les États-Unis après avoir découvert, sur Internet, l'existence d'une communauté d'artistes vivant au cœur de la forêt. Face à une société formatée pour consommer toujours plus, il découvre un mode de vie alternatif, centré sur l'art, la magie collective, les rituels et la liberté sexuelle. Claudius fera de nombreuses rencontres et aura plusieurs amants. Le Royaume des fées (nom de la communauté) le fera grandir, profiter véritablement de la vie et devenir un « Grand Vivant ». J’ai aimé découvrir cette communauté où l’on vit autrement. Mais tout n’est pas idyllique. Le personnage de Jacob, amant de Claudius, a une fin tragique.
Pan, Claudius. - Les grands vivants. - La tribu. - 333 p. -. 21 €
CONTRE
Voici la seconde enquête de Marzio Montecristo, propriétaire de la librairie, Les chats noirs. Secondé par Patricia, son employée et les deux félins, Miss Marple et Poiroit, les affaires de Marzio Montecristo vont mal. Il faut dire que son caractère irascible et colérique fait fuir les clients. Lorsque la maison d’édition d’Aristide Galeazzo, célèbre écrivain de polar, lui propose de participer à la promotion de son dernier livre, sur un navire, Le mise en abyme, Marzio Montecristo ne peut refuser. Et le voilà embarqué avec ses deux chats et son ami, l’inspecteur Caruso, futur membre de son club de lecture, pour une croisière littéraire qui ne sera pas de tout repos. Aristide Galeazzo est retrouvé assassiné dans sa cabine alors qu’il allait mettre fin à l’existence de son héros. Qui est le coupable : son éditeur endetté ? Son épouse ? Sa fille ? Son secrétaire ? Sa maîtresse ? Marzio Montecristo et l’inspecteur Caruso enquêtent. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises car le défunt avait bien des secrets... Un roman policier qui se lit facilement, dans une ambiance de Mort sur le Nil. Pourtant, fan d’Agatha Christie, je n’ai pas été séduite par le personnage de Marzio Montecristo, dont le caractère un peu trop « soupe-au-lait » m’a rebuté. Même si le roman est parsemé de références littéraires, la sauce ne prend pas. Dommage !
POUR
Avec cette seconde enquête de Marzio Montecristo, nous retrouvons avec grand plaisir l’univers de la libraire des Chats noirs. Comme il est au bord de la faillite, le libraire accepte de participer à une croisière pour la promotion d’un nouveau polar. Mais il y a un meurtre sur le bateau, et de nombreux suspects... Comme dans tous les huis clos d’A. Christie, les différents protagonistes sont étudiés à la loupe, et élimés jusqu’à ce que le coupable soit démasqué. Le lecteur prend beaucoup de plaisir à se plonger cette histoire, tout comme on sent celui de l’auteur à brosser le caractère de ce libraire peu sympathique et très bourru. On attend sa prochaine aventure !
Pulixi, Piergiorgio. - Si les chats pouvaient parler. - Gallmeister. - Traduit de l’italien. - 330 p. - 24 €
9 portraits de femmes et d’hommes, d’âges, d’époques et lieux variés. Chaque personnage s’exprime à la première personne, nous faisant entrer dans son intimité. S’il est bien question de peaux, comme on peut s’y attendre avec le titre, il est plus généralement question de corps et de moments de rupture, comme cette femme qui le jour de son anniversaire décide d’abandonner sa beauté à sa fille. En quelques phrases, l’autrice parvient à faire émerger des personnalités en plein questionnement dans des univers disparates. Ce recueil de portraits plutôt convaincants se termine, et c’est dommage, par celui qui m’a laissé indifférente.
Renard, Alice. - Peaux vives. - H. d’Ormesson. - 128 p. - 17 €
Ce premier roman raconte la retraite des soldats italiens du Front de l'est, après la bataille du Don en 1943. Commence alors un exode au cours duquel beaucoup vont trouver la mort sous les balles de l'ennemi, mais aussi à cause du froid. L’auteur nous immerge directement dans la guerre. On suit toute la retraite des Italiens face aux Russes. Il nous raconte les faits au plus près de la réalité, comme il les a vécus, le froid, la faim, les épreuves et la fraternité avec ses hommes. Il décrit son ressenti face à l'absurdité de la guerre plus que les batailles. Le narrateur prend soin de ses hommes et pourvoit au ravitaillement, panse les douleurs physiques et morales, et donne des consignes avant le combat. Comme les autres soldats, ce qui lui permet de tenir, c'est de savoir que chaque pas le rapproche de son village. Même si l'on sait qu'il s'agit de la seconde Guerre mondiale, ce qu'il raconte des tranchées, puis la retraite pour sortir de l'encerclement russe ne diffère pas des souffrances endurées dans les autres guerres. L’écriture est visuelle et précise. Ce premier livre, écrit sans fioritures sonne juste. C’est un témoignage humain et un plaidoyer contre la guerre.
Rigoni Stern, Mario. - Le sergent dans la neige. - Gallmeister. - Traduit de l’italien. - 177 p. - 22 €
Laurine Roux nous livre un roman dense et rythmé, mi-conte féministe mi-récit médiéval. L’intrigue se déroule aux confins des Alpes, plus précisément dans la contrée de Bure, où règne avec tyrannie le seigneur Hugon le Terrible, assoiffé de sang et de sexe. Le lecteur suit le destin de trois enfants illégitimes, nés d’un viol commis par Hugon : Mange-Ciel, sauvageonne qui est restée vivre dans la forêt de Bénévent auprès de Gala leur mère, Éphraïm recueilli auprès du prieur Guillaume à la tête du monastère des Crots et enfin Reine, confiée en toute discrétion à Clarisse la femme stérile de Hugon. Ils portent tous au creux de la nuque une même tache rouge, héritée de leur père. Un signe distinctif qui saura les rassembler, attester de leur parenté le temps venu… L’autrice s’empare courageusement de sujets qui raisonnent encore et toujours dans notre monde actuel : la domination masculine, le poids de l’histoire familiale, les relations amoureuses, la place de la religion. S’ajoute la question de la justice : comment rendre compte, comment réparer les victimes, sans sombrer dans une soif de vengeance intarissable ? J’ai été happée par le romanesque de ces personnages hauts en couleur, et séduite par la plume poétique de Laurine Roux. Je regrette toutefois quelques passages crus, malaisants qui peuvent surprendre. Soulignons également une belle ode à la nature, cette nature qui innerve l’ensemble du récit : à la fois sauvage, mystérieuse et nourricière, elle offre refuge aux faibles, et apporte de la beauté dans ce monde cruel.
COUP DE CŒUR DE NOTRE LIBRAIRE : Vengeance au Moyen-Age dans les Alpes. Livre dur, les hommes impitoyables veulent briser les rébellions. Trois enfants frères/sœurs sont séparés à la naissance, l’un placé chez une dame riche. Ils grandissent avec un manque. Le lecteur suit leurs trois récits, aux trois ambiances différentes (couvent bénédictin). Une des filles se vengera de Hugon. Roman très riche, ambiance originale et surtout langue magnifique.
Roux, Laurine. - Trois fois la colère. - Le Sonneur. - 256 p. - 20 €
L’histoire se déroule dans des milieux naturels imaginaires, à une époque indéterminée de la préhistoire entre deux sociétés de chasseurs cueilleurs : les Ouxes et les Idousses à laquelle appartient Sendjar, le personnage principal. Elle fait partie des femmes de la tribu dont le rôle est primordial au sein de la structure sociale de la société, même si le pouvoir décisif appartient aux hommes. La vie s'organise autour des ressources et de la subsistance, comme chez nos véritables ancêtres, mais également autour de la biologie des femmes, qui n'ont dans le roman qu'une seule période de fertilité par an. Cette ovulation pouvant survenir n'importe quand pendant l'été, les règles entourant la sexualité sont à cette période beaucoup plus strictes que le reste de l'année. La contraception existe et elles décident seules de prendre le risque d’enfanter en s’accouplant avec les hommes du clan des Ouxes qu’elles rencontrent lors d'un rassemblement estival. L’autrice a su créer un vrai monde où les personnages, ayant chacun une personnalité bien définie, évoluent au gré des traditions mais aussi des rébellions et des trahisons. Cette histoire est d’une originalité folle avec des inventions et des rebondissements à chaque page. Vous aurez compris que ce monde de femmes qui vivent en osmose avec la nature m’a fasciné. C’est un gros coup de cœur mais je peux comprendre qu’il puisse heurter certaines sensibilités.
Rychner, Antoinette. - Ma forêt. - Fugue. - 235 p. - 21 €
Olga et Radu ont parcouru le monde ensemble. A présent, Radu part seul à la recherche des tigres du fleuve Amour et Olga se retrouve seule. Entre les souvenirs de son enfance dans les Alpes suisses, ses conversations avec Elsa, une vieille dame, son quotidien avec son chat et les réminiscences de ses voyages, la vie d'Olga se dévoile dans de courts chapitres révélant les méandres de sa mémoire. Ce roman est poignant, subtile, l’écriture est délicate comme de la dentelle. Il est découpé en 105 courts chapitres qui défilent comme une succession de tableaux. Il décrit la qualité des liens d’affection avec les êtres qui nous sont chers, vivants ou disparus. Leta Semadeni nous propose de prendre le temps d’apprécier les petits bonheurs de la vie, néanmoins le ton du livre est aussi nostalgique. Une belle découverte à lire avec une tasse de thé ou un café.
Semadeni, Leta. - Le grand fleuve Amour. - Zulma. - Traduit de l’allemand (Suisse). - 208 p. - 21 €
Mars 1945, Poméranie : les Nazis sont en pleine débâcle. Au château de Plathe, le châtelain, Karl von Bismarck-Osten, tente de sauver les 16 000 ouvrages de sa bibliothèque familiale, créée par son ancêtre, Friedrich Wilhelm, au milieu du XVIIIe siècle. Avec l’arrivée des Soviétiques, le châtelain n’a pas d’autre choix que de fuir avec sa famille, ses amis, ses voisins. En août 1945, La Poméranie allemande devient polonaise et bascule derrière le rideau de fer. Qu’est-il arrivé à la bibliothèque du château de Plathe ? De cette riche collection d’ouvrages anciens, de cartes, médailles et portraits, il ne reste que le monumental tiroir du catalogue à fiches qui trône dans le salon de Ferdinand von Bismarck-Osten, fils de Karl et beau-père de Vanessa de Senarclens. Que faire de ce catalogue qui recense une collection de livre disparue ? Avec La bibliothèque retrouvée, l’autrice se lance dans une véritable enquête policière, à travers l’espace et le temps. Elle tente de retracer le destin mouvementé de cette bibliothèque disparue dans les cendres de l’Histoire et avec elle, celui de la Poméranie orientale, une contrée oubliée. Vanessa de Senarclens nous livre un récit à la fois personnel, familial et historique. Si certains passages peuvent paraître un peu ardus, d’autres sont poignants. Bibliophilie et destinées tragiques se mélangent.
Senarclens, Vanessa de. - La bibliothèque retrouvée. - Zoé. - 252 p. - 20€
L'intrigue se déroule à l’ISS, la station spatiale internationale, ce qui apporte une dimension très originale. Deux équipages, un américain et un russe, se partagent le laboratoire orbital. Dès le début, règne un malaise diffus : une éruption solaire, des communications interrompues. De plus, une fuite d'ammoniaque se déclare : sabotage, erreur humaine, accident extérieur ? Il faut trouver la source pour résoudre le problème au plus vite. La commandante Lucy Poplaski est chargée de déterminer la source de cette fuite qui met la station en danger…Ces incidents techniques, présentés avec une grande précision, deviennent les symptômes d'un mal plus profond. La station, symbole de coopération internationale, est un microcosme où ressurgissent les rivalités Est/Ouest. Une atmosphère de méfiance s'installe, les alliances se fissurent... La tension de plus en plus irrespirable est rendue encore plus poignante par les attitudes et les dilemmes de chaque protagoniste : Lucy dans la station, Nate, son mari angoissé sur Terre, et Steve, responsable à la NASA, qui ne vit que pour son travail, et l'équipage. On explore aussi la vie de couple et les sacrifices personnels, ce qui rend l'ensemble très humain et réaliste. Lucy, qui a sacrifié sa famille pour atteindre ses objectifs, se trouve embarquée dans une course contre la mort. L’auteur nous propulse dans ce huis clos spatial à 400 kilomètres au-dessus de la terre, pour tisser un récit où le suspense technologique épouse les frictions diplomatiques. Il met en scène un récit captivant qui se déroule dans un décor minuscule. L’intrigue repose sur un contexte fragile : et si l'harmonie affichée entre les nations dans l'espace n'était qu'une façade ? Cette question d’actualité transforme chaque dysfonctionnement en indice potentiel de sabotage, chaque silence en aveu possible de culpabilité... Les modules russes et américains de la station, physiquement reliés mais culturellement séparés, matérialisent une division qui dépasse l'astronautique. Jakub Szamalek réussit un premier thriller spatial haletant qui nous plonge dans une réalité scientifique bien vulgarisée. C'est très documenté, instructif mais à la plume enlevée. J’ai adoré ce réalisme : la vie quotidienne dans l'ISS est décrite avec une précision immersive. On suit la vie en communauté des astronautes qui doivent cohabiter et travailler ensemble, dans une paix somme tout relative qui "explose" dès la fuite d'ammoniac. Chaque chapitre s’ouvre par les minutes du procès-verbal des auditions, insinuant qu’il y a eu un drame… Suspense technologique angoissant, frictions diplomatiques et incertitudes de l’héroïne nous offrent un thriller aussi fascinant que terrifiant. Une belle découverte qui vous fera décoller !
Szamalek, Jakub. - La station. - Métailié, Noir. - Traduit du polonais. - 372 p. - 23 €
Ce roman retrace une histoire familiale se passant sur les Iles Shetland. Il y a tout d’abord, l’histoire de Sonny, pêcheur sur baleinier dans les années 50-60 et de sa femme Kathleen. Ensemble, ils ont un fils, Jack qui s’installera dans la maison familiale après leur disparition en mer ; on le découvre alors qu’il a déjà la soixantaine, qu’il vit de petits boulots, étant passionné de musique et resté éternel célibataire. En lisant ce début d’histoire, on pourrait la croire simpliste, mais l’auteur réussit à nous donner une histoire douce qui parvient à nous toucher au cœur. Peu à peu, par flash-back, le personnage sensible de Jack se définit par l’éducation qu’il a reçue de ses parents, trop tôt disparus et son quotidien se dessine progressivement. La rencontre avec un chat, puis avec ses voisines, sera une suite de bouleversements inattendus Ce roman ravira les lecteurs fans de grands espaces et de nature. Il se déguste tranquillement, provoque joie et bonne humeur sans mièvrerie, ni sentimentalisme : l’auteur nous confronte à du réel.
Tallack, Malachy. - Les hommes de Shetland. - Buchet Chastel. - Traduit de l’anglais (Ecosse). - 279 p. - 22 €
Prisonnier du chagrin et de la douleur après la disparition de sa bien-aimée, Karol ressent le besoin de tout quitter. De partir à pied, de chez lui, la Pologne, pour découvrir l’Europe. Lors de son périple, il trouve refuge dans un chalet-auberge de montagne tenu par François et Lise, un couple âgé qui, lui aussi, cache un secret. Et ce qui ne devait être qu’une halte va devenir un lieu pour se reconstruire au milieu des montagnes, des torrents et des lacs. La description des paysages montagnards en été et en hiver m’a beaucoup plus séduite que celle des secrets de famille, et c’est à mon avis l'aspect le plus plaisant dans ce roman au style un peu plat, à l'intrigue pas très originale où je suis comme restée à la surface sans m'attacher aux différents personnages. Les tableaux que peint l’autrice de la vie montagnarde sauvent l'ensemble et cela reste toutefois une lecture agréable. C’est un texte court qui devrait trouver son lectorat.
Wojcik, Sylvie. - L’appel des hauts. - Arléa, 1er/mille. - 144 p. - 19 €
